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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 16:50

 

Claude Imbert, Le Point, 21 10  2010...

 

 

Depuis longtemps le peuple français, le plus pessimiste d'Europe, broie du noir. Le conflit des retraites en remet une sacrée couche.

 

Dans ce psychodrame de la dépression française, les syndicats courent d'abord derrière une base indocile, puis derrière une opinion gagnée par le malaise. Et, pour finir, ils courent derrière une jeunesse malade de son avenir. Spectacle pitoyable qu'encense le jeunisme, marqueur des sociétés flageolantes.

 

Quant au pouvoir, acculé par la menace d'une faillite nationale, il court, lui aussi, derrière une rigueur inéluctable. Il la concède par lambeaux, empêtré par la sarkophobie déferlante des maîtres-penseurs et des saltimbanques. Dans cette foire d'empoigne, les maquignons de la chose publique se disputent les enchères de la colère et du chagrin. C'est le grand charivari avec sa volée de casseurs et son envolée de slogans en baudruche : Mai 68 s'enflait de l'utopie libertaire ; octobre 2010 s'enfle de l'utopie égalitaire (les " riches " paieront). L'illusion qui a poignardé le XXe siècle !

 

Un vice envahit la démocratie française : celui du pouvoir de la rue sur celui des urnes. En agitant la comptabilité débile des défilés, une doctrine rampante oppose la " légitimité " populaire à la légalité d'un pouvoir élu. Et - vieux tambour maurrassien ! - le pays réel au pays légal. Malgré la mandature raccourcie du quinquennat, des apprentis sorciers se gargarisent - avec du " peuple " plein le gosier - d'une sorte d'appel souverain qui abolirait les décisions entérinées par le vote. N'y aurait-il donc qu'un peuple en France, celui des grévistes ? Celui qui assèche les pompes à essence et rêve d'un coma économique national ? Celui de l'insoumission à la volonté nationale au gré d'une fièvre d'opinion ? Allons donc ! Derrière ces trompe-l'oeil, l'aventure rôde en coulisses.

 

De gros malins suggèrent benoîtement l'usage du référendum. Outre que les textes le régissant ne sont pas promulgués, on voit bien que, sur une réforme des retraites, la technique manichéenne - oui ou non - du référendum patinerait. Pourquoi ? Parce que la majorité des opposants à la réforme proclament eux-mêmes la nécessité d'une réforme, mais d'une autre... Laquelle ? Comment soumettre à ce " oui ou non " un débat par nature complexe ? Si le Parlement existe, avec ses deux chambres dont on vient de renforcer les pouvoirs, c'est justement parce que le peuple lui confère moyens et capacités de comparer, discuter, amender les perspectives d'un projet exécutif.

 

On n'oubliera pas, de surcroît, la propension française de moins répondre, par référendum, à la question posée que pour ou contre le pouvoir en place. En plein accès de fièvre antiréformiste, nul doute que les Français ne voteraient pas comme des Suisses qui, sur la durée du travail ou l'assurance-maladie, rejetèrent la démagogie : ils voteraient contre Sarkozy. Alors, adieu la réforme ! Et bonjour les précipices !

 

Ce débat inquiétant et de moins en moins oiseux sur la légitimité du pouvoir légal lève un sacré lièvre : celui de l'empire anarchique de l'opinion. Le pouvoir légal ne respire, lui, qu'avec un oxygène : la confiance maintenue dans les institutions. Or de bons esprits (1) s'inquiètent de découvrir, chez nous, les germes d'une " société de défiance généralisée ". Et les signes d'une tension dangereuse pour l'équilibre démocratique.

 

D'un côté, le citoyen use de plus en plus des facultés critiques de l'individualisme croissant. De l'autre, il se trouve de plus en plus dépendant des autres dont il subit l'empire dans la complexité scientifico-technique de nos sociétés. Comme dans la complexité législative, administrative, économique et financière des démocraties développées.

 

Ainsi le citoyen développe-t-il, dans son exubérance critique, le droit de tout juger par lui-même. Tandis qu'il maîtrise de moins en moins les ressorts multiples et complexes de la machinerie sociale. Une contradiction périlleuse dont tous les visionnaires de l'avenir démocratique pressentirent le risque. D'un côté la tentation d'une dénonciation radicale de l'autorité et, de l'autre, la pression multiforme d'un intérêt collectif mal compris. Et dévalué par la médiocrité ou l'exhibitionnisme indécent de ceux qui le représentent.

 

Dans l'affaire des retraites - un cas d'école ! -, l'individu, affranchi d'une confiance consentie à l'autorité élue, refuse les évidences mathématiques du mécanisme de répartition. Mais d'abord parce que sa confiance dans les politiques, les économistes, les juges, les médias n'a cessé de s'éroder. Or la confiance est le fondement démocratique de l'ordre social et national. Les élus doivent en être dignes. Les individus doivent ne pas la refuser par emportement. La démocratie est un privilège précaire de la civilisation : elle se mérite.

 

Claude Imbert

 

1. Dominique Schnapper, et " Le contrat de défiance ", de Michela Marzano (Grasset).

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Published by Claude Imbert, Le Point - dans Réflexion politique
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commentaires

Marc d'Here 26/10/2010 08:55


Le moral des ménages français s'est légèrement amélioré en octobre, l'indicateur qui le mesure ayant gagné un point par rapport à septembre où il avait déjà gagné deux points, a annoncé l'Insee
mardi.


Marc d'Here 25/10/2010 18:02


Pour Laurent et les autres...Voir le texte "cours de fiscalité autour d'une bière":http://marcdhere.over-blog.com/article-cours-de-fiscalite-autour-d-une-biere-54019458.html

Publié Le 16 juillet 2010


Laurent 25/10/2010 17:52


Je ne connaissais pas. C’est toujours rigolo ce genre d’histoire que l’on s’imagine se raconter autour d’une bière. Je ne suis de loin pas un spécialiste, mais je me suis amusé à refaire le calcul
avec les parts des financements réels. Cela change pas mal les résultats et complexifie. La conclusion reste la même, mais elle est moins saillante. Je la livre pour discussion. Cela donnerait
:

Sur les 100$ :
- 5 $ seraient financés par la contribution que demande le patron aux livreurs de bière sur leur consommation d’essence (taxe sur les produits pétroliers)
- 13 $ seraient financés par une contribution du producteur de bière (impôt sur les sociétés)
- 17 $ seraient payés par la vente d’autres produits qu’aura vendu le patron du bar (et autres recettes)
- 47 $ seraient déjà financés par les 10 compères au titre de la taxe sur la valeur ajoutée dont chacun s’acquitte proportionnellement, soit 4,7 $ chacun.
- 18 $ seraient effectivement financés par les 10 gais lurons (impôt sur les revenus)

Au total cela veut dire que nos 10 amis doivent se partager 22,7 $.Le plus riche paie que l’ordre de 13,4$ (soit autant que la taxe sur les sociétés!).

Si le patron n’accorde sa réduction qu’aux consommateurs du bar, c’est tout bénéf puisqu’avec 20 $ de réduction, ils ne leur reste plus que 2,7$ à se partager. Ici aussi c’est le riche qui
bénéficie de la plus grosse réduction. S’il accorde sa réduction à tout le monde, les 10 amis doivent encore payer 18,2$. Il faut donc que les amis se répartissent les 4,5$ qui sont en trop. Si je
ne me trompe pas, pour le plus riche, cela signifie que sa contribution passe à 11,3$, soit 2,1$ de moins (sur les 20 $ de réduction au total). Les autres se partagent 2,4 $.

Quoi qu’il en soit, vu les sommes, on comprend que si le plus riche se barre, les amis puisse toujours se dire qu’il suffit de l’inscrire sur l’ardoise ! :-)


JPG 25/10/2010 11:56


Pas question de vous lyncher. :-)
Il circulait sur internet une historiette de 10 copains riches et pauvres qui, chaque semaine, allaient boire une bière ensemble et qui illustre bien votre commentaire...


Marc d'Here 25/10/2010 13:33



Je l'ai publié sur ce blog, notamment en juillet sous le titre "cours de fiscalité autour d'une bière".



Laurent 25/10/2010 11:38


La confiance a été vécue comme trahie par une série de maladresses et de révélations qui ont semés le sentiment d’injustice au moment où il aurait fallu être irréprochable. Cela justifie-t-il la
radicalisation des syndicats ? Non. Mais cela demande quand même à être dit et entendu. On ne peut pas nier le cri de justice sociale qui s’exprime et qui explique en partie ce resurgissement de
propositions simplistes du type : « il faut faire payer les riches ». Dans cette grande confusion ce qu’il y a de plus déplorable, c’est que le PS, au lieu de calmer la situation, reprenne cette
idée de taxation des revenus du capital en oubliant de dire qu’en dernière instance ce seront vraisemblablement les consommateurs ou les travailleurs qui paieront et que de surcroit il ne s’agit
pas d’une mesure qui va dans le sens du maintien du système par répartition.


cellobello 25/10/2010 09:56


"octobre 2010 s'enfle de l'utopie égalitaire (les " riches " paieront). L'illusion qui a poignardé le XXe siècle ! "

L'utopie égalitaire reste notre moteur.

Ce qui nous égare, c'est de confondre notre légitime aspiration à toujours plus d'égalité, d'équité, avec "il faut faire payer les riches".

Les grandes dérives du 20ème siècle montrent que "il faut payer les riches" devient "être calife à la place du calife".
La révolte des russes, dans un régime décadent et cruel, était plus que légitime, en 1917.
Beaucoup se sont engagés, au péril de leur vie, en toute sincérité, pour construire un monde meilleur.
70ans après, le bilan est catastrophique: les anciens opprimés ont dépassé leurs maîtres.

La question que les faiseurs d'opinion oublient de poser, c'est "COMMENT UTILISER L'ARGENT POUR PLUS D'EQUITE?"

Dans le conflit des retraites qui est encore toujours à vif, le "il faut faire payer les riches" nous égare à nouveau.
Comment les gros bras des raffineries gagneront-ils leurs confortables salaires et les retraites qui en découlent s'ils réussissent, comme ils le proclament, à mettre l'économie hors d'état de
fonctionner?
Sont-ils prêts à renoncer à leurs participations au capital?
S'ils étaient capables de faire tourner leurs entreprises sans leurs dirigeants et sans les capitaux, les pays pétroliers n'auraient pas besoin d'eux. Ce ne sont pas les travailleurs de force qui
leurs manquent.

"Il faut faire payer les patrons", "quand nous n'auront plus assez d'argent les patrons n'auront qu'à payer", "les patrons doivent comprendre que c'est le gouvernement qui décide ce qu'ils doivent
payer" (la retraite à 60ans pour tous, les 35hres pour tous), ont aggravé les inégalités.
La gloire héroïque de faire payer les patrons les a dispensés de mettre en oeuvre des mesures destinées aux plus démunis des bénéficiares:
- les travailleurs aux carrières longues et pénibles;
- les handicapés, quelles que soient les origines des handicaps;
- les personnes dépendantes, dont les besoins croissants étaient connus dès le début des années 80;
etc...

Au risque de me faire lyncher: nous avons besoin des riches qui investissent dans l'emploi.
Nous avons aussi besoin de leurs impôts.