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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 08:01

 

Claude Imbert, Le Point du 30 09 2010...

 

Grèves, défilés : l'exception française fait des siennes ! En Europe, en Occident, les malveillants ricanent et nos amis soupirent. L'étouffement par la rue du pouvoir des urnes les sidère. Et de même sa logique perverse : la rue qui vote avec ses pieds prétend les comptabiliser. D'où cette évaluation bouffonne, du simple au triple, des processionnaires. La crispation populaire sur le régime des retraites, ce refus atavique d'une réforme que toute l'Europe a ralliée, ce déni des réalités du monde nouveau préfacent-ils l'embellie d'une gauche française unique en son genre ? J'y entends plutôt le requiem pathétique d'une exception passée qui rechigne à passer.

 

En tête du défilé, Martine Aubry, Cécile Duflot, Marie-George Buffet affichaient, coude à coude, le cliché d'une gauche impossible où socialistes, Verts et communistes réchaufferaient le ragoût de feu le Programme commun. Une chimère, évidemment ! Bonne encore pour caresser la conquête du pouvoir. Bonne, ces temps-ci, devant les pas de clerc et foucades de la droite, pour exploiter la sarkophobie ambiante. Et après, pour quoi faire ? Enterrer la réforme des retraites ? Allons donc... Tandis que tendre son rouge tablier pour y cueillir la colère populaire, pardi, pourquoi pas ? Au pouvoir, s'il échoit, on avisera...

 

Qui peut croire que le socialisme français, seul en Europe, pourrait défier la sanction arithmétique d'un régime condamné par la longévité des retraités ? Et, au-delà, comment braver les contingences du monde tel qu'il est devenu ? Aucun socialiste n'y songe, et DSK moins que personne. Le spectre d'une faillite nationale dissuaderait quiconque voudrait emplir à nouveau le panier percé de l'Etat-mamma. Martine Aubry ménage de son mieux, et tout à la fois, l'illusion électoraliste et la réalité qu'elle connaît. Mais, mariant l'eau et le feu, elle navigue dans la vapeur. Seul DSK, le verni, plane sur le mutisme que le FMI lui impose sur la scène nationale : son silence, du moins, n'insulte pas l'avenir...

 

 

Quoi que suggère l'actuelle convulsion française, le socialisme, ces temps-ci, n'est pas à la fête. L'Europe vire à droite. Et, plus fâcheux, à l'extrême droite. L'époque n'est que trop propice aux séductions, à proprement parler " réactionnaires ". Mais on devrait méditer aussi le déclin plus paradoxal de la gauche un peu partout en Occident, alors même que le capitalisme pâtit de ses délires financiers.

Un intellectuel de gauche italien, Raffaele Simone, trouve à ce déclin une ampleur historique (1). Il voit la gauche durablement plombée par les ruines de l'idéologie d'inspiration marxiste et incapable de " se hisser à la hauteur des temps ". Il n'insiste guère sur la poussée mondialiste des peuples pauvres et de ses nouveaux molosses, dont l'essor menace le statut défensif des avantages sociaux glanés par la gauche en Occident. La gauche y redécouvre des prolétaires, mais ce ne sont plus les siens : ils envahissent d'ores et déjà les marchés du monde. Là contre, grèves et défilés ne sont que coups d'épée dans l'eau.

 

Notre visionnaire italien insiste sur le désarroi de la gauche à quitter la " lutte des classes ", à trouver de nouvelles marques dans nos sociétés contemporaines infantilisées par l'Etat-providence. Celles que Tocqueville pressentit. Il voit ces sociétés dominées par le culte souverain de la consommation, la dévalorisation du travail au profit du loisir, du festif, du virtuel. Il les peint soumises " à la tyrannie des corps, à un égoïsme arrogant, jeuniste, branché... où tout s'accélère, le succès, l'argent, les amours ". Cette société où le consommateur remplace le citoyen favorise, dit-il, une droite nouvelle, consommatrice, médiatique, méfiante envers les pauvres et les immigrés, flirtant avec le populisme, bref bien accoutrée pour l'ambiance générale de l'époque. Une droite qui n'hésite pas à s'approprier, contre la crise, l'étatisme défensif de la gauche. Raffaele Simone croit la gauche européenne en passe de rater le grand projet européen." Trop aveugle, dit-il,sur les dommages de l'immigration de masse, trop peu fidèle à l'idéal laïque devant l'islam radical, trop aveugle sur les violences urbaines et l'insécurité. " Comme sur les nécessités cruciales d'un enseignement performant...

 

J'ignore si cette perspective éclaire, autant qu'il le croit, le proche avenir. Le fait est qu'elle pointe, pour l'heure, les misères de la gauche française, plus encombrée que d'autres par l'antique fatras idéologique. L'intérêt national, en tout cas, voudrait que ses vieilles oeillères ne précipitent pas la Nation dans une impasse catastrophique. L'alternance démocratique mérite une gauche rénovée. Dieu merci, elle se cherche. Chez elle, les archaïques, étourdis par la colère populaire, protestent qu'" on ne change pas de peuple ". Certes ! Mais on ne change pas de monde non plus !

Claude Imbert, Le Point
1. " Le monstre doux. L'Occident vire-t-il à droite ? ", de Raffaele Simone (Gallimard).
 

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Published by Claude Imbert, Le Point - dans Parti socialiste
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