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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 16:28

 

Par Gilbert Veyret...

 

(Toute allusion à des évènements récents ne pourrait être que fortuite ou due à la sur imprégnation médiatique que ces faits auraient pu susciter involontairement chez l’auteur de cette fiction).

En ce temps là, les principales planètes s’affrontaient dans un tournoi de balle aux pieds. C’était un jeu, aux règles assez simples, consistant à faire passer, avec les pieds, un ballon entre des poteaux, plus souvent que l’équipe adverse. Vous me direz qu’avec une telle description, il n’y avait pas de quoi exciter les foules. Et pourtant des milliards d’habitants des diverses planètes consacraient des milliards de leurs monnaies, des milliers d’heures de leur temps et une infinie passion à ces spectacles, souvent plus animés par les supporters et les commentateurs que par les joueurs.

Cette manne retombait principalement sur ceux qui avaient su comprendre que lorsque le pain risquait de manquer, en raison de la crise, il fallait compenser par un surcroit de divertissements. L’absence de grands projets collectifs ou leur échec, pouvait ainsi être sublimée par la victoire symbolique de onze joueurs portant les couleurs locales, après avoir entonné, avec plus ou moins de conviction, un hymne national aux accents généralement guerriers.

Les Shadocks y jouissaient d’une grande réputation remontant à de brillantes victoires passées. Mais la modestie traditionnelle de cette grande nation les avait amenés à faire preuve de beaucoup d’abnégation, en refusant de céder à leurs facilités naturelles. Ainsi lors du dernier tournoi universel, se sont-ils efforcés de trottiner sur les terrains avec l’enthousiasme de bons vivants à qui on aurait dit qu’ils devraient lutter contre leurs excès de poids et de cholestérol par des exercices physiques réguliers. Ou bien, ils faisaient preuve d’une grande distraction en oubliant de tenter de marquer des buts, les rares fois où ils en avaient la possibilité. Ils ont même poussé l’abnégation jusqu’à renoncer à un entraînement qui leur aurait pourtant été fort utile, sans doute par respect du repos dominical.

Plusieurs millions de Shadocks avaient leur propre idée sur la composition de l’équipe idéale. Un référendum aurait peut-être pu faire cette sélection, selon les méthodes de la démocratie participative. Mais il y aurait eu tant de combinaisons possibles que le choix final n’aurait fait que mécontenter la majorité des électeurs. Tandis que l’équipe retenue par le sélectionneur faisait l’unanimité contre lui, restaurant ainsi, à ses dépens, une forme d’unité nationale.

Ce sélectionneur, maniant à la perfection le langage Shadock, avait bien dit aux joueurs que « Plus ils frapperaient moins souvent le ballon, moins ils marqueraient plus de buts » L’interprétation de cet aphorisme était délicate. Il ne fut pleinement compris qu’à l’occasion de l’unique but marqué dans le dernier quart d’heure du dernier match joué. A moins que celui-ci ait été marqué par inadvertance par quelqu’un qui n’avait rien compris de ce que lui disait le coach.

 L’opinion publique fit preuve à l’égard de leur équipe d’une grande incompréhension quand elle fut éliminée prématurément, mais fort logiquement, de la compétition. Cela permit pourtant à l’ensemble de ses supporters de revenir rapidement à leurs activités normales, moins dangereuses pour leur cœur et leurs nerfs. Les plus jeunes pouvaient enfin rejouer eux-mêmes au ballon, activité tout de même plus stimulante que de regarder, avachi sur un canapé, quelques professionnels blasés faire semblant de se disputer une balle.

Mais l’opinion, excitée par des médias prêts à passer quasi instantanément de l’adulation au lynchage, considérait que l’honneur de la nation Shadock avait été gravement bafoué.

L’équipe coupable de n’avoir pas su faire rêver un peuple dont les occasions d’évasion se faisaient de plus en plus rare, était plus critiquée par des propos tenus dans un vestiaire que par ses médiocres performances sur le terrain.

L’expression, certes un peu forte, d’un joueur à l’égard du sélectionneur pouvait provenir d’une forte imprégnation d’un certain cinéma américain qui ponctue ses dialogues d’un vigoureux «  fuck you », environ toutes les dix phrases. Répondant aux injonctions des plus hautes autorités académiques, l’expression avait été, en l’occurrence, francisée. Cela la rendait plus grossière et inacceptable à l’oreille de tous ceux qui feignaient d’ignorer que c’était devenu une des formes de dialogue habituel avec toutes formes d’autorité, policiers, agents de services publics et même les enseignants ; l’acquisition d’un langage, assimilé à un coup de poing, étant de plus en plus précoce. Les seules restrictions à cette agressivité verbale venaient des capacités de rétorsion ou de sanction de ceux qui se sentaient offensés.

Mais ces mercenaires du sport, que des clubs s’achetaient à coups de millions, plaçaient leur seuil d’impunité au niveau de leurs rémunérations qui étaient considérables.

Furieux de l’éviction de l’auteur de propos, sommes toutes banaux dans leur milieu, qu’un traitre avait révélé à des publics ignorants qui ne pratiquaient pas plus ce langage qu’ils ne shootaient dans un ballon, ces joueurs se révoltèrent. C’était une avancée sociale significative ; l’exercice du droit de grève, sans plafond de revenus. Ils obligèrent même le malheureux entraineur offensé à lire leur communiqué par lequel ils affirmaient leur droit à l’autogestion et au vocabulaire de leur choix, sur le terrain comme dans les vestiaires.

La gauche habituée à soutenir toute revendication, qu’elle qu’en fut la nature, n’osa cependant pas les soutenir. Le Président de la République Shadock exprima publiquement son indignation, depuis un voyage lointain. Mais contrairement à ses habitudes d’intervention dans tous les domaines de la vie publique, il n’eut pas le temps de chausser ses crampons pour venir diriger lui-même son équipe en déroute. Il se contenta de convoquer des Etats généraux du ballon rond. Mais ce déferlement de critiques, dans les médias et les bistros, face à une débâcle, inconnue depuis soixante dix ans, devrait donner à ces Etats généraux la même force révolutionnaire et les mêmes effets historiques que ceux de 1789.

 Des garanties auraient toutefois été données aux joueurs, entraineurs et responsables de fédérations les mieux payés, qu’il n’y aurait pas de « nuit du 4 août ».

Aux dernières nouvelles, le Président de la République aurait fixé rendez-vous à un des joueurs emblématiques de cette équipe calamiteuse. Selon des sources Shadocks, généralement bien informées, il serait question de proposer une réforme des règles de ce jeu qui ne semblent pas favorables aux Shadocks, dans leur état actuel.

 Il s’agirait d’autoriser désormais l’usage des mains pour mieux guider le ballon vers les buts adverses, comme ce joueur a eu récemment l’occasion de l’expérimenter avec succès.

 

Gilbert Veyret

 

 

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Published by Gilbert Veyret - dans Culture - loisirs -Médias
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commentaires

Elie Arié 25/06/2010 23:34


À propos de "nuit du 4 Août", une récente déclaration très révélatrice de Jean-François Copé qui mériterait de figurer désormais dans les anthologies : « il règne actuellement une ambiance malsaine
de nuit du 4 août ».

Tu as bien lu: l'abolition des privilèges, ce serait malsain.