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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 07:44

Claude Imbert
, Le Point 23 12 09
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Des voeux ?
Faites-en, bon dieu, allez- y de bon coeur, osez chasser les passions tristes qui couvrent ce ciel de fin d'année ! Le fameux « effet de serre », on nous en avertit, n'est pas près de s'évaporer, ni la Nation de sortir de sa mouise. Du moins l'hygiène de vie commande-t-elle de ne pas en rajouter. Elle commande de quitter cet autre « effet de serre », celui-ci personnel, mental qui échauffe nos cervelles, les abrutit d'angoisses collectives. Pour la trêve festive de fin d'année, voici donc mon voeu personnel : se protéger de la maussaderie publique par le quant-à-soi, l'intime, le jardin secret, l'amour, l'amitié, que sais-je encore... Une bonne façon d'observer l'antique précepte : ce qui ne dépend pas de nous ne doit pas envahir ce qui dépend de nous et qui suffira à nous occuper.


Peut-être bien, dites-vous, mais comment faire,puisque le bonheur individuel exige aussi le silence du malheur collectif ?
Ce malheur-là fit, c'est vrai, dans l'année qui s'achève, un tapage de tous les diables. Raison de plus pour le tenir, par un peu de comprenette, à distance. Et d'éviter ainsi d'ajouter la confusion des peurs à la réalité des soucis. Deux crises ont déferlé, nées l'une et l'autre de la démesure, vice majeur de la condition humaine. La crise financière aura démontré la folie de crédits enchaînés, d'un bout de la terre à l'autre, dans une sarabande virtuelle : démesure d'un endettement privé que relaie désormais l'endettement périlleux des Etats.
Quant à la crise écologique, conscience avivée des vulnérabilités de la planète, elle nous met sous le nez une même démesure mondiale : de même que l'endettement outrancier en vient à quitter la réalité des biens sur lesquels il spécule, de même l'activisme mondial en vient à oublier la réalité d'une Nature aux limites avérées. D'autant qu'en arrière-plan pèse cette évidence d'une autre démesure que Lévi-Strauss appelait « la saturation démographique de notre planète ».
Copenhague n'aura que confirmé l'inéluctable : la visibilité s'accroît de l'inégalité humaine des conditions. On la connaissait, bien sûr, mais les colloques des puissants s'accommodaient de son absence épaisse. Or, sur les tapis verts d'un monde pour quelques heures rassemblé, les pauvres ont joué des coudes, montré leurs plaies, leurs déserts et leurs famines. Dans cette Babel écologique, on n'a pas vu pointer l'esquisse d'une gouvernance mondiale. Tout au contraire. Mais on entendit, pour la première fois, la foule murmurante des gueux de la planète que la détresse pousse vers nos rivages. Ce sont les « sans-domicile-fixe » du monde.


Le grand dérangement planétaire instille, pour nos pays archimédiatisés, un sentiment obsessif de précarité
que l'hystérie des approximations et rumeurs se charge d'enfler. Le virus de la grippe H1N1 se joint à l'apocalyptique imprécation écologique. Et l'abus du principe de précaution nourrit, chez nous, l'impression confuse que chacun vit désormais dans une sorte d'état de siège. Ce « salmigondis-panique » de toutes les fatalités dont l'écologie agressive veut nous rendre coupables, ce harcèlement détraque le sens commun. Il décourage la sagesse élémentaire d'examiner avec sang-froid les ressorts de chaque adversité pour déterminer ce qui relève ou non de nos méfaits. Et d'accepter ce qui nous échappe, au beau milieu de quoi une fatalité, en vérité fort éternelle, qui nous veut mortels.


On s'alarmerait moins si l'on considérait que le chambardement précipité de notre monde suffit à donner le tournis
. Notre monde a plus changé en un siècle que dans les cinq ou six précédents : il a vu le moteur à explosion remplacer la millénaire traction animale, l'électricité couvrir la campagne, le nucléaire générer l'électrique, l'avion, la télé, l'Internet raccourcir la planète et une frénésie de vitesse déferler sur les travaux et les jours. Il a vu s'étioler l'Eglise, s'avilir l'école, s'effondrer leurs hiérarchies et leurs tabous. Il a vu l'abstraction envahir l'art, et le numérique coder l'image et le son. Il a vu la biologie chimique disputer à Dieu le mystère de la naissance. L'allongement de nos vies dérégler l'horloge sociale. Et une immigration, culturellement résistante, altérer le vieux paysage national.
Ce déménagement général n'est pas une tragédie : c'est souvent un progrès sur un passé que la nostalgie enjolive. Mais les secousses de la traversée donnent le mal de mer. Nous ne maîtrisons pas les aîtres nouveaux - celles de la Nation, de l'Europe, de la planète - et nous pleurons encore nos pénates perdus. C'est que nous sommes les « délocalisés » d'un temps et d'un espace révolus. Si bien que les malaises de l'identité nationale rejoignent les vertiges de l'identité personnelle. Mais quoi, un changement de monde, c'est plus qu'un changement d'époque ! Il faut s'y faire et changer de viatique. Bon courage, mille voeux, donc. Et bon voyage !

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Published by Claude Imbert, Le Point - dans Société
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