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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 13:38

Rappel d'un texte déjà publié...


Par Jacques Marseille, Le Point du 10 09 09
...


Il faut lire Daniel Cohen (1).
Rares sont en effet les économistes qui possèdent à ce point l’art de la pédagogie et de la synthèse. Faire comprendre Adam Smith, Malthus, Ricardo, Marx, Jean-Baptiste Say, Schumpeter, Kondratiev ou Keynes en quelques lignes accessibles à tous n’est pas à la portée du premier venu. Mais il faut aussi lire Daniel Cohen, proche de la gauche, président du conseil scientifique de la Fondation Jean-Jaurès et signataire de la liste des économistes ayant soutenu Ségolène Royal pour l’élection présidentielle de 2007. On prend ainsi la mesure des inquiétudes nourries et diffusées par nos élites face à la crise économique et au devenir du monde.


La thèse développée dans « La prospérité du vice »
témoigne d’une vision de l’histoire économique occidentale fort pessimiste. « Le principal risque du XXIe siècle, peut-on lire dès les premières lignes, tient moins à la confrontation des cultures ou des religions qu’à celui d’une répétition, au niveau planétaire, de l’histoire de l’Occident lui-même... L’Europe a fini dans la barbarie de la Seconde Guerre mondiale le bref espace de temps au cours duquel, à compter du XVIe siècle, elle fut l’épicentre de l’histoire humaine. Qui peut jurer que l’Asie échappera aujourd’hui à ce destin tragique ? »


« Destin tragique », tel serait en résumé l’histoire de l’Occident depuis la formidable expansion portugaise du XVe siècle et la découverte des Amériques au XVIe siècle. Uniquement guidée par le calcul de ses intérêts, fondant sa révolution industrielle sur la traite des esclaves africains, noyée dans les « eaux glacées du calcul égoïste », pour reprendre la formule de Marx à l’égard de la bourgeoisie, se nourrissant de l’accroissement des inégalités et de la misère des classes populaires, jalouse de ses frontières et épuisée par les querelles entre Etats-nations, l’Europe aurait fini sa course dans le suicide collectif des deux guerres mondiales. Un risque qui, selon Daniel Cohen, pourrait se répéter dans la mesure où « ni la richesse ni même l’éducation ne rendent meilleur un homme qui est mauvais » . Certes, on pourrait penser que l’actualité donne du crédit à cette vision «inquiète » sinon sinistre de l’histoire de l’Occident.
Si les hommes sont aujourd’hui incomparablement plus riches qu’il y a trente ou cinquante ans, ils ne sont pas plus heureux. Les massacres de Yougoslavie et du Rwanda, les conflits qui surgissent aux quatre coins du monde comme la violence des attentats terroristes ont douché les espoirs de paix universelle provoqués par la chute du mur de Berlin. Le krach financier de 2007-2008 réveille le spectre de 1929. L’entrée de la Chine et de l’Inde dans le monde industriel renforce la menace du krach écologique.


Cette vision tragique de l’histoire de l’Occident
ne correspond pas tout à fait à la réalité. Comme l’ont montré les recherches historiques, la thèse qui assigne aux traites négrières et à la colonisation un rôle important dans la révolution industrielle occidentale est difficilement défendable. Au XVIIIe siècle, les bénéfices moyens annuels de la traite ne dépassent pas 2,6 % pour les Hollandais, 4 % à 6 % pour les Nantais et 10 % pour les Anglais, soit moins que d’autres placements.
Comme l’a bien aussi montré David Landes, dont l’ouvrage « Richesse et pauvreté des nations » (Albin Michel, 2000) inspire fortement la première partie de « La prospérité du vice », l’Europe de l’Ouest a été le premier moteur du développement et de la modernité, et cela s’est fait dans le sens du « bien », même si la puissance intellectuelle a souvent été employée de manière abusive à des fins destructrices et mauvaises.


La monstrueuse tuerie de 1914-1918,
qui défie encore la raison, doit moins aux tensions économiques qui étaient en voie d’apaisement qu’à l’acceptation par les élites et l’opinion que la guerre était « inévitable ». La crise de 1929 doit beaucoup plus aux conséquences dramatiques de cette guerre sur les économies et les sociétés de l’Europe occidentale qu’à la cupidité des marchés financiers américains.
Enfin, la Seconde Guerre mondiale échappe largement à la rationalité économique et s’explique moins par l’effondrement du commerce international que par les conséquences du traité de Versailles, l’humiliation infligée au peuple allemand et sa fusion dans un « mythe du chef » perçu comme la personnification de la nation et le noble champion de l’intérêt national (voir Ian Kershaw). Autant de révisions historiques qui nous invitent à ne pas attribuer aux « vices » du capitalisme occidental la responsabilité de tous nos « malheurs ». Que nous ont finalement proposé les expériences « socialistes »? La fierté d’une histoire acceptée et la vision (optimiste) de ses acquis sont sans doute aujourd’hui le meilleur des antidépresseurs.

Jacques Marseille, Le Point 10 09 09
 

1. Daniel Cohen, « La prospérité du vice » (Albin Michel, 2009, 19 E ).

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Published by Jacques Marseille, Le Point - dans Réflexion politique
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