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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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25 octobre 2010 1 25 /10 /octobre /2010 15:55

 

 

Georges Kaplan, Causeur.fr

 

Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, qui en matière de gestion de carrière politique, aurait pu donner quelques leçons aux plus inoxydables de nos gouvernants, avait en son temps édicté un principe fondamental qui fait depuis office de référence dans le discours public : « En politique, ce qui est cru devient plus important que ce qui est vrai ».

 

Ainsi en va-t-il de cette l’affirmation, dument répétée tel un mantra bouddhiste par l’ensemble de notre classe politique, selon laquelle la France se désindustrialise. De Nicolas Sarkozy, qui déclarait encore l’autre jour1 que jamais il n’accepterait la désindustrialisation, à l’état-major du PS en passant par Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou ou Dominique de Villepin, c’est toute notre classe politique qui tire son mouchoir et la sonnette d’alarme face à la disparition de notre industrie, de nos usines et de nos ouvriers.

 

Les coupables de cet odieux forfait sont bien sûr connus et désignés de toute part : la mondialisation, le libre-échangisme, les capitalistes … brefs les « autres », ces êtres tout aussi maléfiques, qu’ils sont inconnus et invisibles et qui nous veulent du mal2. Heureusement pour nous, le bon peuple, nos élus ont des solutions – et pas que deux ou trois – pour réindustrialiser la France : des subventions aux nationalisations en passant par le protectionnisme, c’est toute la gamme des politiques interventionnistes qu’on nous déballe comme au marché. Faites vot’ choix m’sieurs dames… Elles sont bonnes mes salades !

 

En dix ans, la production industrielle a augmenté de 25%

Si la France se désindustrialise comme nous l’affirment nos politiciens professionnels, nous devrions pouvoir observer le phénomène dans les chiffres publiées par l’Insee qui mesurent depuis 1949 la production de chaque secteur d’activité de notre économie. Et là, ô surprise, ajustée de l’inflation, notre production industrielle de 20093 était 26% plus élevée qu’en 1990, 50% plus élevée qu’en 1980, 106% plus élevée qu’en 1970 et – excusez du peu – 570% plus élevée qu’en 1949. Pas l’ombre de la queue du début d’un commencement de désindustrialisation.

 

Ce qui est vrai, c’est que nous avons perdu l’essentiel de notre industrie textile (-45% depuis 1970) et une part substantielle de notre production de combustibles et autres carburants (-33%). Mais ce qui est aussi vrai, c’est que la production de nos industries navales, aéronautiques et ferroviaires a augmenté de 449.5%, que celle de nos industries pharmaceutiques et cosmétiques est aujourd’hui 490.2% plus importante qu’en 1970 et que notre production d’équipements électriques et électroniques a été multipliée par six dans le même laps de temps.

 

Ce qui est surtout vrai, donc, c’est que notre industrie a changé. Encore dominée il y a quelques décennies par des chaines de production sur lesquelles on alignait des ouvriers peu qualifiés et misérablement payés, elle est devenue une industrie de pointe qui embauche essentiellement des ingénieurs, des ouvriers qualifiés et des cadres, investit massivement dans la recherche et offre des rémunérations sans aucune commune mesure avec ce que peuvent espérer les ouvriers chinois4.

 

Le merveilleux monde d’avant était aussi celui des salaires misérables

Le discours politique – et médiatique – est resté enfermé dans un monde de grandes usines, pourvoyeuses d’emplois à vie et en masse, où des milliers de salariés constitués en « classe ouvrière » produisent à la chaîne des taille-crayons ou des paires de chaussures. On nous rebat les oreilles d’un monde merveilleux, un monde d’avant, où les grandes luttes ouvrières faisaient les heures de gloire de la gauche marxiste et les patrons paternalistes aux mines sévères celle d’une droite conservatrice. Mais ce que le discours politique oublie, c’est que ce monde était aussi celui des salaires misérables, des mineurs qui risquaient leur peau au moindre coup de grisou, des ouvrières du textile qui usaient leur jeunesse et leurs doigts dans les usines et des ouvriers qui étouffaient dans l’atmosphère surchauffée des hauts-fourneaux.

Alors oui, ça fait moins de monde dans les usines (et aux manifestations de la CGT) mais non, la France ne se désindustrialise pas. Elle va même plutôt bien notre industrie entre l’Oréal dont les ventes explosent dans les pays émergents (+13% en 6 mois), Legrand qui réalise l’essentiel de sa croissance en dehors de l’Europe ou notre Cognac qui exporte plus de 96% de sa production. L’avenir de nos enfants n’est plus derrière un métier à tisser ni au fond d’une mine, il est derrière une planche à dessin, dans des laboratoires de recherche ou aux commandes d’une chaine de production automatisée. Et pour tout vous dire, moi je préfère ça.

 

Georges Kaplan, Causeur.fr

  1. Au salon de l’automobile, le 1er octobre 2010
  2. Toute ressemblance avec une série télévisée américaine dont l’action se situe sur une île mystérieuse serait purement fortuite
  3. 844.7 milliards d’euros selon l’INSEE, soit environ 27% de notre production totale en valeur
  4. Le salarié moyen de l’industrie manufacturière française coûte un peu plus de 49 000 euros par an à son employeur… soit – au bas mot – 15 fois plus que son homologue chinois

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Published by Georges Kaplan, Causeur.fr - dans Economie et social
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commentaires

Laurent 26/10/2010 16:38


Il se trouve que j'étais en Allemagne au moment du débat sur la « green card » pour faire venir les ingénieurs indiens en informatique. Le débat était largement faussé par l'image dévalorisante que
ce faisaient les allemands de "l'Indien". Au résultat, très peu d'ingénieurs sont venus car les conditions ne leur satisfaisaient pas. Quelle claque pour les allemands ! Alors qu’ils parlaient
d'intégration, les Indiens les ont boudé et ont mis des conditions à leur venue qu'ils n'estimaient de toute manière que temporaire. Signe d'un occident arrogant qui se désoccidentalise comme
dirait Hakim El Karoui ? En tous cas ce débat a eu le mérite le pointer le manque de qualification des allemands eux-mêmes. Mais aussi le besoin d’adaptation. Ce fut positif. Les résultats
d’aujourd’hui le montrent,

Il ne faut donc pas voir d’idéalisation dans ce que je dis sur l’Allemagne, loin de là. Mon propos est de montrer que la manière dont en parlent certains français laisse transparaître une vision
archaïque de l'industrie (pour illustrer les conclusions de l'article de Gilles Kaplan). Les débats ici ne devraient pas porter sur la poursuite ou non des délocalisations des industries (la dessus
nous sommes tous d’accord), mais sur le type d’industrie que nous souhaitons et les moyens à se donner pour que notre industrie évolue en fonction des besoins et puisse ainsi se maintenir en
France: formation, compétitivité, appui à l'innovation... Car, comme vous le dites si bien, il en va de l’Industrie comme du travail : il ne s’agit pas d’une ressource à se partager. Après,
laissons à chaque nation son génie ! La carte à puces est une invention géniale francaise, dont la créativité n'est pas à démontrer, mais qui pèche par d'autres lourdeurs...

Mais pour en revenir aux allemands, je concède avoir été elliptique. La condition de ma réjouissance reste une Europe qui fonctionnerait bien et permettrait que cette crise ne profite pas qu’à
l’industrie allemande, mais à toute l’Europe en termes d'emplois, de consommation intérieure...et là dessus force est de constater que les Allemands ne sont pas toujours les premiers à donner
l'exemple, car tournés avant tous vers l’export extra-européen et peu vers la répartition intérieure à l’Europe. Mais je garde espoir que cela change...si l'Europe s'en donne les moyens.


cellobello 26/10/2010 11:43


Pour l'Allemagne, je n'ai pas assez de connaissances économiques pour savoir évaluer ce qu'il en est.
Je suis à la fois très agacée de l'idéalisation permanente de l'Allemagne, mais je sais, de par mon entourage, que les ingénieurs ont de l'estime pour ce qui se fait dans les entreprises
allemandes.
Mais je suis quand même perplexe quand ils vont chercher des informaticiens en Inde et qu'ils ne sont pas en mesure de les intégrer, ou quand je constate qu'ils n'ont encore toujours pas généralisé
les puces dans les cartes de paiement ce qui les rend très peu sécurisées.
J'ai également souvenir que dans les problèmes de retards de fabrication d'EADS, les problèmes de fabrication de l'usine allemande ont été fortement pointés du doigt (difficultés d'adaptation aux
spécificités de la fabrication aéronautique qui est différente de la fabrication automobile).
J'ai parfois l'impression que la valorisation populaire, politique et médiatique, en interne, de ce qu'ils savent faire -et qui est réel- accrédite leur savoir-faire au niveau mondial, alors que
notre mise en cause permanente de nos entreprises, largement diffusée par les médias, discrédite notre savoir-faire qui n'a rien à envier au savoir-faire allemand.
Quand, de surcroît, des responsables français préfèrent des équipements étrangers aux équipements français, il y a de quoi désespérer: au début de cette décennie, JP Huchon a préféré Bombardier à
Alsthom, en ayant l'audace de dire que c'était plus fiable! Récemment, je ne sais plus qui, a préféré Siemens à Alsthom...Même s'il s'agissait de dumping, c'est de la courte vue...

Alors je n'ai pas d'avis sur "heureusement qu'il y a l'Allemagne...


cellobello 26/10/2010 11:12


Je ne sais plus si c'était décadente ou déclinante.
Ce qui est effectivement préoccupant, c'est à la fois cette idée de la chute de l'activité économique et cette éternelle affirmation de ressources limitées à se partager.
C'est encore plus incompréhensible de taper dessus.


JPG 26/10/2010 09:38


Le choix de l'adjectif « décadente » dans la bouche du responsable socialiste est révélateur de son état d'esprit...


Laurent 26/10/2010 09:05


Cela m'a toujours interrogé lorsque j'entendais dire que l'Allemagne se "ré-industrialisait". Comme si elle revenait à son âge d'or d'après guerre...On imagine en effet les grosses industries de
sidérurgie de la Ruhr etc. En fait elle ne cesse de s'industrialiser et c'est l'industrie même qui change. Il ne se passe pas une semaine sans que dans le journal des ingénieurs allemands on ne
parle d'adaptation, de productivité, de nouvelles méthodes de production, de produits plus efficaces energétiquement, de produits à haute valeur ajoutée, etc. Le titre de la première page de la
semaine dernière est parlant : "l'industrie allemande sort renforcée de la crise" ! On y parle de 6 à 8% de gain de production pour 2011. Tout cela tiré en grande partie par les exportations.

Quel fossé avec la France ! On voit bien que jusque dans les termes employés, il y a ici un refus d'un monde qui bouge et qui évolue.

Il me semble que vous disiez dans un commentaire précedent que nous avons besoin des riches. Et bien j'ai tendance à penser qu'en la matière pour l'Europe, heureusement qu'il y a l'Allemagne (je ne
partage pas cet avis sur tous les sujets...mais c'est un autre débat)


cellobello 25/10/2010 23:50


A ENCADRER.
Je viens d'entendre Malek Boutih expliquer que le problème de fond est que l'économie de la France est décadente et que le gâteau à se partager est de plus en plus petit.
Dramatique. En plus il paraît sincère dans sa vision de l'économie.