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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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10 mars 2011 4 10 /03 /mars /2011 16:31

 

 

Par Laurent PY

 

Est-ce un hasard si c’est en Croatie que se font sentir les premiers effets des évènements de Tunisie et du Maghreb sur le continent européen ? Depuis quelques semaines, les appels aux manifestations se multiplient sur facebook, dans ce pays dont le régime n’a pourtant rien de comparable avec celui d’un Ben Ali ou d’un Mubarak.

A Split, à Zagreb et dans la plupart des grandes villes, des hommes et femmes de toutes sensibilités se retrouvent pour crier leur colère contre les partis institutionnels (HDZ et SPD), le chômage (qui touche près de 700.000 personnes dans un pays de 4,5 millions d’habitants), la corruption. C’est un véritable vent de révolte qui souffle sur le pays, indique le courrier des Balkans, sans que les intentions soient encore claires[1].

Désir de démocratie, nostalgie et désillusion après la fin du communisme titiste, ou alors sursaut nationaliste ? Parmi les manifestants, les étudiants anti-capitalistes se mêlent aux vétérans de guerre qui s’opposent à la réconciliation en cours avec la Serbie et crient leur haine contre le gouvernement et tous les autres.

Et parmi ces autres, il y a l’Europe, conspuée, dont le drapeau est brûlé sur les places publiques. L’Europe, que les Croates voient s’éloigner chaque jour un peu plus, comme leur rappelait récemment un rapport du cabinet Roland Berger, présenté aux forces économique à Zagreb dans lequel il est dit qu’il faudra attendre 2020 pour que la Croatie atteigne le niveau de vie moyen des 15 premiers pays de l’UE[2].

L’Europe, incapable d’offrir une perspective à ce pays dont les forces vives commencent elles-mêmes à douter devant le manque d’infrastructure, d’investissement (laissé à la Russie), la corruption et la fuite des cerveaux. L’Europe, en proie elle-même aux crises identitaires et aux doutes économiques, dont les exigences persistantes ne sont plus supportées par une grande partie de la population croate.

 

Alors souvenons-nous un petit peu. Il y a vingt ans environ commençait l’horrible guerre des peuples de l’ex-Yougoslavie. C’était le 21 mars 1991[3], en pleines Pâques, dans le Parc de Plivvička Jezera. Quelques jours avant finissait la guerre du Golfe, célébrée comme la victoire de l’Occident qui voyait là le signe du début du règne de la démocratie dans le monde.

 

Curieux souvenir, me direz vous. Curieux et en même temps dangereux car il pourrait faire réapparaître des rancœurs et des haines encore présentes dans les pays des Balkans, au moment où semblent ressurgir des voies nationalistes, mêmes très faibles. N’est-ce pas en commémorant la bataille du Champ des Merles au Kosovo, en 1989 que Milosevič attisa le nationalisme et raviva le rêve de la Grande Serbie. Oui, tout cela est vrai.

Mais au moment où la démocratie souffle sur le Maghreb et le Proche Orient et où la Croatie tremble contre l’Europe, se souvenir du 31 mars 1991 apparaît plus que jamais nécessaire. Car si la commémoration de la guerre peut servir à alimenter la haine identitaire et la violence, elle peut aussi, comme le dit Marc Crépon dans l’excellent numéro du mois de janvier de la revue Esprit[4], jouer le rôle de garde-fous dans la mémoire collective et individuelle face à la tentation toujours présente de la violence et de la barbarie.

1989 avait été pour l’Europe le souffle de la liberté retrouvée et de la main tendue aux pays de l’ex bloc soviétique. Cela fut vrai aussi pour les peuples yougoslaves, mais au prix d’une cruelle barbarie.

Or la liberté, nous dit Lévinas, « consiste à savoir que la liberté est en péril. Mais savoir ou avoir conscience, c’est avoir du temps pour éviter et prévenir l’instant de l’inhumanité[5] ».

 

Se rappeler du 31 mars 1991, c’est se souvenir d'un début de guerre et non pas une victoire. C’est se souvenir d’une défaite, d’une faiblesse qui fut aussi bien celles de pays qui sombrèrent dans la violence pour céder à la pulsion de barbarie, que celle de l’Europe, incapable d’intervenir à ses propres frontières, désunie au point d’être impuissante devant les pires atrocités, d’une Europe qui montrait soudainement un autre visage alors qu’elle se croyait toute puissante et qui n'a pas su aider des peuples en quête de liberté pour les détourner de la violence.

 

Vingt ans après, comme une revanche de l’Histoire, les peuples du Maghreb et du Moyen Orient tracent leur voie dans les pas de l’Occident devant une Europe incrédule. Vingt ans après, les évènements incertains de Croatie, mais aussi de Libye, nous montrent que le pire est encore possible et que l’Europe a besoin de se souvenir de ses faiblesses autant que de ses forces, si elle ne veut pas être rejettée et tomber dans les mêmes erreurs.

Se souvenir du 31 mars 1991, s’est aider l’Europe à se souvenir de ce qu’elle ne doit pas être pour l’aider à prendre ses responsabilités et proposer un avenir aux pays de l’arc méditerranéen, autre que celui de la violence et du désespoir. C’est aussi l’aider à se construire.

 

Laurent PY

 

 

[1] http://balkans.courriers.info/article17029.html

[2] Cité dans Slobodna Dalmacja du 4 mars 2011

[3] même si on peut faire commencer la guerre avant cette date

[4] Marc Crépon, La mémoire des guerres. A propose de la modernisation des commémorations. Esprit. Janvier 2011

[5] Emmanuel Levinas, Totalité et infini

 

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commentaires

Marc d'Here 13/03/2011 22:44


L'initiative franco-britannique, due à "un homme", "Nicolas Sarkozy", a permis selon Jean-François Copé que "l'Europe parle d'une même voix" et que la Ligue arabe prenne "une position (en faveur
d'une zone d'exclusion aérienne en Libye, NDLR) qui est à rebours de toute sa jurisprudence diplomatique depuis des années". "C'est un événement politique majeur", a-t-il dit.