Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

Recherche

12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 15:05


Par Laurent Bouvet


« L’affaire Frédéric Mitterrand » ne se résume ni à un débat sur la moralité publique – un ministre peut-il le rester dès lors qu’il a raconté ouvertement avoir pratiqué le tourisme sexuel ? – ni même au bon coup politique qu’il y aurait à jouer contre un symbole clinquant de « l’ouverture » sarkozienne. Elle laisse, plus profondément, apparaître ce qui sera l’un des enjeux majeurs de l’élection de 2012 : l’usage, bon ou mauvais, du populisme à des fins électorales.


Le fait que ce soit Marine Le Pen qui ait tiré la première sur l’ambulance mitterrandienne – Frédéric Mitterrand ayant inconsidérément ouvert la Boîte de Pandore à l’occasion de sa déclaration de soutien à Roman Polanski – est le meilleur signe que la campagne de 2012 est d’ores et déjà lancée quoi qu’en disent ses protagonistes possibles ou probables. Le tropisme populiste de la future candidate du Front national ne surprend pas. On y est habitué.


Que le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon, lui emboîte le pas est apparemment plus difficile à comprendre même si le ressentiment à l’égard du porteur d’un nom sacré du socialisme français est palpable au PS depuis sa nomination au ministère de la culture. Cette prise de position est plus difficile à comprendre surtout parce que la charge est personnelle et pas seulement politique, ce qui n’est a priori pas dans les habitudes de Benoît Hamon.


Pourtant, ces deux attaques ne sont pas de même nature. Sous l’apparence d’une chasse à l’homme, elles révèlent un rapport différent au populisme. Celui du Front national est classique : c’est la protestation d’un peuple imaginaire contre une élite corrompue et décadente. Celui dont les socialistes ont besoin pour espérer gagner à nouveau les élections nationales est d’un autre ordre : il s’agit de redonner au projet de la gauche de gouvernement un contenu populaire en ne laissant pas le libéralisme culturel (celui des mœurs et des « nouveaux » droits individuels) prendre systématiquement le pas.


Le populisme ne saurait en effet se résumer à sa définition péjorative même si c’est celle qui est utilisée en France. Il n’est pas seulement cette dérive politique dangereuse pour la démocratie. Il existe un populisme positif, celui considère le « peuple » comme la référence indispensable et ultime, en démocratie, et plus encore à gauche – la gauche sans le peuple, ce n’est pas la gauche. Le Parti socialiste, comme nombre de ses homologues européens, a ainsi perdu, ces dernières années, ce que l’on pourrait appeler le « sens » du peuple – à la fois sa direction et sa signification.


Or, c’est précisément ce « sens du peuple » que le PS (comme les écologistes d’ailleurs) devra retrouver pour espérer reconquérir le pouvoir d’Etat. Ce qui doit le conduire à un effort de dialectisation du populisme lui-même – c’est le sens qu’il faut donner à la « sortie » de Benoît Hamon contre Frédéric Mitterrand – même si l’usage politique du clivage élite/peuple est délicat. Il n’est plus désormais réductible à la lutte des classes comme ce fût longtemps le cas, et utilement, pour la gauche. Le fractionnement du salariat dans le capitalisme contemporain et la difficulté même de lire, tant du point de vue individuel que des institutions, ce que les marxistes appelaient les « situations de classe » ont rendu la mise en scène politique des antagonismes économiques et sociaux difficile alors même qu’ils continuent d’apparaître crûment. Le succès du discours sarkoziste sur la « valeur travail », par exemple, pendant la campagne présidentielle de 2007 a montré l’ampleur de la confusion qui règne aujourd’hui de ce point de vue.


C’est pourquoi tout le poids des oppositions sociales mises en jeu par le populisme porte sur les valeurs elles-mêmes, sur les déterminants anthropologiques et moraux du modèle de société. Or dans ce domaine, les frontières sont floues et la manipulation aisée.


Ainsi le libéralisme culturel revendiqué désormais par la gauche comme un élément incontournable de son socle de valeurs peut-il facilement être l’objet d’une condamnation au nom de ses dévoiements. C’est exactement ce qui se produit dans la mise en rapport implicite entre liberté sexuelle ou homosexualité d’une part et pédophilie de l’autre. On l’a vu au travers des accusations lancées récemment contre Daniel Cohn-Bendit par François Bayrou et aujourd’hui contre Frédéric Mitterrand par Marine Le Pen. Le registre de ces attaques est précisément celui du populisme : le peuple pur et vertueux ne peut ni ne doit se reconnaître dans les turpitudes inévitables d’une élite trop tolérante.


La gauche ne pourra faire l’économie d’un questionnement approfondi de son rapport aux valeurs « populaires » dans ce domaine des questions dites de société ; justement parce qu’elle a tout misé, depuis de nombreuses années, sur des formes d’émancipation essentiellement culturelles ou morales pour les individus – plus de droits et de libertés, plus de tolérance et de diversité – faute de projet économique et social.


On voit combien le PS et les Verts ont de chemin à parcourir en la matière ! Même si, l’épisode que l’on vient de vivre le démontre, l’ouverture sarkozienne, essentiellement pratiquée envers une « gauche » culturelle et élitiste assumée (la gauche « Carla Bruni »), risque de poser également de sérieux problèmes à une majorité ancrée  à droite.


Laurent Bouvet

Cet article est publié sur le blog de Laurent Bouvet : http://laurentbouvet.wordpress.com

Partager cet article

Repost 0
Published by Laurent Bouvet - dans Réflexion politique
commenter cet article

commentaires

Elie Arie 12/10/2009 20:39


Il y a un chantage insoutenable -et, plus grave, depuis longtemps inefficace- sous forme de "Si le FN l'a dit, vous n'avez pas le droit de le dire".

Je m'assume, personnellement, comme "gauche bobo et caviar" (bien que mes moyens ne me permettent pas d'en manger aussi souvent que je le voudrais).

- En 2005,Mitterrand  écrit un livre partout présenté comme autobiographique, dans lequel il parle de tourisme sexuel avec « des gosses » (c’est le mot qu’il emploie) prostitués ; dans ses
interventions télévisées pour la promotion de son ouvrage (notamment chez Fogiel) , il insiste sur le fait que ce qui fait la valeur de son livre, c’est qu’il dit toute la vérité; et il semble
faire acte de contrition, et regretter ces pratiques.

- Et, le 9 Octobre, il s’invite sur TF1, à l’heure de la plus grande écoute, pour expliquer le contraire, affirmer qu’il ne s’est jamais livré au tourisme sexuel ni à la pédophilie (en pratique
synonymes: le recours à des prostitués adultes est légal, et non considéré comme du "tourisme sexuel") .

S'il s'était contenté de renouveler ses contritions du livre (ce que je ne lui demandais d'ailleurs pas, une fois suffisait), j'aurais considéré l'incident comme clos; mais l'intervention télévisée
annule la contrition du livre, puisqu'elle le renie.

Alors, on pourrait au moins se poser la question : «Autobiographie ou fiction ? À quel moment a-t-il menti ? En 2005 ou en 2009 ? » ; question tout de même politiquement légitime : il serait
difficile d’accepter qu’un Ministre ayant pratiqué le tourisme sexuel, si c’était le cas, siège au gouvernement d’un pays qui l’interdit et le réprime, sans, au moins, le regretter - regrets
incompatibles avec la dénégation: ce n'est pas le livre qui me pose problème, c'est l'émission de TF1.

Rien de populiste là-dedans.


Marc d'Here 12/10/2009 22:31


Ecoute Elie, c'est absolument passionnant de savoir que tu es "bobo" et "gauche caviar", ce qui était évident à te lire, mais tu as eu 25 commentaires dans le précédent article pour tenter de
justifier tes  attaques contre Frédéric Mitterrand.

C'est fait, on a tous été ravis de te lire, mais on est passé à un autre article, qui mérite débat mais  dans lequel, je suis désolé, il n'est pas question de toi, pas plus que dans le
commentaire.
Crois-le, il nous arrive de nous intéresser à autre chose  qu'à toi! Alors s'il te plait, cesse avec ça.
Bien entendu, ton avis sur l'article ci-dessus, sera toujours le bienvenu, mais pas tes sempiternelles et inutiles justifications.


marc d'HERE 12/10/2009 20:02


Article très intelligent et subtil.

Mais j'ai du mal à considérer le populisme autrement que comme la négation de toute éthique, la   volonté de  tromper les citoyens en flattant  et en utilisant les
réflexes  et les passions  populaires. C'est  une dérive dangereuse pour la démocratie et je ne vois pas quel sens positif il pourraitpeut  avoir. C'est bien ce populisme
manipulateur qui a guidé la réaction de Marine Le Pen, mais aussi des responsables de gauche qui se sont empressés d'emboîter son pas. Je ne vois rien de plus noble dans la réaction de Benoît Hamon
et autres socialistes, que dans celle de Marine Le Pen.

Dans cette mesure, je crois qu'il ne faudra pas oublier cette séquence, elle a révélé beaucoup de choses sur beaucoup!