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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 08:58

 

Une lettre imaginaire entre Beckett et Ionesco...suivie d "en attendant Kroassance"...

 

de Gaspard Proust, dans Le Point, 30 mai 2012...

 

Paris, le 34 mai 2012

 

Cher Eugène,

 

J'ai quitté Dublin pour Paris il y a une semaine. J'ai bien fait, l'inspiration revient. Les idées de pièces de théâtre pullulent dans ma tête comme les cafards dans l'évier lorsque j'éteins la lumière. Je t'envoie là la première scène de la pièce que je suis en train d'écrire. Le titre en est, provisoirement En attendant Kroassance. Je pense que c'est une bonne idée, c'est dans l'air du temps. On me dit que c'est nécessaire pour avoir une chance d'aller la vendre sur les plateaux télé. J'ai hâte de connaître ton avis. Pour ma part, je reviendrai bientôt vers toi au sujet de ton Nounours. Ne t'inquiète pas, j'aime beaucoup. Sauf le titre. Pourquoi ne pas prendre un animal à peau épaisse comme Éléphant ou Tortue ? Voire Rhinocéros ? Songes-y... À très vite.

Ton Samuel.

 

"En attendant Kroassance"

 

Une salle de conférence déserte. Fraisby et Merkelmaus sont assis sur l'estrade. Une serpillière aux motifs du drapeau européen jonche le sol. À côte de la serpillière, un seau rempli d'eau sale. Devant le seau, une pile de petits papiers avec marqué dessus "3 %".

 

Merkelmaus. - Rien à faire.

Fraisby. - Je le crois aussi. J'ai longtemps résisté à cette pensée.

Merkelmaus. - ll faut qu'on se restructure, bibi.

Fraisby. - Non. Elle viendra.

Merkelmaus. - Qui ?

Fraisby. - Kroassance.

Merkelmaus. - Ah... oui...

Fraisby. - Donc nous sommes d'accord.

Merkelmaus. - Je ne sais pas...

Fraisby. - Je le sais, je le veux, je l'invoque.

Merkelmaus. - Tu es sûr ? Ce n'est pas sérieux...

Fraisby. - Je suis sérieux ! Car je suis normal. Et je le prouve !

 

Fraisby attrape le seau d'eau et se le verse sur la tête. Puis, il sort un calepin de sa poche, note "3 %" sur une page, la déchire et la pose sur le tas de papiers.

 

Fraisby. - Voilà !

Merkelmaus. - Tu te fatigues, bibi. Viens, on s'en va. Donne-moi mon chapeau.

Fraisby. - Tiens.

 

Il lui tend la serpillière au drapeau européen. Elle s'en fait un foulard. Elle rentre un bras, se met à tourner autour de lui en boitant : "Silvouplé, donnez, neuro..."

 

Fraisby. - Je me sens stigmatisé.

Merkelmaus. - Et l'ironie ?

Fraisby. - Moi, je n'aime pas l'ironie quand elle blesse. Oui à l'ironie, mais seulement si c'est fait dans la justice.

Merkelmaus. - Je ne comprends pas.

Fraisby. - N'est bon que ce qui est juste. Par exemple, le chocolat est juste car tout le monde l'aime et subit équitablement ses calories. C'est pour cela qu'il est bon. Donc le chocolat est de gauche. En revanche, peu de gens aiment le chou de Bruxelles, donc le chou de Bruxelles est fasciste.

Merklemaus. - Ça me semble logique.

Fraisby. - Non, c'est normal. De la même façon, la justice ne peut être juste que lorsqu'on nomme un représentant de la diversité à sa tête. Seuls ceux qui ont souffert d'injustice sont aptes à la rendre ; c'est cela la justice juste.

Merkelmaus. - Un peu comme nommer un chômeur à la tête de l'ANPE ?

Fraisby. - Voilà.

Merkelmaus. - Ou un détenu à la tête d'une prison ?

Fraisby. - Certes.

Merkelmaus. - Et un Juif à la tête d'un camp de concentration ?

Fraisby. - Je laisse ça à votre culture.

Merkelmaus. - Je me sens stigmatisée.

 

Fraisby lui tend une grande main SOS racisme. Elle se met à en sucer le pouce.

Un temps.

 

Merkelmaus. - C'est vrai que ton ministre du "Redressement de la balance des stigmatisations" s'est fait applaudir par des détenus ?

Fraisby. - Je le constate.

Merkelmaus. - C'est juste ?

Fraisby. - Évidemment. Ça prouve que Zemmourovitch a tort. La plupart des délinquants ne sont ni noirs, ni arabes ; ils sont de gauche. Donc, c'est normal qu'ils applaudissent la justice.

Merkelmaus. - Donc, ils sont bons ?

Fraisby. - Voilà. (Après un temps de réflexion.) Attends, non, ce n'est pas ce que... (Solennel) Moi président, vous ne me ferez pas dire ce que je n'ai pas pensé, monsieur Sarkoy Nikolajevitch !

Merkelmaus. - Mais...

Fraisby (se ressaisit). - Heu... pardon... Ce n'est rien... un spectre... de l'eau...

 

Merkelmaus lui tend le seau à moitié vide. Fraisby se vide le restant d'eau sur la tête.

Fraisby. - Merci...

Merkelmaus (sifflotant). - Il était pt'it, il était agité, il sentait bon le jogging mouillé...

 

Des coulisses, on entend de gros râles. Sur scène déboulent Grekastase et Cackarante. Grekastase est assis sur les épaules de Cackarante. Chacun a une corde au cou avec laquelle il dirige l'autre.

 

Cakarante. - Plus !

Grekastase. - Moins !

Cakarante. - Mon fric !

Grekastase. - Mon fric !

Fraisby. - Les bourgeois, ils ne parlent que de fric. Tu as remarqué ?

Merkelmaus (rêveuse). - Mein Mark...

 

Grekastase et Cackarante traversent la scène sans faire attention à Fraisby et Merkelmaus. Ils laissent tomber derrière eux des cartes postales bleues sur lesquelles on peut lire "Fetasse, Le pays au soleil endettant". Fraisby ramasse une carte postale.

 

Fraisby (séducteur). - Et si on euro-bondait ?

Merkelmauss. - Pas ce soir, j'ai mes règles.

 

Rideau.

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Published by Gaspard Proust
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commentaires

Christine 30/06/2012 09:40

Quel talent ce Gaspard! c'est très drôle et çà résume beaucoup de discours d'Hollande!! du président moi , moi !! je veux!