Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /2009 18:36

Claude Imbert
, Le Point, 5 11 09
...


Est-ce l’angoisse pour le sort de la planète ?
Est-ce l’ignorance d’une époque évaporée ? On dirait que les grands moments de notre destin perdent de leur couleur et défilent comme des gares désaffectées devant le TGV de la mémoire nationale. Deux exceptions, pourtant : la chute du mur de Berlin et l’attentat islamiste contre les tours de New York. Ici, stop !

Dans la chute, il y a vingt ans, du mur de Berlin, d’aucuns virent même un terminus, une « fin de l’Histoire ». Et, dans l’agonie du communisme, une humanité ralliée à l’économie de marché et, avec elle, au processus démocratique.
On a quitté cette espérance. Si la chute du Mur marque bien, de son fort symbolisme, la fin d’un cycle historique, elle n’annonce nullement l’apaisement de l’humanité. Le 11 Septembre aura sonné, le premier, le glas de cette illusion : après le communisme, l’islamisme militant entretient un refus radical du modèle occidental. Et la contestation fera des émules, au-delà même de l’Islam.


L’Histoire devient légende.
La chute du Mur exalte l’explosion de la liberté chez des peuples opprimés que le Mur enfermait. Elle enterre le système communiste, geôlier de ce « paradis ». Avec cette imagerie de foules en liesse, c’est, je crois, la bonne vision. Même si les foules ne furent pas seules à l’ouvrage. Car la rébellion des pays sous tutelle n’était pas la première. Et si, en novembre 1989, leur élan ne put être bridé, c’est que l’Empire rouge était malade. Et, à Moscou, la machine soviétique détraquée par la « guerre des étoiles » de Reagan, par l’asphyxie de l’économie, par la grogne des peuples liges. La volonté de « réforme » naufragera l’arche soviétique. Elle avait, avec Gorbatchev, installé, pour se sauver, un « réformateur ».
Mais ce « réformateur », débordé par l’échec, deviendra un syndic de faillite. Et c’est bien, pour finir, le réveil des peuples soumis qui affichera la faillite dans la rue.

Personne ou presque, tant à l’Ouest qu’à l’Est, n’avait prévu son imminence. Quand en 1985, sous Tchernenko, un cacique soviétique me confia en privé le projet réformateur, né des lucidités d’Andropov et du KGB, je restai sceptique. Sous Gorbatchev, en revanche, je crus l’avalanche déclenchée : la « réforme » ferait sauter le verrouillage d’un système totalitaire.

Quant à la conviction de Bush père, de Thatcher, et, à les entendre, de Mitterrand, elle était que le régime soviétique, avec ou sans Gorbatchev, rétablirait par la force sa « normalisation ». Tous voyaient encore le communisme comme un « voyage sans retour ».

Mitterrand, concédant qu’un jour peut-être - mais lointain - l’Allemagne tenterait de se réunifier, fut d’abord inquiet du « déboulé » de ces malheureux qui, via la Hongrie, fuyaient le communisme et votaient pour la liberté avec leurs pieds. Inquiet de voir l’Histoire tripoter sans façons l’avenir allemand. D’où ce « ratage » français pour accompagner Kohl dans la célébration, et ce brouillard de cachotteries réciproques qui auront un peu, pour nous, gâté la fête.
En fait, Mitterrand - qui me reçut en tête-à-tête à la veille de son voyage fâcheux dans un Berlin-Est déjà décomposé - me parut moins conscient de l’irrésistible poussée des peuples qu’attentif aux risques du grand chambardement européen. Et donc soucieux de ménager un Gorbatchev qu’il croyait, à tort, encore maître de la situation. Un Soviétique présent aux entretiens de Mitterrand à Kiev me dira plus tard : « Il n’avait pas saisi l’ampleur de notre débandade... »

Qu’importe, aujourd’hui, puisque Mitterrand, remisant bon gré mal gré sa crainte d’un colosse allemand dominateur, n’abandonna ses réticences premières contre l’unité allemande que pour négocier utilement avec Kohl l’extinction du mark au profit de l’euro. Ainsi rétablit-il, avec Berlin, un climat franco-allemand troublé à Bonn. L’Europe, pour finir, y gagnera.


Si l’on croit aux leçons de l’Histoire,
on retiendra que les lames de fond populaires restent, sinon imprévisibles, du moins imprévues dans l’anarchie de leur déferlement. Dans l’aléatoire de la boule de neige jusqu’à l’avalanche. Les Etats et leurs dirigeants en sont tétanisés. Les « experts » et nos « intellectuels » aussi. Ils caressent le peuple mais craignent ses colères.

On retiendra ensuite que la comparaison des détresses de l’Est avec, de l’autre côté du Mur, les délices d’une consommation festive, exaltée par des télés passe-partout, fut déterminante pour accroître le sentiment d’enfermement des peuples opprimés. On notera que les peuples qui avaient, avant la guerre, goûté à la liberté - Tchécoslovaquie, Pologne... - furent les plus vifs à secouer le carcan que Yalta leur avait imposé. Et l’on méditera la longue accoutumance du peuple est-allemand à sa servitude...


L’Europe d’après la guerre froide est aujourd’hui moins fringante qu’espéré. A l’Est, on y fait encore un peu bande à part. Mais enfin, l’Europe est libre. Pour elle, et pour le monde, le Mur murait la liberté : sa chute embellit la légende d’un siècle féroce.

Claude Imbert, Le Point

Par Claude Imbert, Le Point - Communauté : L'union Européenne - Voir les 4 commentaires - Publié dans : Europe
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Commentaires

Ton avis sur la présence imaginaire de Sarkozy devant le mur de Berlin, le jour de sa chute?
Commentaire n°1 posté par Elie Arie le 09/11/2009 à 14h20

Voilà le type de question très "Marianne" sur laquelle je n'ai aucun avis. Mais je peux faire une remarque.

Je me demande l'intérêt que cela peut représenter. Sinon un énième polémique des opposants systématiques: Après les attaques assez basses contre Frédérice Mitterrand à la suite du Front National, après la polémique sans objet sur son fils, on veut en faire naître une autre...Je sais que tu n'en rates pas une, et que tu te précipites avec gourmandise sur ces fariboles, mais tout de même!

Réponse de Marc d'Here le 09/11/2009 à 14h31
"Tout de même", pourquoi s'inventer une présence imainaire? Où est la "faribole"? Merci de ne pas inverser les rôles...
Commentaire n°2 posté par Elie Arie le 09/11/2009 à 14h37
Je ne sais d'où tu sors ces fariboles et quel intérêt tu y trouves ( en fait je crois voir...Comme pour les précédentes polémiques, Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy sur lesquelles tu as fourni des dizaines de commentaires, frétillants!). Redeviens sérieux!
Réponse de Marc d'Here le 09/11/2009 à 14h45
Le débat me paraît clair : la majorité des Français croient maintenant que Sarkozy a donné consigne de faire croire qu'il était là avant tout le monde, pour se montrer en position de visionnaire. Il s'agit probablement  d'une erreur dans un travail délégué au stagiaire XYZ, rien de grave, qui a voulu faire du zèle ou a écrit cela sans vérifier attentivement les dates. La réaction combinée de Fillon, Juppé (qui a modifié discrètement ses vidéos en ligne), la confusion qui s'en est suivi, a suggéré qu'il y avait eu volonté de tromper. En effet, s'il s'était agit d'un simple erreur matérielle, on se serait attendu à des réactions proposant une vérification et rectification immédiates.

 
Commentaire n°3 posté par Marc (Sainte-Luce) le 14/11/2009 à 20h27
Quelle volonté polémique, pour une histoire sans importance. Il y a vraiment recherche, par les opposants systématiques, de n'importe quel argument, même le plus insignifiant pour attaquer le Président. C'est une pauvre façon de faire de la politique. On peut douter qu'elle soit efficace. En tous cas elle montre leur incapacité de critiquer de manière sérieuse la politique de Sarkozy.
Réponse de Marc d'Here le 14/11/2009 à 21h56
nous pourrions critiquer de manière sérieuse le long discours sarkozien du jour, mais c'est lassant car on se répète. La terre ne ment pas blablabla et ceux qui viennent en France rien que pour les allocations, un peu de promesse de protectionnisme, le monde entier envie la littérature française etc.... Les bons passages ne sont probablement pas écrits par lui et sont contredits par l'activité parlementaire quotidienne.

Sincèrement, je préfère largement un dialogue Bockel/Bourlanges que cette littérature de gare. Voilà enfin deux personnes de droite remarquables. Dommage que JM Bockel n'ait guère accès aux micros dans ce gouvernement ; d'ailleurs s'il pouvait prendre la place de sa ministre de tutelle, ça serait sûrement un avantage pour la France.
 
Commentaire n°4 posté par Marc (Sainte-Luce) le 14/11/2009 à 22h46
Jean-Marie Bockel est un homme de gauche, sans la moindre ambiguité.
Et son mouvement, La Gauche Moderne  représente le pilier de gauche de la majorité. Le discours de Sarkozy est particulièrement riche,   intéressant et important. A la fois pour les valeurs qu'il met en avant et les politiques concrètes qui les sous tendent. Vous devriez le lire.
Réponse de Marc d'Here le 14/11/2009 à 23h12

PRESENTATION

 

Marc d'HERE 

 

Contact: ies1@hotmail.fr

 

 Militant socialiste (rocardien) depuis 1974, j’ai  accompagné en 1999 Jean-Marie Bockel, lorsqu’il a créé  le club politique  social libéral « Gauche Moderne ». J’en ai été le  secrétaire général jusqu’en 2006..

Engagé dans la défense du Traité Constitutionnel Européen, je propose à Bernard Kouchner, Elisabeth Guigou, Gérard Collomb et Daniel Cohn-Bendit de créer le « Comité de la Gauche pour le Oui » et j’en assure  l’organisation et le développement.

 Quittant le parti socialiste après le congrès du Mans (2005), ne pouvant accepter l’irréalismeet la démagogie des choix politiques effectués, et refusant une « synthèse » synonyme de confusion, je crée  avec quelques amis socialistes  et centristes,  un mouvement politique réformiste,  de centre gauche « Initiative Européenne et Sociale » (IES)  que je préside depuis janvier 2006.

 

 Ayant soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle, parce qu’il m’apparaissait le plus apte à réaliser les réformes et les changements profonds dont notre pays a besoin,  j’ai choisi de m’inscrire dans  la majorité présidentielle. Adhérent de La  Gauche Moderne, le parti de Jean-Marie Bockel , je suis membre du Comité Permanent, chargé du Projet,  et Coordonateur de la Région "Pays de la Loire" 

 

 J'ai publié  fin 2007« de Rocard à Sarkozy. Itinéraire d’un social libéral » éditions Christophe Chomant. Les personnes intéressées par ce livre peuvent s’adresser à l’éditeur : christophe.chomant@wanadoo.fr ou m’adresser un mail à ies1@hotmail.fr

 

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