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PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 08:42

 

"Le Monde" se montrait admiratif devant une déclaration de Martine Aubry évoquant les principes de ce qu'elle appelait la société du "care", qui serait un des éléments "nouveaux" de sa conception de la société...société du soin, de l'attention à porter aux autres et à chacun, société  plus humaine...

 

Sans reprendre cette expression anglo saxonne, Gilles Casanova et moi, avons déjà, dans notre ouvrage "Plus belle la gauche-Pour une gauche moderne", consacré un développement à ce principe que nous mettons, avec d'autres,  au coeur de notre conception de la société...

 

 

......L’homme n’est pas seulement un calculateur agi par l’utilitarisme, par le profit qu’il espère retirer d’une action ou d’une initiative. Il est aussi, et plus qu’on ne le croit, agi par des émotions, des intuitions, des espérances, par la recherche de la beauté, il est au fond d’abord en quête de sens. Les besoins dont il cherche la satisfaction ne sont pas seulement matériels mais aussi culturels, spirituels et relationnels. Nous savons tous que  le bien être, pour ne pas évoquer le bonheur, dépend davantage de la profondeur et de l’authenticité des relations entre les personnes que de l’accumulation des choses, qu’il  n’est pas proportionnel à la richesse. Une autre dimension existe, qui peut amener l’homme à voir au delà de son intérêt à court terme, à s’ouvrir à l’autre, à aller à sa rencontre, à l’aider, à construire des formes diverses de coopération et de solidarité. Jean-Baptiste de Foucauld, constate, à ce sujet, dans un livre  d’une très grande profondeur[1] que « pour une bonne part de notre existence, peut-être pour la totalité, nous n’existons que par et pour les autres. » La société que nous voulons aider à se construire, ne peut être régie seulement par la loi, même nécessaire, même acceptée et légitime. Elle doit reposer sur un élargissement de la sociabilité, car ses membres ne sont pas seulement liés entre eux par des accords juridiques ou des relations d’intérêt, ils le sont aussi – ou doivent l’être davantage – par des rapports non codifiés de confiance et de réciprocité, tout ce qui, fondé sur la prise en compte de l’autre et les devoirs qui doivent répondre aux droits que chacun possède, vient humaniser et donner chair à la démocratie[2]. Alors qu’autour de nous, la marchandisation s’étend de plus en plus, des biens aux services, des objets aux éléments constitutifs de l’individu – la culture, la santé, la procréation elle-même – une place doit être faite à des relations fondées sur l’entraide et  la gratuité. Dans notre société où la technologie envahissante, le repli sur soi et l’isolement que provoquent la précarité ou le chômage, tendent à éroder les relations interpersonnelles, la reconstruction d’un lien social, d’un vouloir et d’un savoir vivre ensemble, s’affirme comme une nécessité. Elle passe par la responsabilité vis-à-vis d’autrui, par une réhabilitation de la notion de partage qui fonde toute communauté humaine. Elle passe par la diversification de lieux de coopération et d’échanges, la reconquête d’un temps qui échappe à l’économie et au travail contraint, la multiplication des occasions permettant aux individus de manifester et d’exercer leur générosité ; par l’institution d’un service civique volontaire ouvert à  tous les jeunes, qui seraient fortement incités à y consacrer une année ; elle passe  par le développement aussi de cette économie alternative, sociale et solidaire, animée par le souci de l’intérêt général et le principe du « non profit ».  Elle passe finalement par la capacité de nos institutions et de notre société à articuler intérêt individuel et préoccupation collective, la réalisation de l’un par la recherche de l’autre. C’est vers cette éthique sociale, éthique de la gratuité ou du don, mise en œuvre de ce qu’on a pu appeler fraternité, que nous voulons tendre. Elle vient prolonger et donner sens aux valeurs et principes d’action que nous avons exprimés plus haut.

 

Même au cœur de la crise, nous refusons le scepticisme qui fait le fond d’une pensée qui se prétend libre – le pessimisme et la critique sont souvent, en France, considérés comme une manifestation d’intelligence – cette ambiance exagérément négative, faite de catastrophisme répandu à souhait par les médias, et d’absence de perspective concrète qui freinent toute volonté de construire.

Sans verser dans un optimisme trompeur et semeur d’illusions, nous voulons sortir de cette « société de défiance » où « l’emporte un sentiment de peur et d’impuissance » décrite par les enquêtes d’opinion et qui, sans raison immédiate, touche la France, plus que tous les autres pays européens[3]. Les citoyens qui sont conscients que des transformations sont nécessaires et qui ne refusent pas le changement par principe, craignent l’insécurité qu’il peut entraîner parce que rien n’est dit ou fait pour les informer de ce qu’ils peuvent en attendre. Ils se replient sur l’existant – même peu satisfaisant – parce qu’ils ignorent ce que leur apportera le changement. Ne croyons pas que nos concitoyens se détournent de la politique parce qu’ils n’éprouvent plus d’intérêt pour les idées ou les projets politiques. Ils s’en détournent parce qu’il n’y a plus d’idées fortes auxquelles ils puissent croire, ni de projets novateurs auxquels ils puissent adhérer, ni de leviers de pouvoirs qu’ils voient agir de manière efficace. C’est lorsqu’on ne leur propose aucune perspective que les peuples se crispent sur leurs acquis, c’est lorsqu’ils peuvent adhérer à une vision de l’avenir et partager une espérance, qu’ils s’impliquent et deviennent moteurs. Celui qui attend trop souvent qu’on le prenne en charge et qui réagit par la récrimination et la revendication, retrouvera le désir de construire lorsqu’il en attendra son développement et son épanouissement[4].

Marc d'Héré et Gilles Casanova

"Plus belle la gauche- Pour une gauche Moderne"



[1] « Les 3 cultures du développement humain », Odile Jacob, février 2002

[2] Dans un esprit  proche, Jacques Julliard écrit dans « le choix de Pascal » : « une démocratie qui ne serait pas une reconnaissance de l’homme par l’homme, avec ce que cela suppose de liens entre les individus et je dirais presque de communion, ne serait pas la démocratie. »

[3] Le pessimisme avec lequel un grand nombre de jeunes envisagent leur avenir est particulièrement préoccupant.

[4] « La décadence d’une société commence quand l’homme se demande : que va-t-il arriver ? Au lieu de se demander : que puis-je faire ? » Denis de Rougemont, L’avenir est notre affaire.

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Published by Marc d'Here - dans Réflexion politique
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commentaires

Elie Arié 21/04/2010 13:01


À noter aussi que, là où le français n'a qu'un seul mot pour "soigner", la langue anglaise en a deux:

-"Cure": guérir ou essayer de guérir;
-"Care": prendre en charge.

C'est pourquoi toute la médecine n'est pas évaluable (et c'est le point faible de la tarification à l'activité des hôpitaux): le "cure" est évaluable (notamment par des indicateurs de résultats et
de qualité des soins, et leur rapport avec les coûts), le "care" ne l'est pas (temps consacré à écouter le malade et sa famille, à leur expliquer leur cas, à les rassurer, etc.)...même si le temps,
c'est forcément de l'argent.