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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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13 septembre 2009 7 13 /09 /septembre /2009 08:08


Patrick Buisson  
est l'un des hommes que le chef de l'Etat écoute le plus. C'est la première fois depuis qu'il travaille pour lui qu'il s'exprime.

 

Extraits d’une interview d’Eric Mandonnet pour  l’Express.fr du 03 09 09

 

 

Vous êtes conseiller de Nicolas Sarkozy, sans appartenir à son cabinet. Comment définiriez-vous votre rôle auprès du président ?

Je ne suis pas conseiller de Nicolas Sarkozy. J'accomplis une mission de conseil dont est chargée ma société auprès de la présidence de la République. Les mots ont un sens et l'impropriété sémantique est souvent une porte ouverte à la malveillance. Mon rôle ? Il est de faire vivre et prospérer le lien direct que Nicolas Sarkozy a établi avec les Français, notamment avec les catégories populaires, lors de la campagne présidentielle. Tout l'intérêt des enquêtes est dans la compréhension, et donc dans l'anticipation des mouvements de l'opinion, mais ces études ne constituent qu'un outil parmi d'autres au service de l'analyse politique et des préconisations stratégiques.

………

 

La crise financière redonne-t-elle une chance à la social-démocratie?

Au contraire, elle l'enfonce. D'abord parce que la crise et l'endettement des Etats affectent les politiques de redistribution, qui constituaient la rente électorale des partis sociaux-démocrates. Ensuite, parce que les socialistes ne veulent pas comprendre que la demande d'Etat a sensiblement changé de contenu. Elle ne porte plus seulement sur un rôle de régulation dans le secteur de l'économie, mais sur le renforcement des fonctions protectrices de l'Etat dans la société.

Un exemple ? Face aux désordres engendrés par la mondialisation en matière de flux migratoires, le PS est partisan du "moins d'Etat" et toute une partie de la gauche ne veut pas d'Etat du tout: ni frontières, ni contrôle, ni principe de précaution.

 

Tant qu'ils n'auront pas accompli cette révolution culturelle, les socialistes français resteront coupés du peuple. Les quadras du PS sont, comme leurs aînés, tributaires du même biotope: think tanks, médias et agences de communication, dont la principale caractéristique est d'ignorer ou de mépriser les attentes des catégories populaires.

Autant dire que je ne vois pas un candidat transgressif sortir de ce languissant psychodrame. Les sempiternels débats sur les questions de procédure et les configurations d'alliance montrent qu'ils posent toujours leurs problèmes en termes d'arithmétique et non de dynamique électorale.

 

En quoi la crise modifie-t-elle le lien entre Nicolas Sarkozy et les Français?

La supériorité de Nicolas Sarkozy tient dans sa capacité à incarner l'autorité de l'Etat et à assumer pleinement les fonctions régaliennes qui lui sont liées. En période ordinaire, c'est un atout majeur. En période de crise, c'est un capital inestimable qui le fait apparaître comme le seul référent politique stable dans un environnement chaotique, le dernier rempart contre les désordres nés de la crise.

Le scrutin de 2007 a concrétisé ce que l'on sentait confusément: à savoir le retour au modèle du leadership qui, dans l'histoire, supplée toujours à un vide de la culture, à l'épuisement des idéologies et des expertises. A première vue, l'élection américaine de 2008 s'inscrit dans un schéma identique.

Mais il existe, à mon sens, une grande différence entre le "Yes we can" d'Obama et le "Ensemble tout devient possible" de Sarkozy. Le premier exprime ce que Heidegger appelait la "volonté de volonté sans contenu" ou, si l'on préfère, la puissance pour la puissance, sans aucun message particulier: oui, nous le pouvons, mais nous pouvons quoi? La réponse se fait encore attendre. Le second renvoyait à l'adéquation entre un homme et un programme, et non à une personnalité en tant que substitut d'idées devenues évanescentes.

 

Quel est le principal danger qui guette le président dans son rapport avec l'opinion?

Observons, d'abord, que rien de ce qui a été écrit depuis le début de la crise à propos du lien entre le chef de l'Etat et les Français ne correspondait à la réalité. Le prurit révolutionnaire était dans les médias, pas dans la rue, encore moins dans les urnes.

 

Cela étant, l'hyperprésidence volontariste de Nicolas Sarkozy a créé un niveau d'attente qui risque d'amplifier les mouvements erratiques de l'opinion. Ce président si peu monarque, si peu enclin à endosser la dimension sacrale de sa charge, suscite des espérances dignes d'un roi thaumaturge. En cas de déception, sa popularité pourrait en souffrir, mais je suis de ceux qui croient à la primauté du politique, c'est-à-dire de l'ordre symbolique sur l'économie. Il y a un mot superbe de Cioran qui résume cela: "Privée d'un parfum d'inutilité, l'Histoire ressemblerait à un guichet de banque."

Au final, le quinquennat se jouera moins sur le bilan que sur la capacité du pouvoir à imaginer la France d'après la crise et à jeter les bases d'une société du mérite et du travail, en rupture avec les errances du système. La droite n'a rien à gagner à être réduite au parti de l'économie, au parti du matérialisme absolu, car, comme le démontre, avec une régularité confondante, l'histoire électorale, cette dimension n'influence qu'à la marge le choix des électeurs.

Il suffit d'examiner le résultat des scrutins majeurs en Europe depuis vingt ans pour s'apercevoir que le score des sortants n'est absolument pas en corrélation avec l'évolution du taux de chômage. Le cimetière des grands battus du suffrage universel est plein de candidats au bilan économique flatteur.

Inversement, des gestionnaires malheureux sont sortis régénérés du bain électoral. D'autres l'ont dit avant moi: "Politique, d'abord." Ce que vient d'imposer Nicolas Sarkozy aux banques et aux banquiers en est la meilleure illustration.

 

Les régionales de 2010 auront-elles une forte signification nationale ?

Ce sont des élections locales, dans lesquelles le PS peut encore faire bonne figure grâce à une fiscalité qui lui conserve des marges de manoeuvre pour la redistribution et le clientélisme. Les collectivités territoriales représentent en quelque sorte la base de repli historique de la social-démocratie, sa peau de chagrin.

 

L'alchimie de la présidentielle est d'une tout autre nature. Il y a, sans conteste, dans le précipité de cet exercice de démocratie directe un fond de césarisme et des molécules plébiscitaires. Ce qui, culturellement, constitue un lourd handicap pour les candidats du PS, qui sont censés être d'abord l'émanation d'un projet collectif. Seul Mitterrand est parvenu à le surmonter, parce que sa culture, son tempérament et sa pratique politique devaient plus à son milieu idéologique d'origine, c'est-à-dire la droite autoritaire, qu'à sa dernière famille d'adoption. Il fut d'ailleurs un modèle parfaitement abouti et très respectable de monarque républicain.

 

Le problème que pose au PS l'élection du président au suffrage universel touche à l'essence même de ce scrutin. C'est la raison pour laquelle les plus avisés à gauche sont favorables à sa suppression, mais n'osent pas pour la plupart l'assumer publiquement.

Quelles certitudes avez-vous, à ce jour, à propos de 2012?

Une seule, mais elle est massive : les électeurs qui feront la décision sont ceux qui se sont abstenus à l'occasion des élections européennes. Près de 19 millions de Français qui avaient participé à la présidentielle de 2007 ont, en effet, choisi de ne pas aller voter le 7 juin dernier.

Le profil de ces abstentionnistes nous est parfaitement connu: c'est la France du travail, des ouvriers et des employés, des précaires et des exposés, des sans-diplôme et des faibles revenus. Bref, la "France qui souffre", qu'avait su mobiliser le candidat Sarkozy en 2007. Rien n'est pire que de se tromper dans l'appréciation des catégories décisives du marché politique.

Le sarkozysme étant un empirisme sans tabou, je le crois à l'abri de ce genre d'écueil. Parce que, tôt ou tard, il finit toujours par retrouver le chemin du réel.

 

Patrick Buisson

Interrogé  par Eric Mandonnet pour  l’Express.fr  (EXTRAITS)

 

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Published by Patrick Buisson, pour l'Express.fr - dans Vie Politique
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commentaires

Elie Arie 13/09/2009 11:28

Sans être d'accors sur la totalité de cette interview (je pense qu'Obama est porteur d'un vrai projet politique- ce qui ne signifie pas un changement de société) , je partage son point de vue sur:-la catastrophe pseudo-démocratique que représente l'élection du Président de la République au suffrage universel, élément majeur de la dépolitisation et de la personnalisation de la vie politique;-la fausseté du postulat  commun aux marxistes et aux libéraux selon lequel c'est l'économie qui commande la politique, et sur lequel s'est construite la stratégie européenne de Jean Monnet ("faisons l' Europe économique, l'Europe politique suivra automatiquement" ).Les anciens Grecs, qui avaient beaucoup réfléchi à la démocratie pendant le "siècle de Périclès" (empêcher le constitution d'une "classe politique", ostraciser les politiques qui jouissaient d'une trop grande popularité personnelle, etc.) l'avaient déjà dit il y a 2500 ans: "Tout est politique".

Marc d'Here 13/09/2009 17:51




Sur Obama j'attends de voir s'il y a vraiment un "projet". Pour l'instant c'est communication, prolongation avec changement à la marge de la politique de Bush en Irak et Afghanistan...discours
sur la "sécurité sociale"...Un peu court pour faire un vrai projet, mais il n'est là que depuis 8 mois!

Sur Jean Monet, faire passer  l'économie d'abord (et spécialement le charbon et l'acier) n'avait rien d'idéologique mais c'était le moyen concret (et vérifié) de faire avancer les choses.