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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 07:38


La chonique de Jean-Pierre Robin, Le Figaro économie du 29 juin - «Il est un principe quasi immémorial : on paie comptant ses dépenses récurrentes, pour se nourrir ou se divertir ; on emprunte seulement pour investir».

Voici une histoire qui fait un malheur sur le Net : «Dans un village qui vit du tourisme, il n'y a plus de touristes à cause de la crise. Tout le monde emprunte à tout le monde pour survivre. Les mois passent, misérables. Arrive enfin un étranger qui prend une chambre. Il la paie avec un billet de 100 euros. L'hôtelier court porter le billet chez le boucher, à qui il doit justement 100 euros. Le boucher va aussitôt porter le même billet au paysan qui l'approvisionne en viande. Le paysan,à son tour, se dépêche d'aller payer sa dette à la prostituée à laquelle il doit quelques passes. La “pute” boucle la boucle en se rendant à l'hôtel pour rembourser l'hôtelier qu'elle ne payait plus quand elle prenait une chambre à l'heure. Comme elle dépose le billet de 100 euros sur le comptoir, le touriste, qui venait dire à l'hôtelier qu'il n'aimait pas sa chambre et n'en voulait plus, ramasse son billet et disparaît. Rien n'a été dépensé, ni gagné, ni perdu. N'empêche que plus personne dans le village n'a de dettes. N'est-ce pas ainsi qu'on est en train de résoudre la crise mondiale ?» (sic).


«Auteur inconnu», soulignent les internautes, tout heureux d'invoquer le génie créateur et collectif de la Toile. Dans sa simplicité et dans son apparente étrangeté, l'apologue rappelle un conte oriental. On comprend qu'il plaise. Sauf que l'histoire rapportée est vieille comme l'enseignement de l'économie. Elle fait partie des classiques de la pédagogie dans les facultés. Cela n'enlève pourtant rien à son mérite : elle éclaire merveilleusement la crise bancaire et économique que nous vivons. On s'étonne seulement que les chefs d'État du G20 et la gent politique n'aient pas le talent narratif des profs d'autrefois. Lesquels expliquaient ainsi le circuit économique, l'échange des marchandises, le rôle de la monnaie et la justification de l'emprunt…


L'«étranger», arrivant dans le village avec ses 100 euros, fait figure de sauveur. Il incarne le rôle des banquiers centraux qui ne cessent depuis près de deux ans d'apporter en masse des liquidités pour débloquer la situation. Miracle, l'argent frais d'un touriste permet à tous les villageois d'effacer leurs dettes. L'endettement des uns correspondant aux créances des autres, un effet de dominos vertueux s'est enclenché. L'«étranger» peut ensuite reprendre son billet de 100 euros sans mettre le système en danger : l'hôtelier, le boucher et le paysan ont recouvré leurs créances ; ils n'ont plus peur, ils sont à nouveau en mesure de se consentir mutuellement des crédits. C'est ce que songent à faire, dans un avenir plus ou moins proche, la Fed américaine et la Banque centrale européenne. Elles estiment même nécessaire de retirer les liquidités qu'elles auront distribuées si généreusement, une fois la situation apurée. Car il est à craindre que la machine de l'endettement reparte trop vite. En termes techniques et pompeux, les banquiers centraux parlent de «stratégie de sortie de crise».


La seconde leçon de la fable, qui fait les délices des internautes, porte sur la régulation du crédit, sans doute indispensable. «Tout le monde emprunte à tout le monde», est-il dit. Voilà qui serait plutôt sain : n'est-ce pas ce que vise EDF lorsqu'elle a lancé le 17 juin dernier son emprunt d'un milliard d'euros auprès des particuliers ? Dans un système libéral, les épargnants et les entreprises sont censés équilibrer spontanément leurs besoins respectifs de placement et de financement. De même, les banques devraient-elles théoriquement pouvoir exercer leur métier d'intermédiaires sans besoin d'une banque centrale qui les chapeaute. C'est la théorie de «la banque libre» dont l'économiste Friedrich Hayek s'est fait le partisan le plus incisif. Loin d'être une utopie, ce système a existé en Écosse et au Canada aux XVIIIe et XIXe siècles. Et même en France, avant que Napoléon crée la Banque de France (1800) et lui accorde le monopole d'émission des billets au-dessus de 500 francs. Tout est affaire de confiance.


Un tel dispositif, dérégulé et sans intermédiaire, ne fonctionne manifestement pas bien dans le village. L'hôtelier, le boucher et le paysan, sans parler de leur amie commune, étaient certes parvenus à se financer mutuellement «pour survivre». Mais arrive le moment où ils ne se font plus confiance. Sinon pourquoi s'empresseraient-ils de rembourser leurs dettes dès qu'ils ont du cash ? Ils pressentent que leurs ardoises ont atteint une limite et qu'il serait dangereux d'aller plus loin. On en devine la raison : tous les produits pour lesquels ils s'endettent sont des biens de consommation courante. Or il est un principe quasi immémorial : on paie comptant ses dépenses récurrentes, pour se nourrir ou se divertir ; on emprunte seulement pour investir, acheter son logis ou sa voiture dont l'usage s'étalera sur des années. Un principe qui vaut pour les finances domestiques et celles de l'État, fût-il royal : notre Ancien Régime a disparu faute d'avoir su maîtriser sa dette publique.


De cette fable et du succès qu'elle rencontre chez les internautes, on tirera une double morale. Point besoin de jargon pour comprendre le déroulement de la crise. Si nous voulons éviter de nouvelles mésaventures, il est urgent d'expliquer les principes du crédit à l'opinion publique. À la portée de tous.

Jean-Pierre Robin
Le Figaro économie

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Published by Jean-Pierre Robin - dans Economie et social
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commentaires

peaceonearth 25/07/2009 17:46

Sauf que la boucle est effectivement bouclée uniquement à cause de ce fait : la dette de l'hotelier compense exactement sa créance, si bien qu'en réalité ce n'est pas l'étranger qui permet l'équilibre mais la supposée bonne gestion de l'hotelier qui équilibre sa dette avec sa créance, ce qui n'est pas le cas de tout le monde.En fait, la situation est même plus complexe que cela puisque en pratique, il est probable que la créance de la prostituée n'équivale pas la dette de l'hotelier (on ne leur a probablement pas prêté pas au même taux).Par ailleurs, la seule chose qui permet au système économique de tenir c'est essentiellement la garantie que forme les créances de l'Etat parce que l'Etat dispose du monopole d'émission de monnaie.Les créances de l'Etat ce sont les citoyens qui devront les payer dans quelques années s'ils y arrivent, et la seule manière d'y arriver est de produire davantage de richesses que leurs parents ou bien de dépenser moins.

Vladimir Vodarevski 08/07/2009 23:02

Ce qu'illustre cette petite histoire, surtout, c'est que la monnaie fiduciaire est comme une créance. On peut très bien imaginer que l'hôtelier paie le boucher avec une reconnaissance de dette. Le boucher paie le paysan avec cette reconnaissance de dette. celui'ci paie la fille avec la même reconnaissance de dette. Et la fille paie l'hôtelier de la même manière. La boucle est bouclé.La monnaie permet à ce système de fonctionner entre des milliards de personnes qui ne se connaissent pas. Par exemple, une entreprise  a besoin de payer un fournisseur, avant d'avoir vendu ses produits, car il faut bien les fabriquer avant de les vendre. elle peut signer des reconnaissances de dettes. cela se fait. Mais ces reconnaissances de dettes sont malaisées à échanger. L'entreprise demande donc à la banque de lui faire crédit. C'est-à-dire que l'entreprise signe une reconnaissance de dette envers la banque. En échange, la banque fournit une reconnaissance de dette facile à échanger: de la monnaie. C'est là la fonction du crédit.