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30 juin 2009 2 30 /06 /juin /2009 08:35

Par Jean-Louis Caccomo
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En toute logique, le taux d’intérêt à long-terme est supérieur au taux d’intérêt de court-terme : plus un investissement porte sur une longue-période, plus les risques encourus par l’investissement sont élevés et plus le rendement exigé est important [1]. Alors que la banque centrale fixe le taux à court-terme, ce sont les marchés qui déterminent les taux à long-terme de sorte qu’il existe une relation complexe entre les deux taux qui revient à se demander qui influence qui.

 

En effet, deux relations sont en cause. Tout d’abord, les taux à court et à long-terme devraient évoluer dans le même sens en vertu de l’effet de portefeuille. Par exemple, si la banque centrale augmente le taux court, les investisseurs délaissent les obligations pour se placer sur des actifs monétaires de court-terme. En conséquence, le cours des obligations chute et donc leur rendement – c’est-à-dire les taux à long-terme – augmentent. Dans ce cas, les taux à long-terme sont sensibles aux taux à court-terme.

Mais si l’on en croit l’effet Fisher, il y a aussi une relation inverse entre les deux taux en vertu du mécanisme d’anticipation. Si la banque centrale relève son taux directeur en vue de lutter contre l’inflation et si cette politique est crédible, les marchés peuvent parier sur une diminution de l’inflation dans le futur, ce qui fait baisser le taux à long-terme.

 

Ce second effet n’est pas inintéressant à méditer au moment où les taux longs semblent repartir à la hausse alors que les banques centrales réduisent les taux directeurs [Investir n° 1848, 8 juin 2009, page 4]. Cette situation ressemble à l’effet Fisher inversé : avec la baisse des taux directeurs dans le cadre d’une politique monétaire destinée à financer la relance, les marchés redoutent une reprise de l’inflation dans le futur, d’où une tension sur les taux longs.

 

Les taux sont donc des prix. A ce titre, ils obéissent à des logiques objectives qui dépassent les seules volontés individuelles ou politiques. A ce propos, la démagogie de certains députés peut parfois atteindre des sommets. Ainsi, à l’occasion du nouvel emprunt que le gouvernement a récemment décidé de lancer - et qui se traduit par une émission d’obligations -, certains ont émis l’idée de pratiquer un taux zéro pour les ménages les plus riches… Et l’on s’étonne encore de la fuite des capitaux qui pénalise notre potentiel de croissance à long-terme ? Evidemment, personne n’est forcé d’acquérir les obligations, encore moins les ménages les plus riches. Les placements constituent un marché (les marchés financiers). Pour qu’ils trouvent preneurs, il faut donc les rendre attractifs et c’est ce qui a probablement fait le succès de l’emprunt EDF. Les plus riches sont-ils à ce point idiots pour acquérir un placement qui ne rapporterait rien comme s’ils n’avaient pas d’autres choix ?

On comprend pourquoi les finances publiques sont dans un tel état de délabrement quand ceux à qui nous les confions se permettent de tels défauts de raisonnements.

 

 

[1] A propos de la courbe des taux d’intérêt, voir Bito Christian [2009] Comprendre la gestion de portefeuille, Editions de Verneuil, Paris.

 

 

Jean-Louis Caccomo,

http://caccomo.blogspot.com/

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Published by Jean-Louis Caccomo - dans Economie et social
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