Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

Recherche

25 juin 2009 4 25 /06 /juin /2009 17:06

Par Nicolas Baverez, Le Monde daté du 23 06 09
...


Certaines faillites d'entreprises, au-delà de la disparition d'une firme, comportent une dimension historique. En 2008, la liquidation de Lehman Brothers fut à la fois le révélateur et l'accélérateur de la crise financière. En 2009, le dépôt de bilan de General Motors, premier constructeur mondial durant soixante-dix-sept ans, illustre la violence de la récession, l'obsolescence du modèle de l'automobile et le déclin industriel des pays développés. La faillite de General Motors s'explique par nombre de traits spécifiques : l'accumulation de 88 milliards de dollars de pertes depuis 2005, une dette de 173 milliards de dollars, des régimes de santé et de retraite ruineux, un retard chronique de compétitivité, des véhicules médiocres qui ne se distinguaient que par le caractère extravagant de leur consommation. Pour autant, General Motors n'est pas une exception : les quinze premiers constructeurs mondiaux affichent pour 2008 des pertes de 41 milliards de dollars, sur fond d'une chute de 20 % du marché mondial, revenu de 68 millions de véhicules en 2007 à moins de 55 millions en 2009. Avec pour conséquence immédiate un effondrement de l'emploi (1,3 million de postes perdus pour les seuls Etats-Unis).


Si la bulle est d'abord financière, la récession est d'abord industrielle. Si la déflation trouve son origine dans le surendettement, sa diffusion s'effectue prioritairement par l'industrie : production et investissement en chute de 15 % et 30 % en un an ; hémorragie des effectifs qui entraîne une baisse de 3 % à 4 % de la part de l'industrie dans la main-d'oeuvre. Les groupes industriels du Nord se trouvent ainsi engagés dans une course de vitesse pour augmenter leur capital et diminuer leurs coûts afin d'échapper à l'étau mortel de l'effondrement de la demande et du crédit. Dans le même temps, les nouveaux géants du Sud - Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud - consolident leur leadership (trois des cinq premiers groupes mondiaux sont désormais chinois) et mettent à profit le trou d'air des pays développés pour prendre le contrôle d'actifs stratégiques, acquérir des technologies, sécuriser leur accès aux ressources rares.
La crise économique rappelle ainsi que l'industrie, même si sa part dans la richesse nationale et dans les postes de travail diminue, demeure déterminante pour l'emploi, pour la diffusion de l'innovation et les gains de productivité - clé de la croissance potentielle -, pour les échanges internationaux et la compétitivité.


.

A l'exception de l'Allemagne et du Japon, qui ont restauré la compétitivité de leur appareil de production depuis la fin des années 1990 - ce qui les place en situation idéale pour bénéficier de la reprise -, la réindustrialisation s'impose comme une priorité pour le monde développé. Elle est un levier majeur pour la croissance, qui constitue le seul remède à la dette si l'on veut éviter l'inflation. Elle représente un vecteur de conversion des systèmes productifs à l'innovation et à un développement respectueux de l'environnement. Elle décidera de la résorption des déséquilibres qui minent les échanges et les paiements mondiaux.


En bref, le traitement des séquelles de la crise et le rétablissement de la compétitivité du monde développé dépendront largement de l'industrie. Les Etats-Unis ne s'y trompent pas et se mobilisent pour la reconfigurer.

Force est de constater que les obstacles à la réindustrialisation ne manquent pas dans les sociétés riches : coût élevé du travail et du capital ; multiplication des réglementations ; fiscalité élevée ; contraintes environnementales et hostilité des populations face aux installations à risques ; déplacement de la demande vers les pays du Sud. Mais l'Allemagne et le Japon démontrent qu'il reste possible de construire une base industrielle puissante et compétitive.


D'où la nécessité d'une nouvelle politique industrielle dont les principes doivent prendre en compte l'universalisation du capitalisme. La tentation protectionniste doit être écartée, car elle amplifierait la déflation et couperait l'industrie des marchés les plus dynamiques. Cela implique cependant d'engager des discussions sur la stabilisation du système monétaire international, grand absent du G20, afin d'enrayer la spirale des dévaluations compétitives, et de lier l'ouverture des échanges à un accord sur l'environnement lors de la conférence de Copenhague sur le climat, en décembre.


L'intervention des pouvoirs publics est indispensable mais doit être ciblée. Elle doit être centrée sur l'amélioration de la compétitivité à long terme, et pas sur la subvention à fonds perdus de surcapacités et d'activités obsolètes. L'Etat doit donner la priorité à la formation, à l'innovation et à la recherche, à la mobilisation de l'épargne longue vers l'investissement productif, à la réorientation des talents vers le secteur non financier, au redéploiement au sein de la mondialisation, à la prise en compte des exigences d'un développement durable. La renaissance de l'industrie ne résultera pas d'un retour au dirigisme, mais de la mobilisation des forces économiques et sociales en faveur de modes de production et de consommation neufs.


Nicolas Baverez
est économiste et historien.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Nicolas Baverez - dans Economie et social
commenter cet article

commentaires

Vladimir Vodarevski 01/07/2009 21:26

Bonjour, je trouve les exemples de l'Allemagne et du Japon malheureux. Ces deux pays dépendent beaucoup de l'extérieur. La demande interne est atone car ces pays ont recherché la compétitivité en réduisant les coûts de main d'oeuvre. A contrario, les Etats-Unis ont une grande capacité à inventer des industries. les Apple, Cisco et Oracle n'existaient pas il y a peu. Les Etats-Unis ne recherchent pas la croissance par la compétitivité, mais en inventant de nouvelles activités. Et on constate que la Chine est finalement très dépendante des Etats-Unis. Enfin, je suis toujours sceptique quand on parle de stabilisation monétaire internationale. Le système souple actuel de change mobile a finalement évité les à-coup des dévaluations compétitives.