Social-libéral
Le blog de Marc d'Héré
Le blog de Marc
d’Héré
Certaines faillites d'entreprises, au-delà de la disparition d'une firme, comportent une dimension historique. En 2008, la
liquidation de Lehman Brothers fut à la fois le révélateur et l'accélérateur de la crise financière. En 2009, le dépôt de bilan de General Motors, premier constructeur mondial durant
soixante-dix-sept ans, illustre la violence de la récession, l'obsolescence du modèle de l'automobile et le déclin industriel des pays développés. La
faillite de General Motors s'explique par nombre de traits spécifiques : l'accumulation de 88 milliards de dollars de pertes depuis 2005, une dette de 173 milliards de dollars, des régimes de
santé et de retraite ruineux, un retard chronique de compétitivité, des véhicules médiocres qui ne se distinguaient que par le caractère extravagant de leur consommation. Pour autant, General
Motors n'est pas une exception : les quinze premiers constructeurs mondiaux affichent pour 2008 des pertes de 41 milliards de dollars, sur fond d'une chute de 20 % du marché mondial, revenu de 68
millions de véhicules en 2007 à moins de 55 millions en 2009. Avec pour conséquence immédiate un effondrement de l'emploi (1,3 million de postes perdus pour les seuls
Etats-Unis).
Si la bulle est d'abord financière, la récession est d'abord industrielle. Si la déflation trouve son origine dans le surendettement, sa diffusion s'effectue prioritairement par l'industrie :
production et investissement en chute de 15 % et 30 % en un an ; hémorragie des effectifs qui entraîne une baisse de 3 % à 4 % de la part de l'industrie dans la main-d'oeuvre. Les groupes
industriels du Nord se trouvent ainsi engagés dans une course de vitesse pour augmenter leur capital et diminuer leurs coûts afin d'échapper à l'étau mortel de l'effondrement de la demande et du
crédit. Dans le même temps, les nouveaux géants du Sud - Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud - consolident leur leadership (trois des cinq premiers groupes mondiaux sont désormais chinois) et
mettent à profit le trou d'air des pays développés pour prendre le contrôle d'actifs stratégiques, acquérir des technologies, sécuriser leur accès aux ressources rares. La crise économique rappelle ainsi que l'industrie, même si sa part dans la richesse nationale et dans les postes de travail diminue, demeure
déterminante pour l'emploi, pour la diffusion de l'innovation et les gains de productivité - clé de la croissance potentielle -, pour les échanges internationaux et la
compétitivité.
.
A l'exception de l'Allemagne et du Japon, qui ont restauré la compétitivité de leur appareil de production depuis la fin des années 1990 - ce qui les place en situation idéale pour bénéficier de la reprise -, la réindustrialisation s'impose comme une priorité pour le monde développé. Elle est un levier majeur pour la croissance, qui constitue le seul remède à la dette si l'on veut éviter l'inflation. Elle représente un vecteur de conversion des systèmes productifs à l'innovation et à un développement respectueux de l'environnement. Elle décidera de la résorption des déséquilibres qui minent les échanges et les paiements mondiaux.
En bref, le traitement des séquelles de la crise et le rétablissement de la compétitivité du monde développé dépendront largement de l'industrie. Les Etats-Unis ne
s'y trompent pas et se mobilisent pour la reconfigurer.
Force est de constater que les obstacles à la réindustrialisation ne manquent pas dans les sociétés riches : coût élevé du travail et du capital ; multiplication des réglementations ; fiscalité élevée ; contraintes environnementales et hostilité des populations face aux installations à risques ; déplacement de la demande vers les pays du Sud. Mais l'Allemagne et le Japon démontrent qu'il reste possible de construire une base industrielle puissante et compétitive.
D'où la nécessité d'une nouvelle politique industrielle dont les principes doivent prendre en compte l'universalisation du capitalisme. La tentation protectionniste
doit être écartée, car elle amplifierait la déflation et couperait l'industrie des marchés les plus dynamiques. Cela implique cependant d'engager des discussions sur la stabilisation du système
monétaire international, grand absent du G20, afin d'enrayer la spirale des dévaluations compétitives, et de lier l'ouverture des échanges à un accord sur l'environnement lors de la conférence de
Copenhague sur le climat, en décembre.
L'intervention des pouvoirs publics est indispensable mais doit être ciblée. Elle doit être centrée sur l'amélioration de la compétitivité à long terme, et pas sur
la subvention à fonds perdus de surcapacités et d'activités obsolètes. L'Etat doit donner la priorité à la formation, à l'innovation et à la recherche, à la mobilisation de l'épargne longue vers
l'investissement productif, à la réorientation des talents vers le secteur non financier, au redéploiement au sein de la mondialisation, à la prise en compte des exigences d'un développement
durable. La renaissance de l'industrie ne résultera pas d'un retour au dirigisme, mais de la mobilisation des forces économiques et sociales en faveur de modes de production et de consommation
neufs.
Nicolas Baverez est économiste et historien.
Contact: ies1@hotmail.fr
Militant socialiste (rocardien) depuis 1974, j’ai accompagné en 1999 Jean-Marie Bockel, lorsqu’il a créé le club politique social libéral « Gauche Moderne ». J’en ai été le secrétaire général jusqu’en 2006..
Engagé dans la défense du Traité Constitutionnel Européen, je propose à Bernard Kouchner, Elisabeth Guigou, Gérard Collomb et Daniel Cohn-Bendit de créer le « Comité de la Gauche pour le Oui » et j’en assure l’organisation et le développement.
Quittant le parti socialiste après le congrès du Mans (2005), ne pouvant accepter l’irréalismeet la démagogie des choix politiques effectués, et refusant une « synthèse » synonyme de confusion, je crée avec quelques amis socialistes et centristes, un mouvement politique réformiste, de centre gauche « Initiative Européenne et Sociale » (IES) que je préside depuis janvier 2006.
Ayant soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle, parce qu’il m’apparaissait le plus apte à réaliser les réformes et les changements profonds dont notre pays a besoin, j’ai choisi de m’inscrire dans la majorité présidentielle. Adhérent de La Gauche Moderne, le parti de Jean-Marie Bockel , je suis membre du Comité Permanent, chargé du Projet, et Coordonateur de la Région "Pays de la Loire"
J'ai publié fin 2007« de Rocard à Sarkozy. Itinéraire d’un social libéral » éditions Christophe Chomant. Les personnes intéressées par ce livre peuvent s’adresser à l’éditeur : christophe.chomant@wanadoo.fr ou m’adresser un mail à ies1@hotmail.fr
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