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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 15:36

Claude Imbert, Le Point du 11 06 09
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La Nation, l'Europe, l'Alliance atlantique, la planète, où donc donner de la tête ?
Dans l'emboîtement de nos appartenances, l'Europe aura fait dimanche pâle figure. La Nation, en coucou d'un scrutin européen, aura réglé des comptes politiques très hexagonaux. Obama, sur nos plages normandes, a rappelé aux oublieux que notre sécurité reste atlantique. Et le déferlement du film « Home » aura conforté l'angoisse planétaire. Au bal des symboles, l'Europe ne fut que pauvre Cendrillon. Et son rendez-vous électoral écrasé dans l'abstention par la crise et les excitations nationales.


A ce jeu-là, en France comme ailleurs, la droite prospère.
Chez nous, l'antisarkozysme forcené fait un flop. Le socialisme français, exténué par ses bisbilles boutiquières et une incurable ambiguïté, pique du nez. Quant à Bayrou, l'ambition, servante maîtresse de tout homme public, l'aura plus égaré dans les arrière-cuisines qu'à l'étage noble de la politique : outrés, les électeurs l'ont déplumé. Sur les ruines d'un socialisme malade et d'un centre décentré, seule l'écologie printanière reverdit. Et, avec elle, les Verts.


La grande leçon européenne d'un scrutin maussade, c'est que le socialisme n'aura nullement profité du retour en fanfare des Etats, et de leur providence, dans le chambardement de la grande crise. Comme si les pouvoirs libéraux-à Berlin, Rome ou Paris-avaient d'eux-mêmes, sous l'empire de la nécessité, occupé l'aire jadis dévolue à la social-démocratie. Dans cet exercice, Sarkozy se sera illustré sans états d'âme. La crise, comme prévu, sied à son énergie, à sa mobilité. Et son brio, aux heures les plus chaudes de l'anticrise, lui concoctait un succès qu'il savoure aujourd'hui.

En Europe, le socialisme modéré n'est plus l'apanage des seules classes populaires : il devient l'expédient, voire l'atout conjoncturel d'un libéralisme ductile et pragmatique. La petite gauche anticapitaliste et la droite souverainiste n'offrent l'illusion d'un contre-pouvoir que dans l'addition impossible de leurs extrêmes.

Enfin, s'il reste que le PS et le MoDem essorés doivent reprendre leurs esprits pour reprendre des électeurs, un thermomètre électoral établi par quatre inscrits sur dix ne doit pas inciter à des spéculations excessives. Tant peut en emporter le vent d'un monde qui souffle fort...


L'abstention et l'atonie civiques restent le mal européen par excellence.
Celui du scepticisme, du fatalisme, de cette sorte de dégénérescence démocratique qui ruine la participation active et personnelle du citoyen au sort de la cité. Désaffection délibérée pour l'Europe ? Non ! Plutôt indifférence relative pour un destin communautaire, depuis ses origines, confié aux élites. Avec, peut-être, ici et là, un goût pervers et vaguement inconscient des peuples : pouvoir faire de l'Europe qu'ils délaissent le bouc émissaire de leurs propres démissions...


L'Europe communautaire s'accepte plus qu'elle ne se « pense ». Elle se vit au jour le jour dans l'euro, dans la dépendance croisée de ses économies, la liberté de circuler, d'échanger dont les jeunes usent déjà avec naturel. D'où vient alors cette désertion ? De ce qu'il manque une crédible espérance politique.

Quelle Europe pourrait donc faire rêver sinon celle fédérale, confédérale, que sais-je ? enfin dotée de frontières définies, d'une diplomatie, d'une défense autonomes ? Cette Europe-là est aujourd'hui impensable et impensée. Question centrale : faut-il alors en faire déjà son deuil ? Se résigner à fortifier au mieux son actuel espace économique ? Ce serait, je crois, jeter le manche après la cognée. L'Europe, en effet, avance sans moteur politique digne de son châssis, mais elle doit rouler pour ne pas se disloquer. Un idéal type, fût-il inatteignable, fait tant bien que mal tourner le moteur. En cinquante ans, elle a fait des pas de géant que les nains sous-estiment. Le saut de l'économique au politique, voilà sa principale épreuve ! Elle peut en sortir renaissante ou brisée.


Nos nations, vieilles dames indignes, s'accrochent à leur passé national sans voir que l'Europe est déjà rentrée chez elles par portes et fenêtres. Elles comptent toujours sur la protection du costaud outre-Atlantique qui, de fil en aiguille, se souciera de moins en moins de ses grands-mères européennes. Ce qui manque à nos aïeules, c'est le goût américain du neuf, la capacité de sursaut, le désir et la volonté politiques. Nos mamies fatiguées se satisfont d'une Europe confite dans le casanier, la bouillotte, les bons sentiments, la repentance et l'amour du genre humain. Une guimauve qui mène droit à l'hospice.


Notre seul espoir, c'est que les générations nouvelles retrouvent l'ardeur des fondateurs. Ce n'est ni sûr ni, je le crains, probable. Mais enfin, laissons du temps au temps... Alors, qui sait ?

Claude Imbert
Le Point, 11 06

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Published by Claude Imbert, Le Point - dans Europe
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