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PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 15:15

Alain de Vulpian
, me communique un rapport qu'il a fait pour nourrir la réflexion de certains réseaux dont le Club des Vigilants. Je publierai en plusieurs fois, sur ce blog, ce rapport tout à fait remarquable
...


Trois crises se superposent.

 

Ce rapport ébauche une analyse systémique et bio-socioculturelle de la crise globale dans laquelle est plongée la planète. Il voudrait contribuer à éclairer la réflexion de SOL France, du Club des Vigilants et de divers réseaux amis sur les opportunités d’influencer le cours des choses.

 

Aujourd’hui encore, l’erreur de la plupart des économistes et de l’establishment est de penser l’économie comme un univers clos, indépendant de la société vivante et de ses transformations. Pour tenter de mieux comprendre ce qui nous arrive et accroître nos chances de découvrir les voies de la santé, nous suggérons de regarder la réalité autrement. Arrêtons de centrer notre attention sur un homo-economicus étroitement rationnel et sur une économie considérée comme une mécanique rationnelle et un domaine en soi, imperméable à ce qui l’environne. Elargissons la perspective, intégrons non seulement les gens concrets (avec leur psychologie réelle) mais aussi la société vivante, influençant les gens, la politique  et l’économie et influencée par eux. La société, qu’un lent processus de civilisation transforme en profondeur. Soyons prêts à accueillir l’idée que les gens, le tissu social, les progrès techniques, les entreprises, les banques et les pouvoirs publics font système et que ces systèmes complexes se bloquent, s’emballent, sont animés par des tendances lourdes qui sont éventuellement sujettes à des bifurcations. Ne négligeons pas de regarder en arrière pour tenter de saisir les enchaînements essentiels qui nous ont conduits où nous sommes.

 

La planète est entraînée dans une crise financière et économique extrêmement grave dont nous ne sortirons qu’en facilitant l’émergence d’un autre capitalisme faisant alliance avec la vie. L’éclatement de la bulle financière aux Etats Unis a très rapidement contaminé l’économie mondiale. Les banques se sont trouvées en difficulté. Dés la faillite de Lehman Brothers, des salariés (qu’ils soient chinois, européens ou américains) ont prudemment freiné leurs achats. Les entreprises ont vu leur chiffre d’affaire baisser et les ouvertures de crédits se raréfier. Les licenciements ont commencé. Nous ignorons jusqu’où vont plonger nos économies et combien de temps va se prolonger la dépression. La précédente « Grande crise », celle de 1929, elle aussi d’origine américaine. Elle a duré plus de dix ans et a débouché sur  la seconde guerre mondiale et ses dizaines de millions de morts. Notre crise pourrait nous préparer des scénarios tout aussi catastrophiques.

 

En fait, trois crises se superposent et risquent de s’exacerber mutuellement. La crise financière et économique se déroule sur la toile de fond d’une crise de société et d’une crise de la planète Terre.

 

Crise de société. Le laisser-faire (qui inspire l’action de nos gouvernants depuis la fin des années 70) a engendré deux évolutions qui, s’appuyant sur les progrès explosifs des techniques et systèmes de communication interpersonnelle, ont fini, au cours des années 1990 et 2000,  par devenir radicalement contradictoires. Celle de la société des gens et celle de la finance.


La société des gens, sous l’influence des actions et des interactions de personnes de plus en plus sécurisées et autonomes, s’est librement auto-organisée sous la forme d’enchevêtrements de réseaux  et de socio-systèmes qui s’autorégulent  Ils  forment (aux pathologies près) un tissu social hédoniste qui parvient à fournir à la plupart des personnes les gratifications qu’elles attendent : petits bonheurs, affections, épanouissement, paix, sens…


Face à elle, le modèle particulier de capitalisme qui s’est auto-organisé et a influencé les pratiques politiques et économiques de la plupart des nations au cours des trois dernières décennies est hyper-financier et centré sur la maximisation du profit à très court terme.  Il installe une primauté de la rentabilité immédiate sur l’anticipation et de la finance sur l’industriel, le métier et le marché. Depuis les années 1990, la finance, au lieu de rester au service de l’économie réelle s’est, comme un parasite, développée à ses dépens et a perturbé la société. Sous son influence, des entreprises, de plus en plus nombreuses, se sont centrées sur le court terme, la maximisation de profits exagérés, le serrage systématique des boulons, l’exploitation jusqu’à la corde des personnels, des consommateurs et de la planète. Les profiteurs de la finance sont devenus de plus en plus riches alors que les classes moyennes et populaires s’appauvrissaient. Les acteurs de ce système, plus ou moins obnubilés par la course au profit, se sont coupés de la société en profonde mutation et, désadaptés, ont suscité des turbulences et un rejet croissant qui devient violent.

Alors que la tension entre les deux univers s’exacerbait, la finance, perdant le contrôle de son développement, a explosé et entraîné dans sa chute l’ensemble de l’économie mondiale.

 

Crise de la planète Terre. La planète, la vie sur la Terre, la vie de l’espèce humaine, en bref, la biosphère est mise en danger par le succès du modèle de développement industriel inventé par l’Occident et progressivement adopté par la plupart des populations de la Terre. Son succès même le condamne.

Le défi scientifique, industriel et politique d’inventer et d’implanter un autre modèle de développement et d’autres modes de vie qui soient durables est gigantesque. Des crises liées à la combinaison de l’expansion démographique, de l’épuisement des ressources, du dérèglement climatique,  de la pollution, de la destruction d’écosystèmes ne manqueront pas de se produire. Elles déclencheront des conflits que la dangerosité des armements dont nous disposons peuvent transformer en catastrophes fatales. Le pilotage de l’évolution vers de nouveaux modèles de développement, la prévention et la gestion de ces crises exigent que l’humanité progresse rapidement  en direction d’une gouvernance planétaire avisée.

 

 

La crise financière et économique de 2009 est une occasion de travaux pratiques de gouvernance planétaire.

 

 

   

 

Sommaire.

 

Introduction. Trois crises se superposent.

 

1/ Les capitalismes du XX° siècle.   

Le capitalisme des premières décennies du siècle se termine en crise.

La société hiérarchique de consommation de masse et l’Etat providence apportent un équilibre.

Les transformations des personnes annoncent un basculement vers un avenir différent.

 

2/ Laisser faire les gens et la société.

Ce qui fait courir les gens.

Une société hédoniste s’auto-organise.

Une société fraternelle s’autorégule … mais insuffisamment.

 

3/ laisser faire l’économie.

Une nouvelle socio-économie émerge.

Un capitalisme hyperfinancier et court-termiste s’installe.

Le capitalisme financier et court-termiste a contaminé de nombreuses entreprises anciennes.

 

4/ Divorce entre la société des gens et le capitalisme tel que nous le pratiquons.

Malaise de l’entreprise et dans l’entreprise.

Rejet des grandes entreprises, des dirigeants de l’économie et des profiteurs de la finance.

 

5/ La crise de la planète.

La planète en voie d’unification.

La planète et l’espèce en danger.

Vers une gouvernance planétaire ?

 

6/ De la crise à la transformation.

L’émergence d’un nouveau système de pilotage de la socio-économie planétaire.

Les entreprises peuvent conduire la transformation.

L’intervention de la société civile.

 


 

 

 

1/ Les capitalismes du XX° siècle.   

 

Jetons d’abord un regard en arrière. Depuis le début du XX° siècle, des enchaînements d’enchaînements ont transformé nos sociétés et nos économies.

 

Le capitalisme des premières décennies du siècle se termine en crise.

 

Très schématiquement, les entreprises capitalistes occidentales organisaient leur rapide développement en s’appuyant sur les progrès techniques et managériaux, sur l’expansion et l’exploitation de la classe ouvrière, sur l’exploitation de la biosphère et des colonies.

Le processus de civilisation coupait les Européens et les Américains de leurs racines rurales et paroissiales et, s’appuyant sur l’alphabétisation, en faisait des individus rationalisés. Il nourrissait les deux grandes idéologies du siècle précédent : nationalisme et socialisme. L’idée se répandait que l’intelligence devait gouverner le monde et que les gens qui savaient devaient prendre les commandes. La publicité et la propagande, les idéologies et les moyens de communication de masse s’inventaient en apprenant à manipuler ces individus facilement influençables et contribuaient à les agglomérer en masses.

Cette société devenait fondamentalement allergique à elle-même. Les classes dominantes nourrissaient des rêveries de bonheur alors que le capitalisme étendait et exploitait une classe ouvrière maintenue dans une douloureuse situation d’insécurité qui, dans ces conditions, ne pouvait que devenir révolutionnaire.

 

Ce déséquilibre fondamental fait basculer le monde industrialisé vers trois scénarios alternatifs.

 

Deux s’avéreront  sans issue :

 

-          le communisme soviétique, à la recherche de la société sans classes,

-          le fascisme et le national-socialisme, qui retrouvent la cohésion dans la nation.

 

Le troisième scénario met du temps à émerger dans la douleur mais s’avèrera bien équilibré et viable, sinon longuement durable. La Grande Crise entame un processus dont va émerger, aux Etats-Unis avec le New Deal de F.D.Roosevelt et en Suède avec la social-démocratie, un nouveau capitalisme de la consommation de masse, du marché, de l’Etat Providence et de la démocratie parlementaire.

Au prix d’effroyables convulsions et de dizaines de millions de morts, l’Histoire a évité que survivent les scénarios les plus catastrophiques en préférant l’Etat Providence et le marché à l’Etat totalitaire. Rien n’indique que cette fin provisoirement heureuse était écrite.

 

La société hiérarchique de consommation de masse et l’Etat providence apportent un équilibre.

 

Dés les lendemains de la guerre, une relation synergique s’installe entre les individus, les entreprises et les Etats.

 

Les individus rêvent du grand bonheur, grand amour, grand succès, grande émancipation, grand soir. Ils cherchent à réduire les douleurs, les interdits et les dépendances. Enfants du bourgeois  gentilhomme, ils veulent échapper à leur condition et font la course pour atteindre un barreau un peu plus élevé de l’échelle sociale de l’aisance et de la modernité. Ceux qui vivent dans l’incertitude du lendemain ont un formidable besoin de sécurité. Tous ont des personnalités ainsi constituées qu’ils sont assez aisément manipulables par la propagande, le marketing et la publicité.

 

Les libres entreprises productivistes, en concurrence sur le marché, s’organisent « scientifiquement », hiérarchiquement, bureaucratiquement. Elles maîtrisent la production, le marketing et la communication de masse. Elles grandissent et alimentent une constante amélioration de la productivité et du niveau de vie. Elles offrent aux consommateurs des produits désirables et clairement hiérarchisés qui deviennent aisément les objets de la course à la consommation.

 

Les Etats, détenteurs de l’intérêt général national, assurent la sécurité : plein emploi et assistance en cas de besoin. Ils organisent aussi une pratique assez vivante de la démocratie.

 

L’impression de sécurité et les joies de la course à la consommation réintègrent progressivement le prolétariat dans la nation. Les idéologies guerrières (socialisme, nationalisme) s’étiolent.

 

Ces éléments se sont rencontrés et ajustés les uns aux autres.  Leur réunion a débouché sur ce que nous avons appelé en France les Trente Glorieuses, c’est-à-dire sur un spectaculaire progrès économique allié à une toute aussi spectaculaire homogénéisation sociale pacificatrice. Tout au long de cette période, les entreprises productivistes se développent en trouvant une réelle synergie avec la population des travailleurs consommateurs citoyens. L’économie, en synergie avec la société, alimentait un certain progrès de l’Homme.

 

Puis, vers le milieu des années 1970, le système s’est délité.

 

Les transformations des personnes annoncent un basculement vers un avenir différent.

 

Années 1970 : des craquements se font entendre. Des pays en voie de développement provoquent une augmentation spectaculaire du prix du pétrole et commencent à faire sentir à l’Occident qu’il n’est pas tout puissant. Des sages se préoccupent de la détérioration de l’écosystème terrestre et tirent la sonnette d’alarme. Mais le craquement le plus décisif est sans doute celui qui provient d’une profonde et intime transformation de la personne[1].

 

 

Au début des années 70, tous les observateurs du changement socioculturel en  Europe et en Amérique du Nord notent que les gens se transforment profondément et massivement : ils deviennent plus personnels, plus autonomes. Ces observations sont alors d’autant plus crédibles que les manifestations paroxystiques de la jeunesse contestataire de 1968 ont frappé les esprits.

 

Gardons-les en mémoire car elles continuent, dans une assez large mesure, à caractériser certaines des directions d’évolution des gens au cours des années 2000.

 

La transformation avait commencé beaucoup plus tôt mais à bas bruit. De façon visible, dès les années 50, des Suédois, des Français, des Américains, encore peu nombreux mais qui allaient se multiplier, entraient dans un apprentissage d’eux-mêmes qui allait progressivement transformer des individus en personnes à part entière, relativement autonomes et rétives. Ils prenaient un contact intense avec leurs sensations et leurs émotions qui, jusque là, avaient été réprimées et sentaient mieux les liaisons entre les unes et les autres. Les observateurs parlaient d’un courant « polysensualisme ». Cette ouverture aux sensations et aux émotions s’accompagnait d’une résurgence de l’empathie : les gens ordinaires voyaient se réveiller leur capacité de ressentir et de se représenter les émotions et les intentions des autres. Ils entraient dans un apprentissage de soi, des autres, de leurs interactions et de la vie qui allait continuer à s’approfondir pendant des décennies. Mieux connectés à leur propre fonctionnement mental, plus ouverts à l’interprétation du fonctionnement mental des autres, ils devenaient plus aptes à s’ajuster à eux, plus rétifs aux conditionnements et résistants aux manipulations. Ils se libéraient progressivement du tropisme hiérarchique et commençaient l’apprentissage, chacun à sa façon, de la conduite avisée de sa vie personnelle dans une société devenant hypercomplexe.

 

Un peu plus tard, dés les années 70, la capacité de raisonner se creusait. Ce n’était plus seulement une raison abstraite et limitée se concentrant sur la pensée, les idées claires, la logique mais une raison imbibée de sensations, d’émotions, d’intuitions, de pulsions. Les sensations, les émotions, les intuitions entraient en dialogue avec la raison qui, ainsi, s’élargissait et se perfectionnait. Les personnes apprenaient d’autant mieux à se conduire d’une façon relativement avisée, à gagner en autonomie, à se libérer des contraintes sociales et des autorités.

 

Au cours des années 70, les Américains et les Européens, à la pointe du changement, quittent la société sur la pointe des pieds, rejettent ses modes, cherchent à vivre à leur façon, suivent l’exemple de leurs enfants étudiants de mai 68. On pressent qu’un nouveau tissu social pourrait être en train de s’ébaucher.

 

Ces transformations des personnes devenant conscientes alimentaient , dans la vie quotidienne et dans le dialogue social et politique, des demandes d’autonomie (« laisser-nous faire ! », « c’est à moi de décider », « si je  veux ») et poussaient en avant les valeurs de liberté et de laisser-faire. Les nouveaux vents dominants allaient à l’encontre de l’extension des pratiques de l’Etat tutélaire et dirigiste et poussaient à l’allègement des contraintes et des conventions.

En 1974, la Cofremca annonçait (aux souscripteurs de son Observatoire des changements socioculturels) que l’Etat Providence avait sans doute touché les limites de son expansion en Europe et que le cours des choses allait vraisemblablement s’orienter vers plus de libertés et de déréglementations.

 

A la charnière des années 70 et 80, Margaret Thatcher et Ronald Reagan, champions du laisser-faire, s’installaient aux commandes au Royaume Uni et aux Etats-Unis.

 

Sans attendre, dès le début des années 70, les dirigeants de quelques entreprises pionnières avaient eu l’intuition d’un changement radical de leur environnement et avaient cherché à inventer les réponses à un futur différent en train d’émerger.

Par exemple,  Per Gyllenhammar (Président de Volvo), tirant parti de la capacité d’autonomie et d’auto-organisation des ouvriers suédois, a remplacé le travail à la chaîne par des ateliers autonomes.

André Besnard (Président de RD Shell) a développé, avec Pierre Wack, le « strategic planning » par scénarios. Les scénarios de Pierre Wack étaient profondément originaux. Ils ne résultaient pas d’une analyse rationnelle des catégories d’avenir possibles mais d’une compréhension de la logique du vivant ; c’est-à-dire des différents enchaînements d’enchaînements qui pourraient résulter des dynamiques actuellement à l’œuvre. Ces scénarios ont permis à Shell de mieux répondre que ses concurrents à la crise pétrolière et l’ont aidée à pressentir qu’elle allait devoir se comporter comme un organisme vivant dans un nouveau tissu social organique qui semblait pouvoir émerger.

François Dalle (Président de L’Oréal) a attiré l’attention de ses collègues sur le développement spontané de « hiérarchies parallèles » au sein de l’entreprise (on dirait aujourd’hui des réseaux) et sur les opportunités d’en tirer partie. Il a aussi, comme Bernard Hanon (alors Directeur de l’automobile chez Renault), axé l’innovation-produit sur la recherche systématique des germes du futur.

Bon nombre d’autres entreprises leur ont emboîté le pas au cours des années 80. Elles se voulaient des entreprises durables au sein d’une société en mouvement.

...........

......Suite à venir....

Alain de Vulpian


[1] Un grand nombre de recherches de terrain portant sur l’ethnologie de la modernité et l’observation du changement socio-culturel se sont accumulées depuis les années 30. Voir notamment les livres de Norbert Elias, David Riesmann, Abraham Maslow, Robert Bellah, Daniel Yankelowich, Michael Adams, Alain de Vulpian, Gérard Demuth et les observations accumulées par tous les systèmes d’observation et d’analyse du changement socioculturel destinés à aider des entreprises et des gouvernants à tirer parti des changements qui s’amorcent. Ces recherches ont en commun d’embrasser dans un ensemble personnalités et société : personnalités et société se co-produisent mutuellement.

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Published by Alain de Vulpian - dans Réflexion politique
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