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6 avril 2009 1 06 /04 /avril /2009 16:21

Par Nicolas Baverez, Le Figaro du 03 avril
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L'essayiste tire les premières leçons de la réunion de Londres. Pour lui, le G20 a consacré le retour du FMI, l'émergence de la croissance verte et la fin de l'occidentalisation du monde, avec la place prise par la Chine et la Russie.

Le G20 a réussi à exorciser le spectre de la conférence de Londres de 1933, dont l'échec provoqua l'emballement de la grande déflation. Au point culminant de la récession, l'incapacité des 66 nations les plus développées à s'accorder sur des principes communs en matière de monnaie et de commerce provoqua l'effondrement des paiements et des échanges mondiaux au cours des années 1930 en lançant une course aux dévaluations compétitives et au protectionnisme. Parallèlement, sur le plan politique, les grandes démocraties affichèrent leurs divisions et leurs désaccords - symbolisés par la rupture brutale des discussions décidée par Franklin Roosevelt, qui dénonça les « vieux fétiches des prétendus banquiers internationaux » -, face à des régimes totalitaires en pleine ascension - de l'URSS stalinienne à l'Allemagne nazie en passant par l'Italie fasciste. Ainsi la ruine d'une stratégie concertée de lutte contre la crise, outre l'enfermement dans la déflation avec son cortège de chômage et de misère de masse, eut-elle des conséquences géopolitiques majeures en aggravant la crise et la mésentente des nations libres d'une part, en renforçant les empires idéocratiques d'autre part.

 

• Coopération effective des politiques économiques.

 

Le sommet du 2 avril 2009 s'est également ouvert à un moment critique d'une grande crise du capitalisme devenu universel. Après l'immobilier en 2006, le crédit en 2007, la finance en 2008, la déflation frappe de plein fouet l'économie en 2009, avec une croissance mondiale en recul de 2 %, un commerce international en chute de 9 %, 50 à 55 millions de chômeurs supplémentaires. Dans le même temps apparaissent les premiers signes de stabilisation, qu'il s'agisse des marchés boursiers, de l'immobilier aux États-Unis, des ventes d'automobiles, de la confiance des ménages. L'enjeu économique de la réunion des dirigeants des pays représentant 90 % du PIB de la planète était donc déterminant, qui consistait à démontrer, au-delà des intérêts divergents, l'existence d'une coopération effective des politiques économiques dans les mesures d'urgence comme dans les nécessaires réformes du capitalisme. Et cet objectif a été pleinement atteint. Au-delà, le G20 a acté une nouvelle hiérarchie des nations et dessiné les lignes d'un monde multipolaire, dont les États-Unis et l'Occident ont perdu le monopole.


Plutôt que de débattre des mérites comparés de l'autorégulation des marchés ou de leur encadrement par l'État ou de la moralisation du capitalisme, la priorité du sommet de Londres allait à prévenir sa désintégration et à fixer un cadre permettant sa remise en route. Quatre thèmes clés se détachaient : les deux premiers, qui avaient cristallisé les tensions entre pays anglo-saxons et l'Europe continentale, portaient sur la relance et la régulation du capitalisme ; les deux derniers, souvent sous-estimés, concernaient le commerce international, placé sous la double menace de l'extinction du crédit et de la montée du protectionnisme, et la situation des pays les plus pauvres, confrontés à la baisse simultanée du prix des matières premières, des transferts en provenance des diasporas, des investissements directs et de l'aide au développement. Force est de constater que le G20 a rempli son contrat en apportant des réponses concrètes à l'ensemble des problèmes, mais aussi en innovant dans la méthode.


La première réunion du G20, à Washington, avait été légitimement dominée par le signal politique et par des déclarations de principe. La conférence de Londres se devait d'être placée sous le signe des actes et des décisions. Tel est bien le cas. En matière de relance, l'estimation de 5 000 milliards de dollars des plans cumulés - soit 10 % du PIB mondial - agglomère des engagements très hétérogènes, la mobilisation de ressources supplémentaires n'étant envisagée que dans le cas d'une aggravation de la crise. Deux orientations neuves apparaissent cependant. D'abord, la levée de 750 milliards de dollars mis à la disposition du FMI pour stabiliser les pays émergents. Ensuite, l'accent placé sur la croissance verte et le lien explicite créé entre régulation du capitalisme et protection de l'environnement, dans la perspective de la conférence de Copenhague qui tentera de donner une suite au protocole de Kyoto à l'automne prochain.

En matière de régulation, le principe fondamental selon lequel aucun pays, aucun marché, aucune institution ou opérateur financier, aucun produit ne devait échapper à une supervision et des normes communes a été adopté. Il est décliné de manière systématique à travers l'instauration d'un système de supervision des banques et des produits financiers sous l'autorité d'un « Conseil de stabilité financière », la surveillance des rémunérations des opérateurs, l'encadrement des fonds d'investissement, l'enregistrement des agences de notation, la révision des normes comptables et prudentielles, la sanction des paradis fiscaux - illustrée par la spectaculaire affirmation selon laquelle « l'ère du secret bancaire est révolue ». La condamnation du protectionnisme est réitérée et mandat est clairement donné à l'OMC d'en assurer l'application effective, en même temps qu'est décidé un programme de financement du commerce et des investissements internationaux portant sur 250 milliards de dollars. Enfin, les pays les plus pauvres bénéficieront d'aides spécifiques financées par la vente d'une partie des stocks d'or du FMI.

 

• Renforcement du FMI

 

Le G20 a donc réussi à transcender les intérêts et les priorités divergents de ses membres pour définir un cadre mondial pour la lutte contre la déflation et la régulation future du capitalisme. Parallèlement, il a fixé une méthode qui rompt tant avec le néoconservatisme de l'ère Bush qu'avec la renationalisation à outrance des politiques économiques qui a prévalu depuis le déclenchement de la crise. Le FMI, moribond il y a deux ans, sort puissamment renforcé tant dans ses moyens d'intervention que dans ses missions, élargies à la supervision financière, qu'il partagera avec le Conseil de stabilité. Une articulation s'ébauche entre le G20, qui tranche les choix politiques, les organisations multilatérales en charge de leur déclinaison et de leur contrôle, les instances de régulation nationales ou continentales responsables de leur mise en œuvre quotidienne. En bref, un embryon de mondialisation politique prend forme autour des instances de régulation financière pour stabiliser et faire contrepoids à la mondialisation des marchés. Parallèlement, une coopération est ébauchée entre le FMI et l'OMC et un lien noué entre la supervision financière, les règles applicables au commerce international, la protection de l'environnement, soit les grandes thématiques qui, avec le régime des monnaies, structureront les négociations économiques du XXIe siècle.

 

• Fin de l'unilatéralisme américain

 

Sur le plan économique, le G20 n'a pas mis fin à la crise mais marque un tournant dans son déroulement, en fixant le cadre d'une stratégie coordonnée de lutte contre la déflation. La dynamique de la mondialisation, fortement menacée, devrait se poursuivre, au prix d'un rééquilibrage en faveur de la stabilité au détriment de la croissance, en faveur de la régulation au détriment du risque. Son modèle économique va cependant être durablement transformé par l'arrêt de l'addiction des États-Unis au crédit et à la consommation, du fait de l'indispensable désendettement des ménages et des séquelles de la crise (chômage, baisse des actifs immobiliers et financiers…), avec pour contrepartie la nécessité pour les pays émergents, notamment asiatiques, de jeter les bases d'un développement plus autonome et moins dépendant des exportations vers les pays développés. Sur le plan politique, il acte la fin de l'unilatéralisme américain et constitue un premier succès spectaculaire pour la diplomatie ouverte de Barack Obama, qui a resserré les liens transatlantiques tout en engageant un dialogue stratégique avec la Chine et la Russie. La principale nouveauté réside cependant dans le rôle central joué par la Chine, qui, aux antipodes du silence observé à Washington, n'hésite plus à se positionner ouvertement en superpuissance.

 

• Dimension historique du G20

 

La conférence de Londres comporte dès lors une dimension historique et restera le symbole de la fin de l'occidentalisation du monde et de l'émergence d'un système multipolaire. Les États-Unis voient s'achever la suprématie absolue dont ils ont bénéficié depuis le début du XXe siècle et entrent dans une phase de puissance relative. De même que la démesure de l'ambition impériale a ruiné la Pax Americana, les excès d'America Inc. ont dissous le leadership exercé sur le capitalisme. Avec pour conséquence la remise en cause progressive du monopole du dollar comme monnaie de réserve et de règlement mondiale. L'Europe reste l'otage de ses divisions et de son impuissance, incapable de s'accorder sur les principes qu'elle préconise pour le monde, comme le soulignent la non-coordination des plans de relance, le divorce entre la politique budgétaire et la politique monétaire - illustré par le nouveau retard de la BCE dans la baisse de ses taux directeurs - ou la balkanisation persistante de ses instances de régulation. Le paradoxe est éclatant qui voit l'intégration économique et politique de l'Europe régresser quand la mondialisation de la politique accélère. À l'inverse, le monde émergent entend prolonger son rattrapage économique par un rattrapage politique.

Pour n'avoir pas refondé le système monétaire, le G20 a finalement renoué, sinon avec l'agenda, du moins avec l'esprit de Bretton Woods, en rénovant le multilatéralisme, en prenant acte de la nouvelle donne du XXIe siècle placée sous le signe de la montée en puissance des pays émergents, en ouvrant enfin, après le temps de la mondialisation dérégulée des années 1990 puis de la mondialisation chaotique des années 2001 à 2008, l'ère de la mondialisation politique.

Nicolas Baverez
Le Figaro, 3 avril 2009

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Published by Nicolas Baverez - dans MONDIALISATION
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