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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 15:05


Nicolas Baverez

Le Point 26 02

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Pendant la crise, les manifestations continuent. Que les temps soient à la prospérité ou à la récession, l'Université reste un haut lieu des passions politiques françaises, qui démontre combien le savoir et la sagesse relèvent de logiques distinctes. Au point de départ du malaise, on trouve le principe de l'autonomie des universités, pourtant approuvé par les trois principaux candidats à l'élection présidentielle de 2007, acté par la loi du 10 août 2007, mis en oeuvre dans vingt établissements depuis le 1er janvier 2009, sur fond d'un effort financier sans précédent de l'Etat, qui mobilise 20 milliards d'euros en faveur de l'enseignement supérieur et la recherche d'ici à 2012.
Au point d'arrivée, on découvre un système universitaire en pleine crise de nerfs. A court terme, la contestation universitaire participe de la crise sociale qui redouble les effets de la crise économique. A long terme, elle compromet les chances de la reprise, qui exige une amélioration de la productivité, elle-même indissociable du basculement vers l'économie de la connaissance et de l'obtention par la moitié d'une classe d'âge d'un diplôme supérieur (contre 38 % actuellement), conformément aux objectifs de l'Union européenne.
 

La responsabilité du psychodrame est partagée. Les enseignants-chercheurs donnent raison à Montesquieu, qui notait qu' « un homme qui enseigne peut devenir aisément opiniâtre parce qu'il fait le métier d'un homme qui n'a jamais tort ». En se prononçant pour la suppression de l'autonomie, leur coordination renoue avec un corporatisme aussi prompt à revendiquer la cogestion des établissements et les milliards d'euros qu'à récuser toute forme de responsabilité en matière de gouvernance ou d'évaluation des performances, au mépris de la déclaration des droits de l'homme, qui précise dans son article 15 que tout agent public-fût-il enseignant ou chercheur-doit rendre compte.
Force est cependant de constater que ce conservatisme a été légitimé par la précipitation ayant présidé à la suppression de 900 postes ou à l'élaboration du projet de statut-qui présentait l'enseignement comme une sanction à l'insuffisance de la recherche-, mais aussi par les propos du président de la République. Dans un pays où les mots peuvent être plus meurtriers que les actes, la leçon sur l'Université et la recherche pour les nuls infligée le 22 janvier à la fine fleur de la communauté scientifique française a eu des effets dévastateurs. Largement diffusée sur Internet, elle attise la mobilisation et creuse un fossé de défiance entre le gouvernement et les enseignants chercheurs. La maxime de Montaigne selon laquelle « ne pouvant régler les événements, je me règle moi-même » gagnerait à être méditée dans l'Etat, tant la déraison du moment impose plus que jamais le sang-froid des dirigeants.


La dimension passionnelle du conflit
rend peu probable le succès de la stratégie d'attente du gouvernement et renforce le risque d'un retrait de la réforme. Cela marquerait le début de la fin de l'autonomie des universités, avec des conséquences tragiques. Car, si les promesses de l'autonomie restent à démontrer, la faillite du système actuel est avérée.
La France conserve naturellement des pôles universitaires d'excellence. Mais le pilotage étatique et centralisé, la balkanisation des quelque 82 universités, le sous-financement (1,1 % du PIB) associé au doublement des effectifs depuis les années 60, avec 2,22 millions d'étudiants, ont provoqué l'effondrement du niveau et de la valeur des diplômes ainsi qu'un désastre humain : d'un côté, 44 % des étudiants abandonnent leur cursus sans aucun diplôme ; de l'autre, la dissociation croissante avec la recherche (alors que l'Université assure 70 % de la recherche publique aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Scandinavie) encourage la fuite des cerveaux (5 000 par an vers les seuls Etats-Unis).
D'où la prise de conscience tardive mais salutaire du déclassement de la France, qui fut déclenchée par les comparaisons internationales de l'université de Shanghai ne retenant que 4 établissements français parmi les 100 premiers mondiaux.


Dans le domaine universitaire plus que dans tout autre,
le statu quo est injustifiable. Le dialogue s'impose autour des principaux points d'achoppement du projet de statut qui n'ont rien d'insurmontable : le pouvoir de nomination dévolu aux présidents peut être encadré par l'établissement d'une liste nationale de candidatures et par l'avis d'une instance collégiale ; l'évaluation doit être confiée à des sages et répondre à des critères scientifiques et non pas administratifs ; la modulation des services ne peut ravaler l'enseignement à une variable d'ajustement de la recherche ; enfin, la réintégration de la formation des maîtres au sein de l'Université ne justifie pas la réduction des activités de recherche ou la suppression des stages pédagogiques.
L'Université est emblématique de la France : son blocage marquerait le retour en force de l'immobilisme sous couvert de gestion de la crise, avec à la clé le déclassement accéléré de la nation ; la mise en oeuvre négociée de l'autonomie démontrerait à l'inverse la capacité à articuler les mesures d'urgence contre la déflation et le redressement du pays, qui passe par la réhabilitation de la connaissance et de la science autant que par celle du travail.
 

Nicolas Baverez

Le Point, 26 02

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Published by Nicolas Baverez - dans Education - recherche
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Alceste 09/03/2009 16:02

Voici une autre approche sur les Universités.

Alain Renaut
Quel avenir pour nos universités ? Essai de politique universitaire
Timée-Éditions, octobre 2008, 242 p.

Compte rendu par Ludivine Thiaw-Po-Une
Publié par l’Observatoire Européen des Politiques Universitaires


Quel avenir pour nos universités ? est le sixième ouvrage qu'Alain Renaut consacre, en totalité ou en partie, à la question des universités (Philosophies de l'Université, 1979, Les Révolutions de l'Université, 1995, Que faire des universités ?, 2002, à quoi il faut ajouter la deuxième partie de Qu'est-ce qu'une politique juste ?, 2004, et la troisième partie d'Égalité et discriminations, 2006). Insistance rare de la part d'un auteur qui développe par ailleurs une œuvre de philosophie politique largement irréductible à ce champ d'interrogation. Comment comprendre une endurance aussi acharnée à développer sous toutes ses facettes un tel ensemble d'interrogations ?
Pour la première fois, l'explication en devient ici transparente. Elle apparaît en fait résider, au moins pour une part, dans l'énigme que continue de constituer, pour Alain Renaut, l'existence d'une sphère de la réalité qui présente, en tout cas en France, autant de symptômes d'irrationalité.
Comment comprendre en effet que perdure, sans bouleversement majeur ni explosion, une institution qui, concurrencée par un secteur des écoles obéissant à des principes d'organisation tous différents (sélection à l'entrée, frais d'inscription élevés, finalisation des études par l'accès à des professions), accueille encore 1 300 000 étudiants, tout particulièrement dans des secteurs de formation ouvrant sur des perspectives délicates d'insertion professionnelle (45% des étudiants, en premier cycle, s'inscrivent dans un cursus de lettres, langues ou sciences humaines) et avec, pour les étudiants, des taux d'échec aux examens aussi massifs (50% environ dans les trois premières années) ? L'image du gâchis paraît au premier abord difficile à écarter. Pourtant, parce qu'il est difficile pour le philosophe de prétendre « concevoir ce qui est » en excluant entièrement, au moins à titre d'hypothèse méthodologique, que le réel obéisse à une forme de rationalité, Alain Renaut se donne pour tâche dans ce nouveau livre de dégager la raison qui est à l'œuvre dans un système apparemment si grevé de contradictions : projet qui fait la nouveauté de cet essai par rapport à ses interventions antérieures, et lui confère aussi sa forte originalité, en même temps que sa force de provocation.
Abordant l'institution universitaire moins sous l'angle de sa finalité ou des missions qu'elle doit remplir (comme c'était le cas par exemple dans Que faire des universités ?) que du point de vue des fonctions qu'elle remplit effectivement, le plus souvent à l'insu des acteurs, l'auteur avance une réponse qui peut déconcerter. La principale fonction des universités aurait aujourd'hui peu à voir avec les finalités qu'elles se donnent, qu'il s'agisse de transmettre un savoir de haut niveau, dans le lieu même où il est produit, à une partie de plus en plus large d'une tranche d'âge, ou encore de dégager, dans la masse des étudiants issus du second degré, ceux qui, par leurs qualités et par leurs efforts, méritent le plus d'intégrer une élite démocratique, ouverte à d'autres qu'à ceux qui y sont destinés par les mécanismes de la reproduction sociale. Contre l'optimisme de la thèse de l'« ascenseur social » aussi bien que contre le pessimisme de l'antithèse de la pure et simple « reproduction » des élites sociologiques, Alain Renaut tient que les universités remplissent aujourd'hui, de fait, une fonction qui se concentre dans la réduction des ambitions sociales. Des ambitions tout naturellement fortes, pour les jeunes adultes, dans une société se proclamant comme ouverte et intégrant dans ses principes les plus sacrés que personne ne se trouve exclu en droit de l'accès à toutes les places et à tous les postes envisageables, dès lors qu'il a les qualités nécessaires et qu'il fait les efforts requis pour y accéder. Dans ce contexte (celui d'une société démocratique), comment faire accepter leur lot ou leur sort à tous ceux qui, croyant ainsi partir à égalité (des chances) avec tous les autres dans la compétition sociale, devront s'apercevoir tôt ou tard qu'il leur faudra en fait, compte tenu aussi bien de la situation de l'emploi et de la raréfaction des postes convoités que des limites que la loterie naturelle et sociale a infligées à leurs talents, déchanter au moins partiellement et se satisfaire de trajectoires souvent bien différentes de celles qu'ils espéraient ?
La réponse française fait, pour le meilleur ou pour le pire, la spécificité de notre institution universitaire. Nos universités, ouvertes presque à tous ceux qui souhaitent s'y inscrire, et cela dans des conditions de quasi gratuité, constitueraient, tout particulièrement à la faveur des échecs que connaît très vite la moitié des étudiants, un dispositif fort efficace de désillusionnement et de retour au réel. Capable de faire apparaître l'échec comme en un sens mérité (puisque subi dans des conditions où, apparemment, tout était possible) ou de faire accepter l'accès à une profession médiocrement rétribuée et moyennement passionnante comme une réussite relative (puisque obtenue au terme de tant d'efforts et là où tant d'autres échouent), l'Université ne fonctionnerait donc, ni comme l'ascenseur social qu'elle prétend être, ni comme le pur et simple appareil de reproduction des inégalités qu'on a si souvent vu en elle, mais plutôt comme un appareil d'intégration faisant que chacun peut en sortir avec le sentiment d'avoir obtenu, dans la compétition sociale, la place qui, tous comptes faits, lui revenait. Plus efficace sur ce terrain que sur celui de la construction de savoirs de haut niveau, moins irrationnelle qu'il n'y paraît, l'Université, du moins dans sa configuration française (notamment dans son parallélisme avec un système des écoles qui remplit d'autres fonctions, au demeurant celles que remplit le plus souvent, ailleurs, l'institution universitaire), jouerait ainsi un rôle très spécifique dans une société qui, grâce à elle, peut continuer à se dire ouverte aux mérites et aux talents, sans risquer de se désintégrer aussi fortement que ce pourrait être le cas si, dans un cadre configuré par une tradition comme celle de l'élitisme républicain, rien d'autre, en matière d'enseignement supérieur, n'était offert que la sélection si précoce et financièrement connotée qui caractérise le secteur des écoles.
La paix sociale, ou du moins l'apaisement d'une partie des tensions sociales, au prix d'un secteur universitaire qui ne fait donc pas ce qu'il dit faire, qui ne tient pas les promesses qu'il fait à une jeunesse persuadée ou voulant encore se persuader qu'accéder à l'Université signifie, pour chacun, que l'avenir est ouvert et que tout est possible ? Telle est l'hypothèse perturbante que ce livre introduit dans la réflexion sur l'institution et qui conduit ensuite Alain Renaut à se demander si une telle fonction n'est pas trop en décalage avec les prétentions légitimes de l'institution et avec les promesses qu'elle fait à ses usagers pour ne pas devoir être dénoncée comme l'un des plus clairs symptômes que décidément quelque chose « ne tourne pas rond », non seulement dans nos universités, mais aussi notre société démocratique - plus précisément : dans la façon dont notre société assume aujourd'hui, en France, le choix qu'elle a fait de se structurer comme une société démocratique.
C'est alors à l'aune de cette interrogation que cet « essai de politique universitaire » mesure les tentatives qui sont en cours pour mieux prendre en charge des questions aussi délicates que celles du choix entre sélection ou orientation des étudiants à l'entrée des universités ou de l'insertion professionnelle des étudiants, aussi bien en cas d'échec dans les premières années qu'en cas de réussite en master ou en doctorat. D'autres dossiers épineux, comme ceux de la gratuité des études, des salaires des enseignants, ou des relations entre les universités et les entreprises, sont eux aussi ouverts sans tabous ni langue de bois, dans le souci de faire apparaître ce qui, dans le fonctionnement des universités (celui qui se trouve ici identifié dans les termes d'une réduction des ambitions sociales du plus grand nombre), pourrait aujourd'hui être aménagé ou amélioré pour qu'entre ce fonctionnement effectif et ce que les universités prétendent viser, entre la fonction et la finalité des universités, le décalage soit moins choquant.
On mettra un terme à cette trop brève évocation d'un livre foisonnant de propositions en signalant qu'entre le diagnostic portant sur la fonction effective des universités (chapitre I : « À quoi servent les universités ? ») et la confrontation avec les questions et dossiers dont la prise en charge permettrait de rapprocher cette fonction et un meilleur remplissement de la promesse que les universités font à la jeunesse de notre pays (chapitre III : « De la société à l'Université et retour »), Alain Renaut se consacre à reconstituer cette longue et tumultueuse « histoire d'autonomie » (chapitre II) qui n'a cessé de s'accomplir dans la trajectoire des universités, du XIIIe siècle à la récente loi sur les responsabilités des universités. Manière subtile, mais démonstrative de laisser apparaître ce qui est aussi l'une des thèses majeures de ce livre : si la question de l'autonomie (donc, de la

marc d'Héré 04/03/2009 08:04

Valérie Pécresse et 4 syndicats de l'enseignement supérieur qui négociaient sur la réforme du statut des enseignants-chercheurs se sont quittés dans la nuit de mardi à mercredi après avoir avancé sur deux grandes questions, remettant un dernier sujet à vendredi, a constaté l'AFP.

"On a très bien travaillé, on a avancé sur toute une série de sujets", a déclaré la ministre de l'Enseignement supérieur à la presse, après plus de dix heures de négociations destinées à écrire un nouveau projet de décret.

Parmi les "terrains d'entente", elle a cité la question de la modulation de service des enseignants-chercheurs (organisation de leur emploi du temps en fonction de l'enseignement, la recherche et les autres activités) et celle de leur évaluation.

Il restait toutefois à trouver un accord sur la question des promotions. A ce sujet "nous nous retrouverons vendredi", a-t-elle ajouté.

Libération.fr