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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 10:35

Par Elie Arié
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Ancien membre de la Commission-Santé du Parti Socialiste pendant plus de vingt ans, ancien Secrétaire National à la Santé du Mouvement Républicain et Citoyen de Jean-Pierre Chevènement pendant deux ans (2002-2004), , je crois aujourd’hui de mon devoir dénoncer  la lourde responsabilité de la gauche dans  l’échec de ce qui aurait dû constituer son principal cheval de bataille, échec que j’ai trop longtemps vécu de l’intérieur :celui de la défense d’un système de soins public, égalitaire et de qualité, et d’en tirer les leçons avant qu’il ne soit trop tard.

 

En effet, au moment de la discussion, à l’ Assemblée, de la loi "Hôpital, Patients, Santé, Territoires", tout semble en place pour que nous revivions le scénario-catastrophe du plan Juppé de 1995.

 

Sans entrer dans les détails, rappelons que le plan Juppé était, économiquement, dans ses grandes lignes, d’inspiration étatiste et non libérale , et qu’il sauvegardait l’équilibre de l’ Assurance-Maladie sans un centime de privatisations (tout comme il sauvait le régime des retraites sans un centime de capitalisation) ; ayant, sans doute, trop chargé la barque en s’attaquant aussi aux régimes spéciaux des retraites (dont personne ne conteste plus, aujourd’hui, qu’il devait être réformé), il a dû être retiré sous la consternante conjonction, contre nature, de tous les conservatismes : celui des députés UMP ne voulant pas mécontenter le corporatisme de leur électorat médical, et celui du Parti Socialiste qui, tout en approuvant ce plan, a cru devoir s’y opposer parce que son électorat manifestait contre lui, et qu’il fallait bien qu’il suive ses troupes s’il voulait paraître en être le chef ; après quoi, parvenu au pouvoir en 1997, le gouvernement Jospin a évidemment mis en œuvre son volet santé ; j’ai eu malheureusement l’occasion de vivre, de l’intérieur, ce grand moment de victoire de l’électoralisme sur le courage politique, même si nous avons été quelques uns à manifester notre soutien à cette réforme dans une tribune parue dans « le Monde », et qui ne nous a d’ailleurs valu aucune sanction.

 

C’est aujourd’hui la même alliance que nous voyons se mettre en place entre les éléments les plus conservateurs du corps médical, qui s’apprêtent à manifester contre l’ « étatisation de la médecine », les députés UMP inquiets pour leur réélection, et un Parti Socialiste qui s’imagine, à nouveau, que le nec plus ultra de  la stratégie politique consiste à s’opposer à toute mesure du gouvernement dans l’espoir de lui succéder ainsi au pouvoir par le jeu de l’alternance automatique, pourtant déjà pris en défaut en 2007.

 

Mon propos n’est pas d’entrer, ici, dans le détail technique de ce texte de loi- même si c’est dans les détails que se niche le diable, ce qui devrait faire l’objet de dépôts d’amendements constructifs - mais dans l’absurdité du discours politique dans lequel se réfugie le Parti Socialiste pour justifier un vote négatif dont le principe semble acquis d’avance.

 

On l’entend, avec stupeur, dénoncer une « privatisation » de l’hôpital…comme si cette réforme, qui n’est pas encore votée, pouvait être rendue responsable de la répartition qui s’est faite, ces vingt dernières années, entre le rentable (chirurgie programmée)  au secteur privé et le déficitaire (urgences, médecine, gériatrie) au secteur public, répartition aujourd’hui pratiquement achevée, sous les auspices de la loi actuelle et que le Parti Socialiste n’a jamais tenté d’empêcher !
Et alors que la Fédération Hospitalière de France, regroupant l’ensemble des hôpitaux publics et présidée par l’ancien Ministre de la Santé socialiste Claude Evin, soutient les grandes lignes de cette réforme, et qu’à l’inverse, les médecins spécialistes libéraux travaillant dans les cliniques privées annoncent une journée de manifestation contre elle…ce sont ces derniers que le Parti Socialiste s’apprête à soutenir !

 

Sans craindre la contradiction, cette dénonciation de la « privatisation » de l’hôpital s’accompagne de celle de son … « étatisation » (mot qui ferait désormais peur à la gauche ?) , au prétexte que les futures  Agences Régionales de Santé, ayant pour mission d’harmoniser enfin la médecine hospitalière avec la médecine de ville, et dont la création figure pourtant au programme du Parti Socialiste depuis une dizaine d’années, seraient placées sous l’autorité d’un représentant de l’ Etat : on croit rêver !
Pour la gauche, l’organisation de la Santé ne figure-t-elle pas pourtant dans les missions fondamentales de l’ Etat, et de son bras armé, le Ministère de la Santé? Et qui donc devrait les présider : un syndicaliste, un chef d’entreprise, un conseiller régional ? Dans quelle République vivrions-nous, si un élu local avait plus de pouvoirs que le Gouvernement et le Parlement ?

 

Autres sujets d’étonnement, les critiques :

 

- du principe de la tarification à l’activité, dite T2A. Même si ses effets pervers doivent être corrigés, même si le montant et les modalités de fixation de son volet consacré aux missions spécifiques de l’hôpital public (MIGAC) doivent faire l’objet d’amendements, comment le Parti Socialiste peut-il feindre d’ignorer que, grâce au plan Juppé, c’est le Parlement qui vote le total des sommes allouées aux hôpitaux (l’ ONDAM), et que la T2A n’est qu’un outil de répartition de cette somme entre les différents établissements, remplaçant l’ancien système qui augmentait chaque année le budget de tous les hôpitaux d’un taux unique national, sans tenir compte de leur (in)activité réelle et de tous les changements démographiques qui avaient pu s’opérer depuis vingt ans ;

 

-du renforcement des pouvoirs des directeurs d’hôpitaux face à celui du corps médical, pour qui les objectifs de santé publique n’ont jamais constitué une préoccupation majeure ;

 

-de la limitation de la liberté totale d’installation des médecins, au mépris des besoins de la population ;

 

-le soutien si peu sincère mais tellement électoraliste du Parti Socialiste au maintien des hôpitaux dits « de proximité » en sous-activité et à risques, et qu’il tente pourtant, lui aussi, lorsqu’il est au pouvoir, de transformer en hôpitaux de long et moyen séjour.

 

Ce sont ces contradictions qui expliquent l’étonnant silence de la gauche, lors de toutes les campagnes électorales, sur ce sujet majeur de préoccupation des Français qu’est la santé, et sa tendance à se cantonner dans les slogans si peu crédibles :

 

-          du « toujours plus de moyens », alors que la France est maintenant au 3è rang mondial pour la part du PIB consacré au système de soins, et qu’on nous annonce un déficit de 15 milliards d’ Euros de l’ Assurance-Maladie,

 

-          et du spectre de la « médecine à deux vitesses », alors qu’une médecine à seulement deux vitesses constituerait un énorme progrès social dans un pays où coexistent ceux qui sont remboursés à 100% et ceux qui ne le sont pas ; ceux qui ont une bonne assurance complémentaire, ceux qui en ont une mauvaise, et ceux qui n’en ont aucune ; ceux qui vivent dans un désert médical et ceux qui vivent dans une ville où ils ont l’embarras du choix de leur médecin ;ceux qui vivent dans des villes où il n’existe plus, dans certaines spécialités, aucun médecin pratiquant les tarifs conventionnels, et ceux qui vivent dans des villes où il en existe encore ;ceux qui ont à leur disposition un choix de différents hôpitaux, et ceux qui n’en ont qu’un seul proche de chez eux ; ceux qui ont la chance que le seul hôpital proche de chez eux soit un bon hôpital, et ceux qui n’ont pas cette chance ;ceux qui ont les informations ou les relations pour savoir si tel médecin ou tel hôpital sont à recommander ou à éviter, et ceux qui ne les ont pas…

 

 

Tant que le Parti Socialiste n’utilisera la politique de santé que comme un argument électoraliste, se cantonnera à l’attitude protestataire et laissera à la droite le soin de réaliser des réformes nécessairement impopulaires, il ne faudra pas s’étonner de le voir perdre chaque jour davantage son identité et sa crédibilité de parti de gouvernement de gauche.

 

 

Elie Arié

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commentaires

bernard PASQUALINI 07/03/2009 16:54

Tout simplement bravo,

Commentaire un peu technique, mais qui démontre cette hypocrise ambiante qui finira par nous faire crever!!
Pourquoi aucune publicité à ce type decommentaire.
Continuez
BP

marc d'Héré 04/03/2009 22:44

Les députés ont voté mercredi le volet "permanence des soins" du texte Santé actuellement examiné à l'Assemblée, et qui prévoit notamment une collaboration entre les médecins et les hôpitaux pour assurer un accès aux soins les soirs, week-end et jours fériés.

L'article 16 du projet de loi "Hôpital, patients, territoires, santé" de la ministre Roselyne Bachelot rappelle que la permanence des soins est une "mission de service public" assurée par les médecins "dans le cadre de leur activité libérale".
L'article ajoute que cette mission se fait "en collaboration avec les établissements de santé".
AFP

marc d HERE 27/02/2009 13:16

Comme l'a rappelé Roselyne Bachelot, aucun hôpital ne sera fermé (certains seront, comme indiqué dans l'article, transformé), malgré les fausses informations diffusées à ce sujet par la gauche.

Marc d'Here 27/02/2009 14:11




sommaire 26/02/2009 20:01

Comme disait en son temps Huguette Bouchardeau c'est dur d'être de gauche, surtout quand on est pas de droite (titre d'un bouquin qu'elle avait écrit après son expérience gouvernementale)...
Jean-Claude SOMMAIRE

Elie Arié 26/02/2009 17:43

Je ne sais pas si l'anecdote est vraie, mais elle a été beaucoup racontée.

Un peu avant 1981, Rocard aurait été voir Mitterrand pour tenter de faire modifier le programme du PS sur les nationalisations, et lui expliquer que tout nationaliser à 100% était une erreur; il fallait voir, au cas par cas, ce qu'il fallait nationaliser à 100%, à 67 % (pas de minorité de blocage aux autres), à 50%, à 34% (minorité de blocage), etc.

À son départ, Mitterrand aurait dit à ses collaborateurs: "Ce pauvre Rocard ne comprendra jamais rien à la politique; dans un programme, on dit ce qu'il faut pour être élu; une fois au pouvoir, on avise".

Marc d'Here 26/02/2009 21:05


Il l'a certainement dit, ou au moins pensé...Chirac aurait pu dire la même chose.

Triste époque et tristes politiciens qui sont en grande partie responsables de l'éloignement des citoyens de la politique ou du moins de leur scepticisme vis à vis des politiques et des programmes!


Alceste 26/02/2009 14:21

La complexité de la situation et son analyse me laisse sans voix ce qui ne m'empêche pas d'écrire.
Sur ce sujet d'intérêt public essentiel, quels sont les politiques et enjeux en présence ?
Un lecteur béotien et paresseux.

ascensi 26/02/2009 14:10

Oui c'est bien triste tous ces arguments politiques à visée électoraliste ! Et cela ne se limite pas à la médecine, lorsque l'on voit, par exemple, Hamon s'opposer radicalement à l'affirmation du rôle de la France dans l'OTAN... en usant d'arguments d'une démagogie et d'une bétise confondante. Mais les mensonges permettent d'arriver au pouvoir quitte, ensuite, à infléchir ou changer de politique. Ce ne serait pas la première fois en France et cela continuera longtemps. Ne nous a-t on pas promis, il y a peu, une France qui reprendrait goût au travail avec davantage de pouvoir d'achat ?

Marc d'Here 26/02/2009 15:39


Ta réflexion finale est surprenante de ta part...! Comme si tu ne savais pas qu'entre cette promesse et aujourd'hui il y avait eu le déclenchement de la crise la plus grave depuis un siècle. 
Attention au populisme!

Cela dit, il faut effectivement ne pas hésiter à relever l'attitude indigne et inacceptable du parti socialiste, sur l'hôpital, sur l'OTAN, mais aussi sur les collectivités locales: avant même que
le rapport ne soit publié, rapport qui ne fait que des PROPOSITIONS, qui annonce un long débat et qui ne pourrait être mis en oeuvre qu'avec l'accord des populations concernées, les socialistes
s'opposent, demandent le statu quo et s'élèvent contre ce qu'ils font mine de croire être des décisions.