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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 13:47

Le livre d'Alain Duhamel, «La Marche consulaire» (1), inspire à l'écrivain et académicien (2), Max Gallo une réflexion sur la nation. Le Figaro du 23 janvier 2009...

Nicolas Sarkozy ? «Un Bonaparte en frac» ! En quelques mots, Alain Duhamel, avec sa virtuosité coutumière, son sens de la formule qui condense une réflexion, ouvre en fanfare sa «Marche consulaire».


Ce titre renvoie d'abord au refrain qui accompagnait le Premier consul, en 1800, et qu'a choisi Nicolas Sarkozy, le jour de son intronisation présidentielle lorsqu'il passa en revue la garde républicaine. Il définit aussi la période que nous vivons. «Le Consulat est de retour», écrit Duhamel. «Il y a, chez Nicolas Sarkozy, un Premier consul contemporain à ses débuts.»


Précis et habile, Duhamel fait glisser l'image de Sarkozy sur celle de Bonaparte : même taille, même goût des femmes, du coup d'éclat, même énergie, même volontarisme, même éloquence. Les caractères, les tempéraments, se superposent, selon Duhamel. C'est du grand art rhétorique. Et Duhamel n'a rien d'un bateleur. Son impétuosité verbale et dialectique ne le conduit jamais jusqu'à la caricature. Il a le sens et le goût de la nuance. En empereur des commentateurs, il suit les méandres de la politique, sans se perdre dans le commérage et avec le souci de dégager une perspective. Elle est classique, fidèle à la tradition. Elle actualise les définitions de l'historien René Rémond, grand maître des Sciences politiques. Sarkozy s'inscrirait dans le courant bonapartiste, «cette droite autoritaire et modernisatrice» dont le gaullisme fut une résurgence.


On le voit, Duhamel ne se limite pas au jeu d'images, à la comparaison des individualités. Il construit une interprétation, tient compte des circonstances, bref écrit un essai politique qui n'est ni réquisitoire ni plaidoyer mais tentative d'évaluation de l'action d'un président qui rompt avec le style de ses prédécesseurs. La recherche de l'équilibre est telle que le lecteur a parfois le sentiment d'être sur une balançoire. On croit être parvenu à une conclusion défavorable à Sarkozy et voici que Duhamel nous pousse dans l'autre sens.

Sarkozy semblait piétiner et s'embourber ? Face à la crise, il fait preuve d'autorité et de sang-froid, de hardiesse et d'initiative. «Il n'avait rien prévu mais il a tout compris». Le compliment se retourne en critique et… vice versa. Duhamel est un Fregoli qui aurait été élève et enseignant à l'Institut d'études politiques, et serait passé maître dans le maniement de la thèse et de l'antithèse.


Il ne s'agit pas seulement, en fait, de forme du «récit». Alain Duhamel a le courage de ses opinions. Son art ne doit rien à la prudence mais à la conviction que la réalité est contradictoire. Il est au centre du champ de bataille politique assis comme un arbitre sur un court de tennis. Il domine la partie, commente le jeu et compte les points.

Arbitrage qui se veut intègre et rigoureux mais qu'on peut contester. En s'interrogeant d'abord sur la pertinence de la classification politique que depuis René Rémond ses héritiers adoptent : la droite et la gauche françaises alignées au cordeau, légitimistes, orléanistes, bonapartistes, révolutionnaires, etc.


Il y a en fait, sous cette écume politique, finalement rassurante, entrée depuis longtemps au répertoire de la Comédie-Française, un socle déterminant : ce que Fernand Braudel appelle la «problématique centrale de la nation». Elle est la confrontation - inquiétante celle-là - et ce depuis plus d'un millénaire, non pas entre une droite et une gauche, si petitement contemporaines, mais entre les forces qui, au nom des libertés, poussent à l'éclatement de la nation - et elles ont résisté, les armes à la main, à sa formation - et celles qui veulent la tenir rassemblée, comme elles ont voulu, à coup d'épée, la construire autour de Paris et de l'Ile-de-France. La France, c'est cette tension millénaire entre rassemblement et désagrégation. La nation n'existe que par un acte volontaire des politiques.


Bonaparte, quand il lance «Ni bonnet rouge ni talon rouge, je suis national», répond au besoin d'unité nationale. Et même sous la monarchie de droit divin cette problématique était à l'œuvre : qu'on se souvienne des «frondes», du mot de Mirabeau jugeant le royaume en 1789, «cet agrégat inconstitué de peuples désunis», la Fête de la Fédération en 1790 devait tenter de réaffirmer l'unité nationale. Voilà la question qui partage les hommes politiques. Et c'est sur cette question-là, l'avenir de la nation, que s'est jouée, au fond, l'élection de 2007.


Pour superposer trait à trait Sarkozy et Bonaparte, il faut oublier que le bonapartisme est d'abord une technique de prise du pouvoir dans laquelle le recours à la force militaire est un élément majeur. Pour Bonaparte et le neveu Louis Napoléon. Même si l'un et l'autre ont pris le parti de l'Unité nationale. Mais ce qu'on recherche en qualifiant Sarkozy de Bonaparte, c'est non pas souligner cet aspect essentiel - l'unité - mais faire frissonner les républicains, en leur rappelant que les soldats du Premier consul ont chassé les députés. En fait, Sarkozy est dans la lignée des républicains d'autorité que furent Gambetta, Clemenceau, Mandel, de Gaulle. Ils sont soucieux d'agir et de s'en donner, dans la légalité, les moyens.

Car le péril qui guette la nation, depuis quelques siècles, c'est toujours, malgré les rodomontades, la faiblesse du pouvoir exécutif. On hait ceux qui veulent l'utiliser. En 1958 pour s'opposer à de Gaulle on criait, «le fascisme ne passera pas» ! Et Clemenceau, le Tigre, avant d'être le Père la Victoire était «le premier flic de France», l'homme le plus détesté de France.


Je ne doute pas qu'un rhétoriqueur puisse démontrer un jour que Clemenceau était bonapartiste. De beaux esprits ne nous disent-ils pas que Sarkozy, c'est Poutine ?


Max Gallo, dans Le Figaro du 23 01 09


(1) «La Marche consulaire», Alain Duhamel, Plon, 261 p., 20 €. (2) Dernier livre paru : «Révolution française», XO.

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Published by Max Gallo, pour Le Figaro - dans Réflexion politique
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