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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 19:40

Pour apprendre à bien vivre, relire la mythologie grecque. Luc Ferry en propose un mode d’emploi.

par Marc Lambron, Le Point  du 27 11

 

Confessons-le : la couverture du nouveau livre de Luc Ferry nous a fait peur. « La sagesse des mythes » porte comme sous-titre « Apprendre à vivre-2 ». Il s’agit donc d’une suite. Un bandeau rouge avec photo de l’auteur affiche cette phrase : « Je vais te faire découvrir la mythologie grecque. » Aux albums du père Castor manquait-il un Pollux ? Les eaux du Styx lèchent-elles une tête de gondole ? Après Harry Potter, Harry Homère ? On ouvre alors le livre, et c’est une sorte d’enchantement de l’intelligible qui s’installe dès les premières pages.
 

Le projet de l’auteur ? A la manière du grand helléniste Jean-Pierre Vernant, qui avait écrit en 2002 un traité à l’usage de son petit-fils, l’ancien ministre de l’Education nationale se propose de revisiter le corpus de la mythologie antique pour l’édification du profane ou de l’oublieux. Quand l’on emploie aujourd’hui des expressions telles que « un Cerbère », le « tonneau des Danaïdes », « jouer les Cassandre » ou « fil d’Ariane », nous sommes grecs par réminiscence, enfants de grands récits qui tissent une trame secrète sous nos destinées. Freud passe par Odipe pour fonder la psychanalyse. George Steiner relit « Antigone » pour penser la cité. Pourquoi sommes-nous encore constitués par ces récits d’aurore ?


A la différence des religions providentialistes, souligne Luc Ferry, les mythes grecs ne spéculent pas sur un après-monde de la survie : les dieux seuls y sont immortels, tandis que les humains se voient laissés à leur finitude. Mais ces mythes proposent une doctrine du salut sans dieu, un entrelacement de fables élégiaques, truculentes ou épiques, qui rendent notre condition habitable. Ce que nous apprend Ulysse au long de sa quête, c’est qu’ « une vie de mortel réussie est préférable à une vie d’immortel ratée ». Sous la plume de Ferry, la mémoire de l’antique est un antidote : il sait que les injonctions du consumérisme moderne perturbent des vies intérieures qui, avec un rien de savoir, ne demanderaient qu’à être heureuses. La civilisation européenne est un mille-feuille de récits ; les ignore-t-on que l’on ne se comprend pas soi-même. Avec un peu de grec et de latin, on entend la langue française en stéréo ; à défaut, elle résonne en mono. En ce sens, le bonheur selon Ferry ressemble à une anti-amnésie. Et à une acoustique : pour bien lire, il faut se souvenir de la lyre. A défaut de mythes, nous serons mités.


Son livre est une chanson douce qui ne cède rien sur les exigences du savoir. Muni de la balayette de l’archéologue et de la craie blanche du professeur, cet auteur Plon aux semelles ailées revisite les colères de Zeus, les ruses d’Hermès, les travaux d’Hercule, selon les prismes du conteur, du philologue, du philosophe et du père de famille. On ne sait si la fréquentation du ministère Raffarin a conforté Luc Ferry dans son amour pour Jacqueline de Romilly. En tout cas, les mythes sont ici restitués dans le plaisir de la fabulation, puis déclinés selon leur postérité philosophique : pourquoi Platon s’intéressait-il à Prométhée, ou Nietzsche à Apollon ? Peu à peu, on sent un socle de culture se solidifier sous nos pieds. C’est remarquablement clair, comme si Claude Lévi-Strauss chaussait le cothurne d’un Daniel Rops du Péloponnèse. Mais ce choix didactique témoigne aussi d’un climat.


Dans une époque où le jugement de Pâris est remplacé par les caprices de Paris Hilton, et le rôle de questionneur socratique dévolu à Laurent Ruquier, il y a le feu au lac-Ferry dirait au lac Stymphale. Les années 70 avaient consacré en France une figure du penseur héroïque, voleur de feu, enveloppé dans les prestiges de son mystère. Une cape d’énigme enveloppait ces Prométhée de la Rue d’Ulm ou du Collège de France. Résultat : la philosophie a gagné en intimidation intellectuelle mais perdu en magistère démocratique. Si l’on ne veut pas laisser le champ de la pensée aux enfants de Jacques Séguéla, qui va s’y coller ? Quand tout conspire à la réduire, une morale de la pédagogie concrète est peut-être le meilleur vaccin contre la défaite de la pensée.

Marc Lambron
Le Point 27 11

« La sagesse des mythes », de Luc Ferry (Plon, 408 pages, 20,90 E).

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Published by Marc Lambron, à propos d'un livre de Luc Ferry. Le Point - dans Culture - loisirs -Médias
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