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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 09:12

Suite à sa « supplique à Madame Lagarde », article plein d’humour (publié sur ce blog le 17 octobre)  émanant d’un soi disant « trader », ou "spéculateur en ligne",   notre ami Gilbert Veyret, toujours sous l’apparence du cynique « trader »,  feint de s’adresser aujourd’hui au Parti socialiste…

 

 

 

Madame Lagarde n'ayant pas daigné répondre à ma récente supplique j'ai dû m'adresser au PS pour le remercier de sa discrétion à l'égard de la crise économique... Mais chacun sait que l'humour n'est que l'ironie du désespoir!

 

 

A l’attention des dirigeants socialistes.

(Leurs noms étant encore incertains, nous avons choisi cette lettre ouverte, en vous laissant le soin d’en tirer les photocopies, pour qui de droit.)

 

Les diverses catégories de spéculateurs, que je représente, ont été particulièrement sensibles à votre grande discrétion à notre égard, lors de votre récent Congrès de Reims.

Nous aurions pu craindre que votre dénonciation de notre accaparement croissant des rouages économiques jusqu’à la catastrophe financière actuelle, s’ajoute aux clameurs de la plupart des dirigeants politiques et de la société civile. Il n’en a rien été. Les dénonciations rituelles du capitalisme qui composent l’ordinaire de vos congrès  étouffent les voix plus discrètes de ceux qui  se contenteraient, dans un premier temps, d’en corriger les excès, les injustices et l’imprévoyance. La formulation de ces derniers est certes plus complexe et ne permet pas beaucoup d’effets de tribune. Olivier Besancenot, les survivants communistes et quelques socialistes archaïques sont à cet égard nos alliés objectifs. Ils servent de repoussoir efficace à toute tentative d’amender ou moraliser un capitalisme financier qui mine peut-être nos sociétés mais nous a permis d’en tirer des profits substantiels, du moins jusqu’à une date récente. Nous nous accommodons très bien de cette tradition bien française qui amène régulièrement à s’enfermer dans la citadelle de Sedan ou la ligne Maginot pour arrêter des divisions blindées ou à se réfugier derrière une vulgate marxiste désuète pour se protéger des méfaits d’un capitalisme de spéculation. Nous aurions été gênés si les analyses fouillées et lucides d’un Dominique Strauss- Kahn ou Didier Migaud avaient pu être développées à votre Congrès. Nous serions très embêtés si leurs préconisations étaient suivies d’effets alors que les philippiques de Mélenchon nous font plutôt sourire.

Mais vous n’avez même pas eu le temps d’ouvrir ce débat rituel entre réformistes et révolutionnaires à Reims. Vous y aviez des préoccupations plus importantes. Je ne veux pas me mêler de vos problèmes internes, aussi je me contenterai de vous remercier pour votre discrétion  et de ne pas vous être alliés à la curée qui voudrait nous faire rendre gorge au moment où nous allons si mal.

Madame Lagarde n’a pas daigné répondre à notre supplique la priant de ne plus s’occuper de nous, autrement que pour nous subventionner. Pire, c’est le Président de la République qui dans ses discours de Toulon ou au G20 a persisté à nous pourfendre. Je pense qu’aucune de vos motions  du Congrès de Reims n’aurait osé employer des termes aussi désobligeants à notre encontre ou  réclamer des solutions aussi socialistes que la quasi nationalisation du crédit, comme le fait  Gordon Brown  en Grande Bretagne.

Vous êtes beaucoup plus raisonnables ; c’est d’ailleurs pourquoi vous êtes aussi durablement dans l’opposition. Nicolas Sarkozy est allé jusqu’à préconiser un « capitalisme d’entrepreneurs » Vous imaginez toute la régression que cela représente. Le retour aux cheminées qui fument, aux ouvriers, les mains dans la graisse, se plaignant de leurs conditions de travail, alors que nous avions su  remplacer tout cela par des golden boys très bien payés, travaillant sur des ordinateurs, dans des bureaux climatisés. Ils sont certes encore très minoritaires, mais quel exemple, au même titre que les footballeurs professionnels et les stars du show business, pour ce qui reste de populations laborieuses ! 

Vous n’aimez pas trop les sociaux démocrates, du moins dans vos discours.  Nous non plus ! Ils ont souvent fait l’effort de comprendre les mécanismes complexes de nos économies châteaux de cartes. Aussi trouvent-ils plus facilement à inventer des mécanismes régulateurs qui pourraient nous gêner beaucoup.  Par chance ils sont trop faibles et divisés, dans la plupart des pays pour nous contrer efficacement. Vous êtes opposés au capitalisme Rhénan.  Nous aussi !  Il repose sur un contrat social, voire une cogestion  qui nécessite une forte implication de syndicats puissants. Vous les redoutez parce que vous ne croyez pas aux acquis sociaux issus de la négociation.  Vous ne croyez qu’en l’efficacité réformatrice de la loi, même si vous savez bien que chaque nouvelle législature détricote les lois élaborées par la majorité précédente, aboutissant à un écheveau inextricable. Nous avons, nous aussi, une préférence marquée pour la loi quand nous pouvons l’influencer  ou nous en évader dans quelques paradis fiscaux.  Nous ne sommes pas dépourvus de capacités en matière de lobbying. Dois-je vous rappeler que les principales mesures de libéralisation, aboutissant à l’abolition de quasiment toute contrainte réglementaire sur les spéculations les plus hasardeuses, ont été obtenues de majorités socialistes.

 Nous avons évidemment d’autres raisons de nous méfier d’un rapport de force qui serait plus favorable aux syndicats. Comment aurions-nous pu déplacer environ 5 points de revenu national, vers les revenus du capital, en une dizaine d’années, si des syndicats puissants, au niveau européen, relayés par des forces politiques de gauche un peu plus lucides  avaient su l’empêcher ?

Mais je ne voudrais pas abuser de votre temps, je sais que vous avez des préoccupations plus fondamentales et plus urgentes que la crise économique actuelle. Elle durera bien assez longtemps pour que votre parti l’inscrive à son ordre du jour, après la mise en place de ses instances dirigeantes.

Mais je ne suis pas sûr que vos électeurs s’intéressent encore à ce que vous  leur direz quand vous aurez fini de débattre du choix de vos dirigeants, alors qu’ils se débattent  quotidiennement dans les difficultés d’une crise autrement plus sérieuse que la vôtre.

 

Gilbert Veyret

 

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Published by Gilbert Veyret - dans Chroniques
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commentaires

ascensi 25/11/2008 12:40

excellent !