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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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13 novembre 2008 4 13 /11 /novembre /2008 08:12



Chantal Delsol, philosophe et essayiste, revient sur la notion même de libéralisme, galvaudée par ses détracteurs depuis la crise.

Le Figaro du 30 10 08

Dans l'atmosphère inquiète de la crise financière mondiale, on a vu ces derniers temps les États voler au secours de certains établissements privés pour compenser les déficits, dans le but de rendre la confiance aux particuliers et d'empêcher une débâcle économique. Depuis les États les plus attachés au libéralisme, comme les États-Unis, jusqu'à ceux acquis depuis peu au libéralisme, comme la France.

La presse et l'opinion antilibérales ont lu dans ces décisions une sorte de conversion au socialisme, à tout le moins un changement de cap devant les perversions du libéralisme, nouvellement découvertes. D'où des propos triomphalistes du genre «on vous l'avait bien dit…», ou «les voilà enfin rattrapés par la réalité…»

Pourtant, il n'y a là rien d'étonnant ni de nouveau. L'ingérence de l'État dans les affaires privées, accueillie comme une merveilleuse bonne nouvelle pour les tenants de l'étatisme, représente tout simplement pour le libéralisme la réponse à certaines situations bien précises. En leur temps, John Stuart Mill et Frédéric Bastiat le voyaient déjà ainsi. Les antilibéraux demeurent prisonniers de leur vision simpliste du libéralisme, qu'ils décrivent depuis des décennies comme un «ultralibéralisme». C'est leur excès dans l'identification de leur adversaire (excès dû à des causes militantes et idéologiques), qui les entraîne dans la mécompréhension des phénomènes actuels. La tendance, notamment en France, qui consiste à assimiler le libéralisme à l'anarchisme («le renard libre dans le poulailler libre», voilà ce qu'en donnent encore comme définition la plupart de nos étudiants, bien aidés en cela par leurs enseignants), tient de l'idéologie qui consiste à noircir l'adversaire en l'extrémisant, de façon à l'offrir facilement en vindicte à l'opinion.

Je ne dis pas qu'il n'existe pas des libéraux anarchistes, mais ils représentent une infime minorité, et la position idéologique consiste justement à identifier l'adversaire à sa minorité extrême, comme si nous autres libéraux étions assez idéologues ou assez crétins (au choix) pour identifier à longueur d'année le socialisme à Pol Pot.

Tout d'abord, le libéralisme n'a jamais prétendu qu'il devait se passer de lois, et bien plutôt il a toujours été persuadé qu'il ne saurait se développer valablement que sous des lois régaliennes précises et obéies. Mais, au-delà, il faut préciser (ce qui est moins simple et moins connu) que les libéraux défendent dans la plupart des cas une doctrine qui tient la liberté pour essentielle, mais non pas exclusive.

Ce qui les différencie des socialistes et en général des tenants de l'étatisme, c'est leur adhésion au principe de subsidiarité. Lequel réclame que l'État ne s'ingère pas dans les affaires privées tant que les privés accomplissent leur tâche sans nuire à l'intérêt général ; mais réclame au contraire l'ingérence de l'État lorsque la sphère privée se trouve insuffisante, débordée ou corrompue.

Le principe d'un libéralisme bien compris renvoie à cet égard aux préceptes des ordolibéraux du milieu du XXe siècle (dont la mouvance fut l'artisan de la renaissance de l'Allemagne après guerre) : «liberté autant que possible, autorité autant que nécessaire», ou encore, plus précisément et pour illustrer le domaine qui nous occupe en ce moment : «libéralisation autant que possible, nationalisation autant que nécessaire».

Les États-Unis se rallient à ces principes, et c'est en leur nom par exemple qu'après le 11 Septembre le gouvernement américain s'était ingéré dans les affaires de certaines compagnies d'aviation, provoquant aussitôt en France une vague de triomphe carrément stupide sur la conversion américaine à un certain étatisme…

Toute la question se trouve simplement dans la détermination du moment précis où le privé se trouve insuffisant au point que l'ingérence de l'État doive se déclencher : d'où les débats récents qui ont eu lieu aux États-Unis concernant le financement public de certaines banques. Mais le principe reste sous-jacent.

On ne peut comprendre le libéralisme ordonné que si l'on reconnaît la spécificité des situations exceptionnelles. Depuis Cicéron, la passion de la liberté a bien conscience que cette dernière doit laisser place à l'autorité gouvernante en cas de péril - la difficulté restant naturellement de définir le péril. La liberté demeure ici le moyen le plus humaniste pour viser la finalité suprême qui est l'intérêt général, sachant que dans certains cas l'autorité doit se substituer à la liberté pour voler au secours de l'intérêt général en danger.

Nos contemporains ont beaucoup de difficulté à admettre un traitement différent de la situation ordinaire et de la situation extraordinaire, car ils comprennent cette dernière comme un prétexte livré aux apprentis dictateurs qui légitimeraient ainsi leur sale besogne. Et le risque existe, en effet, mais peut-être vaut-il la peine de le courir pour obtenir un équilibre salutaire de la liberté et de l'autorité, la seconde garantissant la première.

Les Français, éduqués par des économistes bien souvent étatistes, restent persuadés que nous nous trouvons devant une alternative : l'ingérence permanente de l'État ou la terrible anarchie illustrée par «que le plus fort gagne» (et que le diable emporte les traînards). Il y bien longtemps que cette alternative a été dépassée par le libéralisme ordonné, ce que démontrent à l'envi bon nombre de pays épargnés de nos doctrinaires désuets.

Il est préjudiciable qu'en France les gouvernants eux-mêmes semblent encore marqués par la certitude de ce dilemme funeste, et ne soient pas capables d'expliquer clairement aux citoyens comment fonctionne et à quoi peut servir un libéralisme ordonné. Peut-être que cette crise permettra une ouverture d'esprit salutaire : mieux vaut tard que jamais.

Chantal Delsol
Le Figaro du 30 10 08

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Published by Chantal Delsol, article dans Le Figaro - dans Réflexion politique
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commentaires

Elie Arié 13/11/2008 21:06

Bon, si je comprends bien: tu t'alignes sur la position de Bush contre celle de Sarkozy:

"George W. Bush devait rappeler son attachement au libre marché, jeudi 13 novembre à Wall Street, dans un discours d'ores et déjà transmis par la Maison Blanche sur les positions qu'il défendra au sommet du G20, samedi et dimanche à Washington. Et marquer ainsi sa différence avec le président français, Nicolas Sarkozy, qui espère faire de ce sommet celui de la refonte de l'économie mondiale."

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2008/11/13/a-la-veille-du-g20-george-bush-defend-le-liberalisme_1118387_3222.html#ens_id=1118383

Marc d'Here 13/11/2008 22:38


Je trouve la position de Sarkozy tout à fait satisfaisante et j'espère qu'il pourra faire passer le maximum de ses idées. Il est  heureux que ce soit lui qui parle au nom de l'Europe.


Elie Arié 13/11/2008 15:38

Je n'ai jamais dit que "les libéraux se sont laissés convaincre par la nécessité de l'étatisme", mais que la réalité les oblige à avoir régulièrement recours à l'étatisme malgré leurs convictions ( Gordon Brown, après la nationalisation partielle des banques britanniques: "Je n'avais jamais imaginé qu'un jour, je serais amené à faire ça!")et que cela coûterait moins cher à tout le monde de le faire avant les désastres qu'après.

(bien sûr que tu as raison de conserver tous mes commentaires!)

Marc d'Here 13/11/2008 15:57


Je conserve en tous cas le précédent. Etatiste et collectiviste voilà une définition de ta pensée politique que je n'imaginais pas...Mais qui est assez réjouissante.
Quand à tes dénégations....


Elie Arié 13/11/2008 14:24

Tu penses bien que je n'ai pas, dans un commentaire, l'espace de développer des argumentations fouillées, ce qui te donne la facilité de traiter mes formules nécessairement lapidaires de sottises (si ça peut te faire plaisir...).

La nécessité de l'étatisme est constante parce que les crises "exceptionnelles" que vit le capitalisme sont constantes, et que mieux vaut les désamorcer en permanence que de tenter de les guérir après coup à un coût financier et humain astronomique, comme aujourd'hui.

Quant au collectivisme, je continue, bien entendu, à penser qu'il s'imposera à long terme.

Marc d'Here 13/11/2008 15:24


Sottises était le mot employé par Rocard pour définir les arguments de ceux qui, comme toi pensaient (ou disaient), que les libéraux s'étaient laissé convaincre des bienfaits de l'étatisme, et que
la crise mettait en évidence la faillite du libéralisme....

 En tous cas,  merci de ce commentaire, qui vient illustrer magistralement le mot employé. Il est à conserver! 


Elie Arié 13/11/2008 13:50

Est-il utile de recommencer éternellement le même débat?

"-Le libéralisme n'exclut pas l'intervention de l'État dans des circonstances exceptionnelles

-Ces circonstances "exceptionnelles" n'ayant rien d'exceptionnel, mais revenant avec une constance remarquable, la nécessité de l'étatisme s'avère tout aussi constante"

Marc d'Here 13/11/2008 14:17


Et tu le recommences....

Je considère ce que dit Chantal  Delsol, comme plus convaincant, que tes affirmations (sans jamais le moindre début d' argument!) sur la nécessité  de l'étatisme de manière
constante.  

Aujourd'hui cependant tu ne défends plus le collectivisme, ce qui est un progrès...

D'ailleurs le débat n'est pas là, car ce que tu défendais, c'était que les libéraux s'étaient convertis au socialisme ou à l'étatisme...Sottise à laquelle répond fort bien Chantal Delsol, après
Michel Rocard et d'autres.... 


Elie Arié 13/11/2008 12:27

Il faut quand même préciser que Chantal Delsol (épouse de Charles Millon), femme très intelligente, se définit elle-même comme "libérale néoconservatrice".

Mais où va le "social-libéralisme" ????

Marc d'Here 13/11/2008 13:27


Elie, le "délateur".....

Je n'ai jamais présenté Chantal Delsol comme "gauche Moderne". ou sociale libérale..Mais ce qu'elle dit sur le libéralisme face à la crise me paraît assez juste. Je constate d'ailleurs que tu ne
contestes pas les idées ou les arguments mais tu attaques les personnes. Essaie d'argumenter Elie!