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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 09:39

Le Figaro, 23 10 08...

Jean-Marie Cavada, député européen et ancien directeur de Radio France, prend la parole dans le débat sur l'avenir de l'audiovisuel public.

Il aura suffi que le chef de l'État jette un pavé dans la mare audiovisuelle pour que les conservatismes reçoivent du renfort. Or, il faut de toute évidence changer sensiblement le modèle de la télévision publique, parce que ses nouveaux horizons l'ont vieilli. Connaissant par expérience les entreprises de radiotélévision, où j'ai exercé presque toutes les fonctions de responsabilité, il m'a semblé nécessaire d'attendre l'apaisement des passions pour revenir au réel.

Le réel, c'est qu'une réforme est nécessaire pour plusieurs motifs. Les nouvelles concurrences (Internet, chaînes thématiques), ont déjà soustrait 15 à 20 % de l'audience aux six diffuseurs majeurs. Mais ce n'est rien à côté de la déstabilisation profonde que produira la généralisation de la diffusion en numérique, effective fin 2012. Déjà, fin 2009, une région française entière, l'Alsace, aura abandonné l'analogique. Écrans de télévision, d'ordinateurs, de portables notamment, vont diffuser des images.

La télévision publique française est la plus petite des trois grandes télévisons publiques d'Europe. 11 000 salariés chez nous (comme en Italie), 23 000 en Grande-Bretagne, 30 000 en Allemagne. La BBC britannique a entrepris à marche forcée sa révolution numérique en fusionnant ses rédactions et la quasi-totalité de ses départements de production, rassemblés par genre et non plus par chaîne. Toutes les télévisions publiques européennes se réforment pour se transformer. L'organisation de France Télévisions date encore sur le papier de la fin des années 1980, même si les dirigeants actuels ont contourné cet inconvénient en construisant une hyperprésidence. Dans ces conditions, que faut-il réformer ?

D'abord, l'ambition de programme qui doit se fixer le double but de rester populaire, mais de meilleure qualité que ses concurrents privés, pour tout esprit curieux. J'ai dit populaire exigeant, pas élitiste marginal. Où sont les grandes émissions spéciales à 20 h 50 sur la crise qui menace de jeter notre monde par terre ? Dans la culture ou dans la fiction, l'équipe des dirigeants actuels a réussi des efforts : c'est donc faisable.

Par ces temps de crise, où l'on attend beaucoup de la télévision publique, j'exhorte le gouvernement et le Parlement à aller jusqu'au bout de ce qu'il faut faire pour que ce secteur de l'audiovisuel public fonctionne dans la confiance des spectateurs, dans la sérénité de ses rapports avec les pouvoirs, et dans la pérennité de son avenir. Ceci procède d'interrogations qu'il faut résoudre.

La première question, celle du périmètre de l'entreprise publique, doit être stabilisée ou redessinée. La BBC, avec un budget supérieur à 6 milliards d'euros, gère 8 chaînes nationales de télévision, 10 de radio, un peu plus de 50 stations de radio ou de télévisions locales, et un réseau mondial qui s'appelle BBC-World. L'Allemagne possède deux grandes entités publiques : l'ARD et la ZDF, dont le seul budget atteint 2 milliards d'euro. Estimons-nous que la modernisation de la France doit être accompagnée par la modernisation de sa télévision publique ou non ? On a récemment hurlé au scandale parce que l'exécutif voulait modifier le mode de désignation de ses dirigeants. J'admets que ce n'était pas la question la plus urgente, mais laissez-moi disperser une tartufferie. Depuis la création d'une Autorité audiovisuelle (1981), le pouvoir a reculé par rapport à l'indépendance audiovisuelle, mais je veux mettre un terme à une hypocrisie : sur une douzaine de nominations (les PDG ou les directeurs généraux), seulement deux décisions de cette Autorité ont entièrement échappé au pouvoir politique. La première fois en 1989, lorsqu'une majorité politique de gauche installa à la tête des chaînes publiques un président proche de la droite, qui chuta seize mois plus tard, avec les désordres dommageables que cette période comporta. L'autre exemple, ce fut ma propre nomination comme PDG à la tête de Radio France en 1998. Je n'étais pas réputé militant politique et mon nom fut accepté par tout le monde : mais nous étions en régime de cohabitation politique.

Sauf si le Conseil constitutionnel y voyait, au moins symboliquement, une rétrogradation des libertés, je ne serais pas choqué par le fait que le gouvernement propose un ou une candidat(e), ou une liste de trois noms. Sous réserve que le CSA vérifie honorabilité et compétences des prétendants et qu'une commission parlementaire jointe auditionne publiquement les candidats avant de confirmer la nomination de l'un d'entre eux.

Car la vraie question de l'indépendance n'est pas là : elle est dans la stabilité, la pérennité et la neutralité du financement des entreprises publiques. Cette question s'est posée à nos grands voisins européens et ils l'ont résolue de la même façon.

En Allemagne, les dirigeants des entreprises publiques élaborent leurs besoins financiers ainsi que leur stratégie dans un document qu'ils envoient à un organisme indépendant : la KEF, qui enquête et vérifie les besoins des chaînes. Ses recommandations aux gouvernements et parlements régionaux ont quasiment toujours été suivies.

En Grande-Bretagne, on n'a pas souvenir d'avoir jamais vu la BBC dirigée par un haut fonctionnaire. Au sommet des institutions et au-dessus de l'équipe de direction générale, il y a BBC-Trust qui dispose du droit de veto sur les budgets, sur la stratégie de l'entreprise. Les douze membres de ce trust sont totalement indépendants puisque salariés de la Couronne.

Pour assurer le financement de l'audiovisuel public français, je souhaite un plan pluriannuel de quatre ou cinq ans. En créant France 5 en 1994, je me suis clairement exprimé sur la nécessité de réduire puis de supprimer à terme la publicité sur les chaînes publiques pour la réserver au marché privé. Deux raisons concourent à ce choix. D'abord, la logique programmatique. On ne peut pas nier qu'une émission grand public de qualité sera programmée plus tardivement dans une économie de grille comprenant de la publicité et qu'elle pourrait l'être à meilleure heure dans une économie sans publicité. C'est la combinaison des genres et des gammes sur une grille qui amène le volume de l'audience. En 1982 déjà, Pierre Desgraupes avait théorisé et appliqué cette pratique qui fit d'Antenne 2 de l'époque le leader devant TF1.

L'autre raison tient à la logique économique : si l'on veut construire des groupes influents en Europe, si l'on veut développer le marché des nouveaux médias numériques, il faut que l'argent privé aille au privé. Mais il faut aussi que l'État garantisse un bon financement de la radiotélévision publique. Tous les partis politiques qui hurlent aujourd'hui à l'étouffement seraient plus crédibles s'ils avaient augmenté régulièrement la redevance pour la hisser aux niveaux allemand ou britannique, alors que le pouvoir d'achat offrait des marges. Alors il faut trouver d'autres solutions. La plus simple est de compléter la redevance avec des deniers publics, ce qui permettrait au gouvernement d'exiger une grande réforme de l'audiovisuel public, indispensable. Les temps de crise que vivent nos pays nécessitent que des journalistes, mais aussi des artistes, offrent sur les chaînes les perspectives qui expliquent notre temps.

Jean-Marie Cavada
Le Figaro    
 

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Published by Jean-Marie Cavada, Le Figaro - dans Culture - loisirs -Médias
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commentaires

tintin 28/10/2008 21:06

Comme d'hab, vous ne répondez pas à mes questions et vous répondez à côté. Impossibilité d'échanger un avantage par un autre, ça veut dire quoi ?

Marc d'Here 28/10/2008 23:42


C'est évident non?


tintin 28/10/2008 13:18

"Le mythe du bon service public et celui des avantages
acquis auxquels il ne faut pas toucher sont très forts chez nous...."

Vous parlez de quels avantages acquis ? Des avantages acquis des parlementaires pour lesquels on n'a d'ailleurs soigneusement gardé les régimes de retraites très spéciaux ou des soi-disant avantages acquis des fonctionnaires ? Si ce sont de ces derniers dont vous parlez, sachez que le seul avantage qu'ils ont, c'est la garantie de l'emploi (avantage inestimable par les temps qui courent, je vous l'accorde) parce que pour le reste, les avantages acquis, ce sont des légendes montées pour diviser les salariés du public et ceux du privé.

Marc d'Here 28/10/2008 13:45



La question, valable pour le privé comme pour le public, concerne l'impossibilité "d'échanger " un avantage pour un autre...C'est ce qu'on appelle le conservatisme, qui est une caractéristique de
la gauche.... traditionnelle et socialiste.



Elie Arié 27/10/2008 22:43

On peut le dire comme ça si tu veux; mais il ne sert à rien de préconiser des solutions que l'on se sait incapable de mettre à l'œuvre (voir le coût de la réforme des régimes spéciaux de retraite, et le temps qu'il faudra attendre pour qu'elle commence à générer des économies).

Marc d'Here 27/10/2008 23:39


Je ne vois pas le rapport, vraiment pas...Des économies dans le service public peuvent se réaliser très vite... Difficile de voir le moindre rapport avec les régimes spéciaux...

Je te rappelle en outre que les économies dans le service public étaient une mesure complémentaire...nécessaire, rapidement réalisable si on le décide, mais complémentaire... 


Elie Arié 27/10/2008 22:11

Je crois que "les économies à réaliser dans le service public" est en train de devenir un mythe comparable au"on va financer ça par la suppression des niches fiscales".

Il y a sans doute quelques gains de productivité à réaliser dans les services publics, mais l'expérience (y inclus sarkozyste) montre que ce n'est pas facile à réaliser, ni qu'il faille en attendre des sommes colossales.

Marc d'Here 27/10/2008 22:20


Je crois que ni dans un cas ni dans l'autre c'est un mythe. Plutôt deux réalités dont on (la presse notamment ) ne veut pas parler...Le mythe du bon  service public et celui des avantages
acquis auxquels il ne faut pas toucher  sont très forts chez nous....


Elie Arié 27/10/2008 21:46

Intéressant, mais difficile de concilier la solition préconisée in fine "compléter la redevance avec des deniers publics" avec la politique de "je serai le Président de la baisse des impôts"(campagne électorale de Sarkozy), sans tomber dans le "demander plus à l'impôt et moins au contribuable".

Marc d'Here 27/10/2008 22:02


Je pense qu' il ne faut pas compléter la redevance en demandant des efforts supplémentaires au contribuable: il faut plutôt choisir  des taxes qui ne toucheront  que les TV
privées qui bénéficieront de l'accroissement de publicité, ou les opérateurs de téléphonie...Et puis recourir aux économies du service public...Il semble qu'il y ait là un champ immense!