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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 09:43

Une chronique, incisive, de notre ami Gilbert Veyret....



Madame la Ministre.

 

Je vous écris au nom de la profession des « Agioteurs, spéculateurs on line ». En choisissant délibérément cette expression réaliste et compréhensible, au lieu de nous réfugier derrière leur traduction anglaise de brokers ou de traders, nous voulons affirmer nos valeurs qui ne sont pas seulement mobilières ; ces dernières étant plutôt en baisse.


Nous voudrions vous prouver que nous sommes, en fait, l’avant-garde  de cette société  de l’immatériel, du virtuel, enfin dégagée des vicissitudes de l’économie réelle. On l’a parfois appelé, à tort, l’économie de la connaissance, ce qui risque de décourager inutilement tous ceux qui  pensent qu’il s’agirait de culture générale, voire mathématique comme l’ont prétendu certains, alors qu’une simple connaissance  des nouvelles techniques de communication électronique, quelques aperçus sur la psychologie moutonnière des épargnants ou des opérateurs de marchés, une solide dose de culot et de résistance au stress, suffisent généralement à exceller dans nos métiers .
 

 Certes de nombreux établissements continuent à avoir des guichets par lesquels ils attirent les dépôts des clients, leur donnant ainsi la fâcheuse image de simples épiciers. Mais l’essentiel de nos métiers, ce qui nous procure nos marges, nos salaires les plus élevés, nos primes, bonus et autres stock-options, se situe ailleurs, dans un au-delà inaccessible au commun des épargnants, des dirigeants politiques et même des économistes qui ne comprennent généralement pas mieux que nous les mécanismes que nous avons enclenchés.
Car nous sommes de véritables démiurges. Nous avons commencé modestement par transformer les dépôts de nos clients en crédits à long terme. Puis nous avons inventé de nouveaux produits, de plus en plus sophistiqués dont nous ne savions plus à quels financements  réels ils correspondaient  et quels étaient les risques encourus. Nous avons titrisé nos créances et nos dettes ; nous nous les sommes refilées, comme au jeu du Mistigri, en espérant que le jeu dure assez longtemps pour que personne n’ait les mauvaises cartes en main, le jour où la supercherie apparaîtrait et que le château de cartes s’effondrerait. A chaque étape, chacun y gagnait un petit quelque chose ou quand il perdait,  il avait toute chance  de se refaire à la prochaine donne.


 
Nous sommes les véritables créateurs de valeurs puisque les produits financiers que nous inventons chaque jour, dépassent de plusieurs dizaines de fois les échanges de biens et de services que nous sommes censés financer.
 

Il ne faudrait pas que le simple incident de parcours actuel, à l’égard duquel nos principaux dirigeants se sont largement prémunis personnellement, vienne interrompre une évolution irréversible vers une société libérée des contraintes de la production et du travail, comme les révolutionnaires et les mystiques en ont longtemps rêvé.
 

Ce n’est pas un excès, mais une insuffisance de la concurrence qui a provoqué la crise actuelle. Si on avait laissé jouer l’imagination débordante des financiers, ils auraient sûrement inventé un nouveau critère pour gager la valeur des  emprunts hypothécaire  des nouveaux propriétaires immobiliers.

Par exemple, leur indice de satisfaction à l’égard de leur nouveau logement aurait dû leur valoir de nouvelles capacités d’emprunts. Plus vous êtes content des commodités de votre logement, plus vous avez peur de le perdre, plus vous augmentez vos droits à nouveaux crédits. On aurait pu ainsi gagner au moins deux ans. Comme vous pouvez le constater, ce ne sont pas les idées qui nous manquent, ce sont provisoirement les fonds.


Je voulais donc vous faire une proposition. Achever la déconnexion complète de nos activités, par nature ludiques  et virtuelles, du reste de l’économie. Les professions financières devraient réussir ce que les dirigeants d’Enron, mais aussi ceux d’Alcatel n’ont pas pu mener à bien : bâtir des entreprises profitables, sans outils de production, sur des marchés potentiels. Cela mettrait un terme aux critiques  récurrentes contre l’irrationalité des marchés, leurs phases d’euphorie candide et leurs dépressions hypocondriaques. Déconnectés des fondamentaux économiques, les cours de Bourse ne dépendraient plus que des mouvements grégaires d’opinion, par nature imprévisibles.

 

 Sans vouloir vous offenser, nous considérons que notre rattachement actuel à un ministre qui s’occupe aussi d’industrie et d’emploi est proprement anachronique. Certes, il y a  quelques années, l’annonce de licenciements collectifs avait encore des effets favorables sur la Bourse, car ils signifiaient une amélioration de la part revenant aux actionnaires.
Mais dans le climat de sinistrose actuel, entretenu par des médias qui nous jalousent, les investisseurs et les épargnants risquent d’établir un lien artificiel entre le mauvais état de la Bourse et la mauvaise santé économique. Cela nuît gravement aux placements financiers, alors qu’ils devraient représenter la part de rêve, le côté ludique qui plait tant à nos concitoyens, faute d’espérances plus rationnelles.
 

Nous demandons donc notre rattachement à un ministère qui regrouperait la tutelle du PMU, des Casinos, de la Française des jeux et des jeux en ligne. Bien entendu, il faudrait maintenir une ligne directe avec le ministère du budget, car nous ne sommes pas à l’abri d’un accident de parcours qui nous amènerait à recourir à nouveau à l’aide publique, sans pour autant cesser de vitupérer contre son interventionnisme tatillon qui brime notre inventivité.


Je profite de l’occasion pour vous adresser une invitation à notre grande réception donnée au Casino  de Monte Carlo, afin de redonner confiance aux épargnants et autres joueurs en montrant que pendant la crise, la fête continue. Puisque nous devons faire des économies de gestion, cela nous dispensera du timbre  de l’affranchissement.


Je vous serais obligé d’ajouter le coût de cette manifestation, 200.000 €, au montant de l’aide que vous allez devoir nous accorder pour reconstituer nos fonds propres, car chacun sait qu’en économie, comme en politique, seules les dépenses de communication ont une efficacité mesurée.

Dans l’attente, je vous prie d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma considération parfaitement intéressée.

                                                                                              B. de Nuncigen

 

 

 

  

PS.  Je demande aussi l’interdiction des derniers livres de Maurice Allais, prix Nobel d’économie (1988) qui passait pour un grand libéral, alors qu’il était sûrement d’inspiration marxiste quand il osait écrire !

 

« Ce qui est pour le moins affligeant, c’est que les grandes institutions internationales sont bien plus préoccupées par les pertes des spéculateurs (indûment qualifiés d’investisseurs) que par le chômage et la misère suscitées par cette spéculation.

 

…Les partisans de cette doctrine, de ce nouvel intégrisme étaient devenus aussi dogmatiques que les partisans du communisme, avant son effondrement définitif avec la chute du mur de Berlin en 1989.

Pour eux, l’application de cette doctrine libre échangiste mondialiste s’imposait à tous les pays, si des difficultés se présentaient dans cette application, elles ne pouvaient être que temporaires et transitoires. »

Maurice Allais

« La crise mondiale aujourd’hui »

Ed. Clément Juglar  1999

Gilbert Veyret

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Published by Gilbert Veyret - dans Chroniques
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commentaires

Elie Arié 18/10/2008 14:40

Et bien, je continue à maintenir, comme John Kenneth Galbraight, que non seulement les crises sont consubstantielles au capitalisme, mais que le nier n'est pas un signe d'intelligence (et que la censure ne résoud pas la question..):

http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/10/18/les-imbeciles-sont-tot-ou-tard-separes-de-leur-argent-par-john-kenneth-galbraith_1108472_3232.html

Marc d'Here 18/10/2008 20:24



Oui les crises sont consubstancielles au capitalisme... Oui, et on est évidemment tous d'accord là dessus....

Ce n'est évidemment pas le sujet.



ascensi 18/10/2008 12:45

Qui plus est, il ne faudrait pas jeter complétement l'eau du bain capitaliste (à cause de ses seules bulles). La bulle internet par exemple était compréhensible, toute déraisonnable qu'elle aie pu être, puisqu'elle s'était déployée sur une espérance liée à l'an 2000 et aux développement de nouvelles technologies. Ce qui est condamnable ce sont les éléments spéculatifs qui alimentent et contribuent à faire enfler une bulle de manière exponentielle générant, par effet de levier, des gains ou des pertes considérables. On imagine ce qu'aurait été le développement des chemins de fer transposé à l'ère des produits dérivés financiers. La bulle en soi est souvent inévitable dans la mesure où chacun de nous peut en être co-responsable (en cédant à une mode par exemple). Mais je ne doute pas qu'Elie soit très vigilant, dans son quotidien, à ne pas aggraver des phénomènes de ce type.

Elie Arié 18/10/2008 11:11

Marc: je n'ai pas parlé de sa "nocivité" ni porté de jugement de valeur, mais constaté son mode de fonctionnement par bulles successives et constantes.
Merci de ne pas déformer mes propos et de ne pas censurer cette rectification.

Marc d'Here 18/10/2008 20:21


Bien sûr, bien sûr....


Elie Arié 18/10/2008 02:12

Je n'en ai extrait que ce bref passage, car les solutions d' Alain Badiou, qui est un philosophe, me semblent très utopiques.

Mais il est difficile de nier que la spéculation financière disproportionnée avec l'état de la production de l'économie n'est pas consubstantielle au capitalisme: sans remonter à Law, à la rue Quincampoix, ni même à 1929, la création puis l'explosion de "bulles", s'il ne s'agit que d'anomalies, sont tout de même des anomalies d'une régularité impressionnante...

Marc d'Here 18/10/2008 11:01


Pas de surprise, Elie cherche toujours à nous persuader de  la nocivité intrinsèque du capitalisme...allant effectivement chercher même ses références chez Alain Badiou!...Il ne va
pas jusqu'à nous proposer un système de remplacement. 

Cela dit, il est évident que le capitalisme doit évoluer, fortement se réformer, tirer les leçons de cette très grave crise...Nicolas Sarkozy fait tous ses efforts en ce sens et on peut penser
qu'il sera largement suivi. Que cette crise serve au moins à cette refondation...


ascensi 17/10/2008 21:11

Merci Elie pour ce copié collé d'un article d'opinion d'un écrivain dans le journal "le Monde". Un poil engagé quand même :-))

Elie Arié 17/10/2008 17:38

Article très amusant, mais...

On a souvent parlé ces dernières semaines de "l'économie réelle" (la production des biens). On lui a opposé l'économie irréelle (la spéculation) d'où venait tout le mal, vu que ses agents étaient devenus "irresponsables", "irrationnels", et "prédateurs". Cette distinction est évidemment absurde. Le capitalisme financier est depuis cinq siècles une pièce majeure du capitalisme en général.
Il n'y a rien de plus "réel" dans la soute de la production capitaliste que dans son étage marchand ou son compartiment spéculatif. Le retour au réel ne saurait être le mouvement qui conduit de la mauvaise spéculation "irrationnelle" à la saine production.

ascensi 17/10/2008 12:23

Excellent mais j'ai du mal à lire : la police ou les paragraphes sont trop serrés. Je demande intervention du webmaster !