Dimanche 12 octobre 2008
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Marc de Scitivaux avait publié le 21 septembre dernier dans le JDD (et je l'avais repris sur ce blog) un article
intitulé "la crise financièr est finie"....!.....Il y revient aujourd'hui, toujours dans le JDD...
Par Marc de SCITIVAUX
Pour Le Journal du Dimanche du 12 octobre 2008
Les politiques ont beau multiplier les annonces, les bourses financières plongent chaque jour un peu plus. L'économiste Marc de Scitivaux analyse
pour le JDD l'effet de l'adoption retardée du plan Paulson. Maintenant que le congrès a voté la loi, l'heure est à l'espoir, tant aux Etats-Unis qu'en Europe. Mais les marchés sont encore dominés
par une "exubérance" irrationnelle.
Dans le JDD du 21 septembre, je disais: "Aujourd'hui, on peut considérer que la crise financière est terminée. Cela n'empêchera pas d'autres organismes financiers de connaître des problèmes
dans les mois à venir. Mais ceux-ci seront réglés sans la psychose de fin du monde que nous avons connue cette semaine." Et puis, patatras, l'élément inattendu se produit: le plan Paulson
est rejeté et même si, quatre jours après, il est adopté, il aura suffi de ces quatre jours pour que non seulement la psychose de fin du monde se renforce, mais aussi qu'elle se répande sur la
planète financière. Avec trois manifestations brutales: les banques ne veulent plus prêter aux banques (c'était déjà le cas, mais la situation s'aggrave très fortement); les particuliers
commencent à vouloir retirer leur dépôt; les investisseurs veulent vendre leurs actions. A part ce fabuleux contre-pied qui permet de se rappeler que les Etats-Unis sont une vraie démocratie avec
les avantages et les faiblesses d'un tel régime, doit-on changer le fond du raisonnement? Non.
Je disais qu'"il fallait enrayer une mécanique infernale qui transforme des pertes virtuelles (purement comptables tant que les actifs ne sont pas vendus) en sinistres réels à cause des
règles de comptabilité et de notation". Est-ce que le plan Tarp (Troubled Asset Relief Program), nom officiel du plan Paulson, le permet? Oui. Est-ce que son application permettra de mettre
fin à la spirale mortifère: baisse des prix, provisions, baisse des prix, etc.? Encore oui. Est-ce que cela permettra même à certaines banques des reprises de provisions? Toujours oui. Est-ce
qu'en attendant son application les autorités américaines ont mis en oeuvre des mesures pour permettre le bon fonctionnement du système financier? Définitivement oui. Lesquelles?
Premièrement, le Trésor américain augmente sans limites le montant des bons du Trésor mis à la disposition de la Réserve fédérale (FED). Il peut d'autant le faire que le monde se rue pour lui
prêter, avec des taux à trois mois de 0,5%!
Deuxièmement, avec ces bons du Trésor, la FED refinance toutes les banques qui ont besoin de liquidités (le 8 octobre, elle a ainsi mis à la disposition des banques américaines 138 milliards de
dollars pour quatre-vingt-cinq jours au taux annuel de 1,39%).
Troisièmement, elle a créé, toujours le 8 octobre, un Commercial Paper Funding Facility pour financer les emprunts courts que les entreprises émettaient elles-mêmes et qui ne trouvaient pas
d'acquéreurs. En termes simples, la finance américaine est entre des mains aux ressources illimitées et qui ne tremblent pas. Je dirais même, au risque de paraître paradoxal, que la panique a
conduit les autorités à renforcer leur soutien à un tel niveau que cela devrait accélérer le moment de sortie de crise...
En Europe maintenant? Les mains sont moins fortes, moins coordonnées, le lien entre gouvernements et Banque centrale (la BCE) infiniment moins symbiotique mais le pas principal a été franchi. Les
Etats garantiront le système bancaire. Il n'y aura pas donc de fin du monde, même s'il faudra du temps pour retrouver la santé économique, surtout en zone Euro.
Alors, pourquoi les marchés paniquent? Parce que c'est leur nature de passer de l'"exubérance" irrationnelle à la hausse (qui les faisait acheter le pétrole à 145 dollars en juillet
parce que "juré craché" il va monter jusqu'à 200 dollars, alors qu'il valait moins de 80 dollars vendredi) à la panique à la baisse tout aussi irrationnelle. Quand on a du sang-froid, on
s'appelle Warren Buffett, on achète quand tout le monde vend et ce n'est peut-être pas le fruit du hasard si on est l'homme le plus riche du monde.
Marc de Scitivaux
Le Journal du Dimanche du 12 octobre 2008
Par Marc de Scitivaux, Le Journal du Dimanche
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Publié dans : Economie et social
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