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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 16:30

Le Figaro du 06 10 publie en avant-première les meilleurs extraits de l'ouvrage de Nicolas Baverez. Dans «En route vers l'inconnu», qui paraît jeudi 9 octobre, l'économiste se livre à une analyse prospective des mutations du monde actuel. Nous quittons la domination de l'Occident pour entrer dans un monde multipolaire, aux contours flous et incertains.

 

Les clivages se multiplient sur la planète

 

L'histoire du XXe siècle a été structurée par le conflit, au sein du monde occidental, entre la nation et les empires, la démocratie et les totalitarismes. Il a été tranché par les États-Unis, qui sont sortis vainqueurs des trois guerres mondiales, dont la dernière s'est achevée en 1989. La configuration du XXIe siècle est plus complexe et mouvante. À tel point qu'il n'est plus exclu depuis 2007 que les tendances centrifuges et le chaos l'emportent. Le sommaire des clivages qui fracturent la planète est édifiant : religieux et culturels entre une partie du monde islamique et l'Occident ; historiques entre un Nord en déclin relatif et un Sud en phase de rattrapage accéléré ; politiques entre les démocraties et les États de droit d'une part, la floraison des régimes récusant le pluralisme et la liberté individuelle d'autre part ; idéologiques entre les tenants de la société ouverte et les thuriféraires de la nation comme forme politique indépassable ; institutionnels avec la double quête des formes permettant d'assurer la cohésion de nations de plus en plus diverses, de constructions multinationales et de forums multilatéraux ; économiques entre le choix du risque ou le primat accordé à la stabilité, la régulation par le marché ou par l'État ; écologiques entre la dynamique de la croissance à tout prix et celle d'un développement durable.

 

Le capitalisme mondial touché en plein cœur

 

Aujourd'hui, les idées démocratiques reculent, déniées par le fanatisme religieux ou par les dictatures, mises en échec par des coups d'État comme en Thaïlande et en Birmanie ou des guerres civiles comme en Côte d'Ivoire et au Liban, contestées par le néocastrisme qui s'incarne dans le Venezuela d'Hugo Chavez en Amérique latine. Liberté politique et liberté économique entretiennent une relation de plus en plus distendue et asymétrique, dont témoignent les Jeux olympiques de Pékin, aussi parfaits sur le plan de l'organisation qu'inquiétants sur le plan des droits de l'homme.

Les nations libres ne sont pas épargnées par ce mouvement. Les menaces terroristes alimentent la peur, qui encourage les pulsions sécuritaires, les mouvements xénophobes et populistes. Le déclin relatif de l'Occident face au rattrapage économique des pays du Sud déstabilise les classes moyennes, nourrit les pressions protectionnistes et déchaîne les fantasmes d'un nouveau péril jaune qui se cristallise autour de la Chine. Les États-Unis sont très représentatifs de cette évolution, où la stratégie néoconservatrice de guerre contre la terreur a débouché sur un échec politique en Irak et militaire en Afghanistan, une économie en récession, un État de droit et des valeurs affaiblis, par la création du camp de Guantanamo, la légalisation de la torture, les enlèvements et les centres de détention clandestins, la systématisation de l'espionnage et de la surveillance des citoyens en dehors de tout contrôle judiciaire. La crispation impérialiste et militariste qui a succédé aux attentats du 11 septembre 2001 a accéléré le basculement d'une suprématie absolue de l'Amérique vers une suprématie relative, ce qui aiguise l'inquiétude et les frustrations de la population, nourrit les tentations sécuritaires, protectionnistes et isolationnistes.

La crise économique née en 2007 avec les subprimes touche le cœur du capitalisme mondialisé, dont elle remet en cause le développement et la régulation. Elle est née aux États-Unis, au centre du système d'échange et non pas à ses marges. Elle possède une dimension planétaire et non régionale ou nationale, contrairement à la crise asiatique de 1997 ou aux krachs de la Russie et de l'Argentine en 1998 et 2001. Elle a pour vecteur premier la finance, avant-garde de l'interconnexion et de l'innovation propres à la société ouverte. Sa nouveauté réside dans la combinaison de quatre secousses majeures : un effondrement du crédit sous l'effet de la déconfiture des banques ; un krach immobilier ; une chute larvée des marchés financiers ; enfin un choc pétrolier et alimentaire qui entraîne le retour en force de l'inflation. Elle n'en est qu'à ses débuts et défie les instruments de la politique économique qui paraissent impuissants à la maîtriser. Toutes ces raisons convergent pour en faire le choc le plus dangereux depuis la grande déflation des années 1930, plaçant la mondialisation en apesanteur.

Sous la crise financière née en 2007 pointe la fin d'un cycle et d'un modèle économiques. Fin du cycle de la baisse conjuguée de l'inflation et des taux d'intérêt, qui a volé en éclats avec l'éclatement de la bulle spéculative sur le crédit ainsi que le choc pétrolier et alimentaire. Fin du modèle économique juxtaposant des nations consommant à crédit pour importer massivement, tels les États-Unis, le Royaume-Uni ou l'Espagne, et des nations épargnant et investissant massivement pour renforcer la compétitivité d'un appareil de pro­duction tourné vers l'exportation, tels l'Allemagne, la Chine, le Japon ou la Corée. Avec à la clé des déséquilibres majeurs des échanges et des paiements mondiaux, qui se cristallisent autour de la dévaluation compétitive du dollar, de la sous-évaluation des monnaies qui lui sont liées et, à l'inverse, de la surévaluation de l'euro.

Après l'euphorie des années qui succédèrent à la chute du mur de Berlin, la mondialisation a été rattrapée par la violence hyperbolique en 2001, puis par l'éclatement en chaîne des bulles spéculatives qui déstabilisent en profondeur la norme libérale de fonctionnement du capitalisme qui émergea à partir des an­nées 1980. Les chocs géopolitiques et économiques s'enchaînent de plus en plus rapidement, créant la surprise et instaurant une incertitude radicale. Ils soulignent l'impréparation des na­tions libres et la faiblesse des institutions po­litiques qui ren­­­­forcent les risques qui pèsent sur la planète et démultiplient les peurs au sein des peuples.

 

L'Occident menacé

 

La violence prolifère et se radicalise avec le durcissement des conflits de valeurs et de cultures (…). Dans le domaine géopolitique également, le XXIe siècle s'ouvre sous le signe du recul de l'Occident face aux puissances émergentes, du déclin du leadership des États-Unis, de la remise en question du monopole des États dans l'exercice de la violence et la conduite de l'action internationale. La menace soviétique a disparu pour laisser la place à de multiples risques. Risques classiques liés aux conflits de puissance, notamment en Asie vers laquelle bascule le cœur de l'économie et de la géopolitique mondiales, ou le regain des impérialismes, notamment au sein d'une Russie qui fonde son retour en force sur la fusion de l'État, des services de sécurité et des monopoles de l'énergie ou des matières premières. Risques asymétriques, découlant du terrorisme, de la prolifération des vecteurs et des armes de destruction massive, des États effondrés et de la multiplication des zones grises, telles les régions tribales du Pakistan.

Ainsi émerge une configuration inédite depuis le XVIe siècle, caractérisée par un monde multipolaire, très hétérogène et instable, dominé par la remise en cause du monopole de l'Occident sur l'histoire et les valeurs de l'humanité. Qu'il s'agisse du fonctionnement de la démocratie, de l'économie ouverte ou de la stratégie, la mondialisation est entrée en terre inconnue. Et les États, les institutions et les instruments traditionnels de la politique semblent impuissants face aux crises et aux risques qu'elle génère.

Aucune nation, pas même les États-Unis, ne dispose de la taille et de la puissance requises pour résoudre seule les problèmes de la planète. Les temps et les modes d'organisation politique se télescopent et s'entrechoquent. Temps réel de l'économie et des technologies, temps long de la démographie et des mentalités. Monde ouvert mêlant le premier ensemble multinational fondé sur la paix et la liberté en Europe, la poursuite de la défense de leur leadership mondial par les États-Unis, l'affirmation des volontés de puissance des géants émergents (Chine, Inde, Brésil, Russie), les stratégies de déstabilisation de l'Iran ou du Venezuela. En bref, face à l'universalité du marché et des technologies, face à l'intrication des échanges et des sociétés, face aux risques et aux chocs globaux de la société ouverte, la politique de ce début de XXIe siècle reste pour l'essentiel engoncée dans le cadre des nations et cantonnée aux institutions multilatérales de Bretton Woods qui furent façonnées par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale.

Un XXIe siècle hétérogène et volatil

Hétérogène et volatil, le monde du XXIe siècle est en quête de stabilité. Au plan géopolitique, la diplomatie transformationnelle, visant à exporter la démocratie et le marché par la force armée, s'est achevée par de sanglants échecs. Les démocraties se sont trouvées en contradiction avec leurs valeurs tandis que les ennemis de la liberté ont bénéficié d'immenses marges de manœuvre (…). D'où l'importance pour les différents pôles de la mondialisation de se doter d'institutions permettant de désarmer les conflits nationaux ou économiques, de multiplier les zones de libre-échange et d'ouvrir les sociétés, à l'image de l'Union européenne, de l'ASEAN ou du Mercosur, et peut-être demain d'un grand marché transatlantique. D'où l'urgence de rompre avec l'illusion d'une autorégulation des marchés pour réfléchir aux instruments de politiques contra cycliques, pour redéfinir les normes juridiques, financières et comptables du capitalisme mondialisé, pour prévenir et sanctionner les comportements contraires à l'éthique. Pour autant, il serait illusoire et dangereux de chercher à éradiquer toute forme d'instabilité, dès lors qu'elle est une des conditions de la liberté et du développement économique - indissociable de la prise de risque.

 

La fin de plusieurs cycles

 

Le début du XXIe siècle marque la fin de plusieurs cycles historiques longs : le cycle historique de la do­mi­nation absolue du monde par l'Occident ou­vert au XVIe siècle ; le cycle intellectuel des Lumières, inau­guré au XVIIIe siècle et ca­ractérisé par la séparation entre le contrat social régissant la vie intérieure des nations et la jungle des relations internationales ainsi que par le monopole de la forme politique de l'État ; le cycle économique d'un capitalisme organisé autour de la domination d'un centre. L'humanité entre ainsi dans l'âge d'une histoire universelle. Partagée par tous les hommes, celle-ci ne sera pas forcément pacifique et prospère, heureuse et tranquille. Le destin du siècle dépendra largement de la volonté, de la lucidité et de la sagesse des nations et des peuples libres.

Nicolas Baverez
© Perrin, 2008

«En route vers l'inconnu», Perrin, 190 p., 13,80 €

Extraits publiés par Le Figaro du 06 10

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Published by Nicolas Baverez, extraits de son dernier ouvrage, publiés par le Figaro - dans Economie et social
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marc d Here 11/10/2008 21:39

Nicolas Sarkozy, président en exercice du Conseil européen, réunit dimanche à Paris les 15 Etats membres de la zone euro.

Il a précisé samedi qu'il recevrait quelques heures auparavant le Premier ministre britannique Gordon Brown, dont le pays n'a pas adopté l'euro.

L'Eurogroupe devrait s'inspirer du plan de sauvetage britannique, qui prévoit notamment une nationalisation partielle des banques en difficulté.

Depuis la réunion du G4 il y a une semaine, Mme Merkel, qui voulait traiter les problèmes des banques au cas par cas, a semble-t-il assoupli sa position, évoquant samedi une "réaction concertée et cohérente" des Européens.

Source AFP

Les 2 dirigeants se sont aussi félicités de la volonté de coopération internationale de Bush...

marc d Here 11/10/2008 08:32

Le Groupe des Sept (G7) pays les plus industrialisés a publié hier à Washington un "plan d'action" en cinq points pour faire face à la crise financière internationale, dans lequel ses membres s'engagent à empêcher toute faillite de banque importante. "Le G7 a convenu aujourd'hui que la situation actuelle appelle une action urgente et exceptionnelle", indique un communiqué publié au nom du G7 par le Trésor américain. "Nous nous engageons à continuer à travailler ensemble pour stabiliser les marchés financiers et restaurer le flot du crédit pour soutenir la croissance économique mondiale", ajoute le texte. Nous sommes d'accord pour "prendre des mesures décisives et utiliser tous les outils à notre disposition pour soutenir les institutions financières d'importance systémique (c'est-à-dire dont la chute entraînerait d'autres faillites en cascade, ndlr) et empêcher qu'elles ne fassent faillite". Le G7 s'engage aussi a prendre "toutes les mesures nécessaires pour débloquer le crédit et les marchés monétaires afin d'assurer que les banques et les institutions financières aient un accès large aux liquidités et aux capitaux". Avec la réunion dimanche à Paris des pays de l'Eurogroupe, il semble que tout le monde convienne aujourd'hui de la nécessité de décisions communes ou coordonnées. Cela a toujours été la volonté de la France, dommage que les E.U. la Grande Bretagne et l'Allemagne aient trainé les pieds...Ce week end peut être décisif.