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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 20:02

Propos recueillis par Anne Jouan
 Le Figaro du 02/10/2008 |
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INTERVIEW - Dans un entretien au «Figaro», Jacques Lesourne, coauteur d'un livre sur la recherche, porte un jugement critique sur le système français.

Mieux rémunérer les meilleurs chercheurs, quitte à réduire leurs effectifs dans le public pour améliorer l'attractivité des carrières de recherche. C'est la proposition - qui risque de ne pas plaire à tout le monde - de Jacques Lesourne, membre de l'académie des technologies et président du comité de direction de Futuris (le think-tank sur le système français de recherche de l'Association nationale de la recherche et de la technologie, l'ANRT). Avec Denis Randet, délégué général de l'ANRT, il vient de publier un ouvrage  sur le sujet (1) qui compare quatre grands pays, l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud. Les deux auteurs déplorent, entre autres, que la dépense de recherche des entreprises françaises stagne depuis des années, en proportion du PIB, au niveau de 1,2 %. Soit un niveau très inférieur à l'objectif européen de 2 % énoncé en 2002.

LE FIGARO. - Qu'est-ce qui ne va pas aujourd'hui dans la recherche française ?
Jacques LESOURNE. - D'abord, il n'existe pas de pilotage des grands choix politiques français. Pour Iter, par exemple, il n'y a pas eu de débat. Or bon nombre de scientifiques disent qu'ils ne savent pas si la fusion nucléaire produira de l'énergie un jour. Autre problème, notre université ne marche pas très bien : il en existe quelques excellentes (à Orsay, Toulouse ou Strasbourg par exemple) et d'autres plus petites qui n'ont pas en recherche la taille critique ou des équipes suffisamment aguerries, sauf quand elles ont la chance d'avoir des individualités brillantes. Dernier point, notre système a vieilli même s'il y a de bonnes choses dans les organismes de recherche. Les relations public-privé (au sens large puisque j'y inclus EDF) constituent une vieille cassure bien française, or il est important que l'argent mais également les chercheurs circulent bien entre les deux.

Y a-t-il trop de chercheurs en France ?
Notre problème est le suivant : certes, la taille du secteur public, compte tenu de la diversité de ses objectifs (physique fondamentale, nucléaire, espace, etc.), doit être maintenue. Certains pensent qu'il faut augmenter le recrutement des chercheurs publics en raison notamment des départs à la retraite. Mais si l'on veut que les chercheurs soient mieux payés, si l'on souhaite garder les meilleurs chez nous voire attirer les meilleurs de l'étranger, il n'est pas possible d'augmenter leur nombre dans le secteur public. Et je pense qu'il y a environ 10 % de chercheurs en trop dans le public. Par ailleurs, l'idée que l'on est chercheur à vie est néfaste. Certes, c'est le cas de certains mais il s'agit de grandes personnalités scientifiques. Il faut admettre qu'il existe aussi des gens qui ne peuvent pas chercher toute leur vie. Ceux-là ne sont plus à la pointe, ne publient plus. Il ne faut pas faire avec les chercheurs ce que l'on fait avec les fonctionnaires du ministère des Finances ! Certains perdent la foi, s'ennuient, font des travaux dans des secteurs marginaux. En résumé, ils s'encroûtent.

Faudrait-il alors les payer au mérite ?
C'est une question importante. Il faudrait en tout cas une plus grande différenciation des rémunérations en fonction de la qualité des travaux réalisés pour que les meilleurs puissent rester en France. Ceci permettrait d'augmenter les salaires afin que la France offre des rémunérations équivalentes à celles pratiquées à l'international. Rémunérer au mérite, ne veut pas dire que l'on va distribuer des primes en fonction du nombre de publications. Les chercheurs ne sont pas des ouvriers dont on compte à la fin de la journée le nombre de pièces réalisées par poste de travail ! Mais il n'est pas normal qu'un chercheur qui n'a pas publié depuis trente ans gagne pratiquement la même chose qu'un confrère qui publie chaque année. Certains sont des fruits secs qui se retrouvent avec la même rémunération que des chercheurs mondialement connus. C'est inadmissible.

Le doctorat est-il encore un diplôme international ?
Bien sûr ! Mais l'on sait pertinemment qu'une thèse obtenue à Harvard ne vaut pas la même chose qu'une thèse soutenue dans une université du fond de l'Arkansas ! Par ailleurs, il serait temps d'admettre qu'il n'est plus souhaitable que toutes les universités délivrent le doctorat. Certaines devraient s'arrêter à la licence. L'université ne doit pas chercher à former exclusivement des bac + 5 ou des bac + 8, elle doit également avoir pour mission de bien s'occuper des étudiants qui vont s'arrêter à bac + 3.

Tous les chercheurs doivent-ils faire de la recherche fondamentale ?
Trop de gens en France s'abritent sous cette bannière. Or, la recherche fondamentale ne peut être que le lot d'une élite brillante capable de penser elle-même les problèmes. La liberté totale est faite pour les étoiles, pas pour les moins bons. La majorité des chercheurs est là pour faire des travaux plus orientés car quand on dépense l'argent du contribuable, il faut être en mesure de fournir des réponses. Travailler dans le public ne signifie pas bénéficier d'un chèque en blanc. Si ces chercheurs sont des «génies», alors oui, qu'eux et leurs équipes fassent de la recherche fondamentale en toute liberté. Mais s'il s'agit de gens qui s'éteignent en cours de route, il faut qu'ils aient d'autres débouchés.

(1) «La Recherche et l'Innovation en France» (Odile Jacob).

Jacques Lesourne interrogé par Anne Jouan, Le Figaro du 02 10 08

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Published by Jacque Lesourne interrogé par Anne Jouan,Le Figaro - dans Education - recherche
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commentaires

marc d Here 08/10/2008 11:29

Les réflexions de J. Lesourne sur la recherche me semblent tout à fait pertinentes (même si je n'y connais pas grand chose). Dire notamment, qu'être chercheur à vie (et fonctionnaire)n'a pas beaucoup de sens, et qu'on devrait être rémunéré d'une manière ou d'une autre en fonction de ses résultats, paraît assez juste.