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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 15:31

Par Luc Bronner, Le Monde daté du 20 06

Les anciens de la politique de la ville n'en reviennent pas. Les grandes entreprises françaises font preuve d'un intérêt inédit pour les quartiers difficiles. Pas une semaine, ou presque, ne passe sans qu'une société lance une opération de recrutement dans les cités ou en direction des habitants des zones urbaines sensibles (ZUS). Avec une différence de taille par rapport aux années précédentes : les entreprises n'investissent pas la banlieue en vendant leur dimension "citoyenne" ou "solidaire", mais pour des motifs purement économiques.

La banlieue, nouvel eldorado à défricher pour les responsables des ressources humaines ? Confrontées à des difficultés de recrutement dans certains secteurs, les entreprises considèrent les habitants des quartiers comme un vivier trop peu exploité. "Je n'ai jamais vu de mouvement équivalent dans le passé, se félicite Karim Zéribi, conseiller égalité des chances à la SNCF et président d'APC-recrutement, un cabinet spécialisé sur les questions de diversité. En décembre 2005, c'est nous qui devions appeler les entreprises. Aujourd'hui, on croule sous les demandes de sociétés qui nous appellent et veulent nous rencontrer."

L'accueil positif réservé par les entreprises au plan "Espoir banlieue", porté par Fadela Amara, la secrétaire d'Etat à la politique de la ville, témoigne du changement de perspective. Une cinquantaine de sociétés, comme Carrefour, Eiffage, PSA ou Renault, se sont engagées à recruter dans les ZUS. Leurs promesses d'embauches représentent 12 000 postes pour 2008. "Les entreprises ont compris qu'en investissant dans les quartiers, elles accomplissent un acte de gestion, pas un acte d'aumône", commente l'entourage de Fadela Amara, qui vise 100 000 contrats (CDI, CDD, stages, alternance) d'ici à trois ans.

Avec un taux de chômage de 7,2 % en métropole, le plus faible depuis vingt-cinq ans, et des départs à la retraite importants dans les prochaines années, les entreprises n'ont, en réalité, pas le choix. "Compte tenu de la pyramide des âges, le marché de l'emploi est extrêmement tendu. Nous avons besoin de diversifier les sources de recrutement à tous les niveaux : diplômes, âge, sexe, minorités visibles", explique Serge Morelli, directeur des ressources humaines (DRH) d'Axa France, qui prévoit de réaliser 2 000 à 2 500 embauches par an. Formellement, la compagnie d'assurances s'est engagée à recruter 150 personnes dans le cadre du plan banlieue. Mais cet objectif devrait être dépassé, grâce notamment au recours systématique aux missions locales.

Le raisonnement est similaire chez BNP Paribas, qui doit recruter 5 000 nouveaux collaborateurs par an en France. "Pour faire face à ces besoins, il est nécessaire d'être ouvert à toutes les compétences, car nous sommes sur un marché très concurrentiel", explique Bénédicte Monneron, responsable du recrutement du groupe, qui a progressivement mis en place, depuis trois ans, une série de dispositifs "structurels" pour diversifier les recrutements. "La guerre des talents concerne tous les profils et tous les niveaux d'études et ne vaut pas seulement pour quelques cadres sortis des grandes écoles, ajoute Mme Monneron. Nous cherchons les meilleurs, les plus compétents - pas seulement quelques stéréotypes, qui correspondent à des standards dépassés."

Ce souci d'élargissement des viviers concerne en premier lieu les métiers, comme le BTP, qui ne parviennent pas à pourvoir tous les postes. Mais, signe intéressant, le mouvement touche aussi des secteurs pour lesquels la situation est moins tendue. Des grandes entreprises cherchent ainsi à faire évoluer leur encadrement. Le cabinet de conseil Accenture a, par exemple, annoncé le recrutement de 450 cadres (bac + 2, bac + 5), en CDI, issus des ZUS, soit 10 % environ du total de ses embauches en France dans les trois prochaines années. "Nous avons structurellement besoin d'aller chercher des talents. Aller dans les ZUS permet d'accroître le bassin naturel de nos recrutements", explique Christian Nibourel, président d'Accenture France, signataire du plan "Espoir banlieue" le 15 mai.

Certaines entreprises vont plus loin et mettent en avant la "diversité" comme facteur d'innovation. "Dans le contexte économique actuel, nous devons être capables de comprendre le monde. Si on sort tous des mêmes classes prépas et des mêmes grandes écoles, on aura du mal, souligne Etienne Boyer, directeur du développement et de l'emploi du groupe Areva (nucléaire). Si cela a un effet social positif, tant mieux. Mais nous répondons d'abord à une logique de business, de marché." Une démarche qui correspond à l'intérêt bien compris du groupe : dans un contexte où le secteur industriel est perçu comme moribond, l'entreprise veut pouvoir attirer un maximum de candidats et sélectionner les meilleurs.

Les entreprises assument aussi le fait de chercher à ressembler à leurs clientèles - ce qui explique qu'elles devraient rapidement dépasser les pouvoirs publics bloqués par le recrutement sur concours. L'Oréal insiste ainsi en premier lieu sur la "créativité" attendue de la diversité. "Mais l'entreprise veut aussi être le reflet de la société. Dans la rue, il n'y a pas que des femmes blanches, jeunes, blondes", explique Jean-Claude Le Grand, directeur diversité du groupe, qui a fixé un objectif de recrutement de 12 % de ses cadres dans les ZUS en 2008.

Chez Axa France, on souligne aussi que cette dimension ne constitue pas le premier objectif. "Le fait d'attaquer des réseaux de contact que nous n'avons pas et d'avoir des collaborateurs qui ressemblent à la société française est aussi un élément important", note le DRH de l'entreprise, Serge Morelli.

Les travaux de l'Institut Montaigne sur la Charte de la diversité, lancée en 2004 et aujourd'hui signée par près de 1 500 entreprises, avaient préparé le terrain. "A l'époque, on était seulement sur une pétition de principe, analyse Yazid Sabeg, président de la Compagnie des signaux, rédacteur de la Charte. Mais, aujourd'hui, les entreprises sont directement confrontées au sujet. Par la mondialisation : n'oublions pas que la France exporte le quart de ce qu'elle produit. Et parce que la population française est marquée par les apports de l'immigration, au point que 25 % à 30 % des 10-25 ans sont d'ascendance étrangère."

Cette évolution ne signifie pas que toutes les difficultés sont levées. D'abord, parce que le retard accumulé est considérable, avec un taux de chômage double dans les ZUS par rapport au reste du territoire (jusqu'à 40 % pour les moins de 25 ans). Ensuite, parce qu'il est difficile de savoir si les PME, qui demeurent les principaux employeurs, suivent le mouvement. Enfin, parce que les entreprises se heurtent à l'insuffisance de qualification des candidats issus des ZUS. "La situation ne se réglera pas du jour au lendemain, note Karim Zéribi. Mais il y a eu une vraie prise de conscience du monde de l'entreprise sur son intérêt à aller sur de nouveaux territoires."

Luc Bronner
Edition du Monde datée du 20 06

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Published by Luc Bronner, Le Monde - dans Ville et banlieue
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commentaires

Boycott fin ! 10/10/2008 12:15

Ultime commentaire.

Un peu tardive la réaction de ces entreprises, quand on sait que le top management des entreprises atterrit depuis de nombreuses années en banlieue (le célèbre aérodrome du Bourget) justement grâce aux petits Falcons et autres avions d'affaires.

Donc trente ans, pour s'apercevoir que la misère existe en France loin du 7e arrondissement et de la place de la Concorde.

Pas très glorieux, donc !

BOYCOTT 09/10/2008 13:52

Je ne vous évoque aucunement la trajectoire d'une personne en particulier, mais un ensemble de personnes que je connais très bien.

Enfin, j'espère que vous aurez compris que les entreprises s'amusent avec cette stratégie "banlieue", une sorte de charité bien intéressée (aucune générosité, en réalité).

Je connais bien certaines directions générales de RH, je doute sérieusement de leurs compétences à décrypter une réalité.

Aujourd'hui, la stratégie "banlieue", demain la stratégie "campagne", et après-demain, la stratégie "montagne", et quoi d'autre encore...

L'article du Monde sert en tout cas bien la "soupe" à ces stratégies fallacieuses. Mais au Siècle désuet ne doivent-ils peut-être pas parler la même novlange !

marc d Here 09/10/2008 12:09

Je vous trouve bien sévère et je ne pense pas que les expériences de quelques uns puissent être généralisées.
Certes personne n'ignore que la situation de l'emploi est plus difficile pour des habitants de banlieue, mais un effort réel est fait, notamment par le ministère de Fadela Amara dont je me demande pourquoi vous exprimez un tel mépris pour sa personne, qui me paraît mériter aucun qu'une autre le respect.

Sur ce point particulier elle fait des efforts pour faciliter l'embauche de personnes résidant en banlieues et des dizaines de grandes entreprises ont pris des engagements.

Il est vrai que l'aggravation de la crise économique n'arrange pas les choses mais il y aura sans doute une évaluation de cette action et nous jugerons alors de son efficacité.

BOYCOTT 09/10/2008 11:03

Vous êtes fort idéaliste sur ce point. Les directeurs des ressources humaines ont déployé un nouvel argument marketing pour cacher les épisodes ou les faits troubles de leur histoire ou réalité.

Prenons, par exemple, les filiales offshore de la BNP Paribas, disséminés de par le monde. En affichant cette politique de recrutement proche des banlieues, cette banque occulte encore plus de la même façon ces "caisses" guère fréquentables. Sachez aussi que cette banque propose souvent des salaires plutôt moindre à ces salariés. Par exemple, à de brillantes personnes que je connais à qui l'on donnait un salaire de misère.

Idéaliste encore, croyez-vous sincèrement que si une personne des "banlieues" postule dans ces entreprises, elle obtient un poste en claquant des doigts. Vous rêvez, très cher.

Absolument faux, Schlumberger, nouvel apôtre de la banlieue, me refuse un emploi.
BNP Paribas me fait tourner en rond depuis quelque temps. En attendant, elle dégage 15 milliards pour acheter un concurrent. Et pour 3000 ou 4000 ou 6000 euros pour moi, RIEN. Merci bien.

Par conséquent, j'espère que vous avez mesuré l'impact cynique de telle initiative de recrutement.

Quant à la personne que vous citez, désolé, je vous demande de rester sérieux.

marc d Here 08/10/2008 19:29

Je crois volontiers ce que vous dites de votre expérience.
On peut donc se féliciter que l'attitude de certaines entreprises, de certains DRH semblent changer. L'action du ministère de Fadela Amara, quoique sans beaucoup de moyens, doit commencer à porter ses fruits (mais la crise ne va certainement rien arranger)

BOYCOTT 08/10/2008 18:28

Pendant des décennies, certaines entreprises ont payé à des salaires très bas des ouvriers résidant en banlieue et aujourd'hui, tiens donc, elles font du marketing avec ladite banlieue. Peut-être n'avez-vous jamais vécu dans un cité en compagnie d'ouvriers de l'automobile ou de secteur moins noble, mais cette politique est proprement cynique.

Et je peux vous en parler à titre personnel, puisque je postule à des offres d'emploi, et rien en ma qualité de "banlieusard" me permet d'accéder au poste d'une entreprise que vous mentionnez.

Certaines, d'ailleurs, me laissent patienter depuis des mois sans réponse avec un cynisme et une désinvolture à toute épreuve.

C'est pourquoi il est bien curieux que vous n'ayez pas saisi les nuances de mes propos.

marc d Here 07/10/2008 13:45

Merci, mais je ne vois pas bien ce que vous voulez dire, BOYCOTT (en majuscule !)

marc d Here 07/10/2008 13:45

Merci, mais je ne vois pas bien ce que vous voulez dire, BOYCOTT (en majuscule !)

BOYCOTT 07/10/2008 13:38

Vous le savez, la politique des Ressources Inhumaines s'apparente à une politique cynique. Après avoir appauvri certaines banlieues, certaines grandes entreprises s'intéressent aujourd'hui à des jeunes.

La Régie Renault a employé des OS à des prix bas. Ces OS habitaient encore dans les HLM.
La BNP Paribas fait aujourd'hui dans la charité, ce n'est pas sans employer les filiales offshore de cette banque qui ne l'honore pas.

etc
etc

arno 20/06/2008 22:52

Je vous remercie de m'avoir prévenu de la création de votre blog que j'ai visité et j'ai trouvé que vous publier de bon articles, cela vous diriez-il de mettre un lien entre nos 2 blogs?
MON BLOG: http://segoleneroyal2012.over-blog.fr/
J'attends votre réponse.