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Culture, loisirs,Médias

Vendredi 18 décembre 5 18 /12 /Déc 09:54

Par Roger-Pol Droit, Lepoint.fr du 15 12 09
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Le 4 janvier 2010, cela fera 50 ans qu'Albert Camus nous a quittés. Mise au point.


Méprisé par les intellectuels, détesté par la gauche, tenu à l'écart par la droite, Camus a cheminé longtemps en solitaire. Aujourd'hui, il semble faire l'unanimité. Tout le monde s'accorde à célébrer sa grandeur : écrivain de génie, intensément engagé, mais jamais inféodé, journaliste de haut vol, dramaturge, poète... Même si son corps doit demeurer au cimetière de Lourmarin, il est désormais "panthéonisé".

Malgré tout, un point central demeure incertain : peut-on placer Camus dans le panthéon des philosophes ? Arguments pour : les thèmes majeurs de ses essais - l'absurdité de la condition humaine dans Le Mythe de Sisyphe (1942), la dénonciation des servitudes révolutionnaires dans L'Homme révolté (1957), sans oublier, partout dans son oeuvre, ce balancement sans pareil entre le constat que le monde ne permet aucun espoir et la décision d'agir envers et contre tout. Arguments contre : cet homme de réflexion n'est pas un maître du concept. D'ailleurs, il a tranché lui-même : "Je ne suis pas un philosophe et je n'ai jamais prétendu l'être." Ou encore : "Pourquoi suis-je un artiste et non un philosophe ? C'est que je pense selon les mots et non selon les idées."


On aura tort de croire l'affaire réglée. Camus lui-même a inversé le sens de ces affirmations, ce qui complique le jeu. L'écriture romanesque, à ses yeux, n'est pas moins philosophique que l'analyse théorique. C'est le contraire : "On ne pense que par images. Si tu veux être philosophe, écris des romans." Et, ailleurs : "Les sentiments, les images multiplient la philosophie par dix." Il serait donc malvenu de lui reprocher d'être simple, voire simpliste. Ne pas être un théoricien, avancer sans système ni jargon, passer du théâtre au journalisme et du roman à l'essai, ce serait en fait une façon singulière d'être, en un temps d'épreuves et d'impuissance, plus et mieux philosophe.

D'autant que Camus n'avance pas sans boussole. Sa préoccupation, à l'évidence, n'est pas l'édification d'un système rigoureux. Mais son chemin se définit clairement grâce à une constellation de positions fondatrices - bien connues, pas toujours bien comprises -, à commencer par l'absurde. Si cette notion constitue bien la toile de fond, l'arrière-plan constant de toute sa réflexion, on oublie fréquemment de souligner de quelle manière Camus en renouvelle le sens et la portée. Il ne se contente pas de dire que la réalité est chaotique, irrationnelle et dépourvue de sens. Il précise, dans Le Mythe de Sisyphe : "L'absurde naît de cette confrontation entre l'appel humain et le silence déraisonnable du monde." Il faut donc poser ensemble l'impérieux désir de comprendre qui taraude la solitude humaine et l'absence continue de réponses. En fin de compte, tout demeure pour l'homme à jamais incompréhensible parce qu'insensé : la persistance du mal, l'inexistence du progrès, l'échéance de la mort.


"Je me révolte, donc nous sommes" ( L'Homme révolté )


Faut-il se suicider, pour en finir, plutôt que d'endurer l'absurde ? Le suicide devient alors la première question philosophique. Il faudrait la résoudre avant toute autre, les dilemmes habituels ne venant qu'après. Savoir si la vie vaut la peine d'être vécue serait la question préalable de la philosophie.
Ce n'est pas vraiment la plus brillante idée de Camus. Qui donc s'est jamais réellement demandé : avant de réfléchir à tel ou tel problème, il faut d'abord que je décide si je dois vivre ? Il y a là, décidément, beaucoup d'artifice. On dirait une des constructions dont les philosophes ont le secret : évidente, en apparence, alors qu'elle ne correspond à rien de réel. L'essentiel, toutefois, réside dans la réponse : il ne s'agit pas d'effacer l'absurde, mais au contraire de s'y ancrer, de le maintenir comme un destin assumé, surmonté par le mépris et la joie de l'instant, métamorphosé par la révolte - second maître mot de l'oeuvre. La révolte - contre chaque servitude, chaque humiliation, chaque indignité - est le ciment des complicités humaines, le terreau multiple de toutes les solidarités. "Je me révolte, donc nous sommes" sonne, dans L'Homme révolté , comme une sorte de nouveau cogito. Encore faut-il - c'est là que Camus est vraiment grand - que la révolte ne le cède jamais à la démesure, qu'elle ne se retourne pas contre elle-même, transformant la construction de la liberté en terreur et les victimes en bourreaux.
Ce fut sur ce point que se séparèrent le chemin de Sartre, qui fit cause commune avec les communistes, et celui de Camus. Pour lui, la révolte doit s'exercer aussi contre les révolutions - au nom de la dignité, du respect de l'humain.


Au nom de l'instant, aussi, et de la nature, faudrait-il ajouter. Car s'impose également, dans l'humanisme de Camus, une révolte contre l'omniprésence de l'histoire et l'obsession de son sens. Ne penser qu'à l'histoire alimente la peur de jouir et occulte la lumière du monde. Le corps exige l'instant, la vie choisit nécessairement le présent plutôt que les lendemains. Nos combats seraient toujours des défaites s'ils devaient nous faire oublier l'éclat de la mer ou la douceur sans nom d'une peau.
C'est aussi en raison de ce profond ancrage dans le monde que Camus est un philosophe à la fois si singulier et si solitaire. Il n'appartient évidemment pas à la tribu des rats de bibliothèque, éplucheurs d'arguments et jargonneurs de chapelle - pas plus qu'à celle des voltigeurs d'abstractions ou des artisans de la glose. Ses romans appartiennent à leur manière à sa geste philosophique. L'Étranger , La Peste , L a Chute , comme les nouvelles de L'Exil et Le Royaume , le théâtre, les éditoriaux sont autant de modes de réflexion et d'intervention émanant d'une seule et même vitalité.


Camus pense à partir de l'homme et pour lui


Être philosophe, avec Camus, signifie donc renoncer aux certitudes, mais pas aux luttes, s'efforcer obstinément de penser son temps, endurer le chaos et y tracer sa route. Cela suppose de supporter les malentendus, comme le confirment ses propos, le 10 décembre 1957, à la conférence de presse du prix Nobel : "Les philosophes communistes disent que je suis un philosophe réactionnaire, les philosophes réactionnaires disent que je suis un philosophe communiste. Les athées me trouvent très chrétien, les chrétiens déplorent mon athéisme."
À la question d'un journaliste qui lui demande sa position politique, il répond : "la position d'un solitaire". On pourrait en dire autant de sa position philosophique. En raison d'une dernière singularité, qui rassemble, en sous-main, toutes les autres, Camus pense à partir de l'homme et pour lui. Ce n'est pas seulement héroïque, au coeur du siècle le plus inhumain de toute l'histoire.
C'est aussi, dans la philosophie contemporaine, occuper une place pratiquement désertée. De Heidegger au structuralisme, du positivisme logique à la déconstruction, l'antihumanisme domine sous des formes multiples. Camus, lui, se révolte contre cette désintégration. À ce titre, il appartient sans doute à l'avenir plus qu'au passé.
En 1937, Paul Éluard écrivait : "Le poète est celui qui inspire, bien plus que celui qui est inspiré." On devrait en dire autant de la manière dont Camus incite, encore aujourd'hui, à philosopher dignement.

Roger-Pol Droit
Le Point

Par Roger-Pol Droit - Voir les 3 commentaires - Publié dans : Culture, loisirs,Médias
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Mardi 20 octobre 2 20 /10 /Oct 18:33


Anthony Palou

Le Figaro 19 10 09

 

 

 

Alors que «La Dolce Vita» s'apprête à fêter ses 50 ans, le Musée du Jeu de paume, à Paris, nous invite à découvrir l'univers du génial metteur en scène italien, à partir de mardi et jusqu'au 17 janvier prochain.

Federico Fellini, ce mensonge permanent, symbolise comme personne dans le monde du cinéma la créativité. Pour lui, la réalité - qui fut la grande interrogation de son travail (il s'agit bien là d'un génial artisan) -, ce sont ses rêves qu'il s'est plu à dessiner, qu'il s'est plu à filmer. C'est moins la vérité qui l'intéresse que la manière de l'interpréter, de l'absorber tel une éponge. Il fut une projection de lui-même, toujours dans un entre-deux monde. Il ne cessa de s'inventer.

Fellini était, on ne le dira jamais assez, un cinéaste très populaire. Dès La Strada, en 1954, jusqu'en 1983, l'année d'Et vogue le navire. Ensuite, non que son œuvre déclinât (Ginger et Fred et Intervista peuvent être considérés comme des chefs-d'œuvre) mais elle fut un rude combat contre la télévision, devenue pieuvre berlusconienne.


Lors d'un entretien à propos de son Casanova, Fellini - qui considérait le célèbre Vénitien comme un «con» - donnait sa vision du cinéma : «Arriver une bonne fois à l'essence dernière du cinéma, à ce qui, selon moi, est le film total : faire d'un film un tableau. Si quelqu'un se place devant un tableau, il peut en avoir une jouissance complète et ininterrompue. S'il se place devant un écran, un film, non. Tout est dans le tableau, il suffit de le regarder pour l'y découvrir. Le film est un tableau incomplet ; ce n'est pas le spectateur qui regarde, c'est le film qui se laisse regarder par le spectateur.» Quelle lucidité !

Une grande exposition au Musée du Jeu de Paume rend hommage à celui qu'on appelait le «Maestro». Elle est le résultat de quatre années de recherche ; elle est signée Sam Stourdzé. Son objectif ? Décrypter les diverses influences de Fellini, déplier toutes les facettes de son cheminement cinématographique. Ici, pas question de brouiller les pistes, d'«intellectualiser» l'œuvre. Bien au contraire.

 

«Il avait tout compris de son époque»

 

Quatre parties bien distinctes vous invitent dans le monde du metteur en scène : «La culture populaire», «Fellini à l'œuvre», «La cité des femmes » et «L'invention biographique ». Une immense affiche (6 × 3 mètres) de La Dolce Vita vous accueille. Autant dire que nous sommes tout de suite dans le bain, via Veneto reconstitué dans le célèbre studio 5 de Cinecitta. Populaire, donc, et comme bercé par Charlie Chaplin.


Contrairement à la France, qui cantonna Fellini dans les cinémathèques, en Italie, le réalisateur des Vitelloni est dans tous les foyers, et le jour de sa mort fut un deuil national. On n'insistera jamais assez sur le fait que Fellini ne cessa de puiser ses visions dans la rue, le cirque, la magie, la bande dessinée, le roman-photo (Le Cheik blanc en est un et La Strada en deviendra un dans le magazine Nous Deux Films !), la télévision, les paparazzi - terme qu'il inventa - et même le rock'n'roll. Souvenons-nous de la fameuse scène de La Dolce Vita où l'on voit le jeune Adriano Celentano embraser le corps plantureux d'Anita Ekberg.

«Le principe de l'exposition, souligne son commissaire Sam Stourdzé, est de faire dialoguer les films avec les photographies ou des documents graphiques. L'expérience que nous voulons transmettre aux visiteurs, c'est la troisième dimension, l'espace, de voir les coulisses…Ce qui m'a intéressé, ici, c'est la construction par l'image.» Ainsi verrons-nous des centaines de documents : dessins de Fellini (son premier métier, on le sait, fut celui de caricaturiste, son côté potache), journaux d'époque, collections de photos que de potentiels figurants plus felliniens que Fellini lui envoyaient - une vraie cour des Miracles ! -, affiches, etc. « Ce que je voudrais, insiste Stourdzé, c'est que l'on sorte de cet adjectif “baroque” à propos de Fellini. Il est “moderne”». Pour cela, il suffit de voir La Dolce Vita, il avait tout compris de son ­époque.»


L'exposition s'attarde précisément sur ce film culte, démonte les rouages de sa création, explique la fameuse scène primitive de l'hélicoptère lesté d'un Christ bras en croix survolant Rome. Où l'on s'aperçoit que Fellini s'était inspiré des actualités télévisées et des magazines de l'époque. Aussi la fameuse scène du baiser entre ­Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans la fontaine de Trevi. À y regarder de près, contrairement à ce que l'inconscient collectif nous pousse à croire, ce couple mythique ne s'embrasse jamais. Il y re­viendra, d'ailleurs, en 1987, dans le magique et mélancolique Intervista.


Fellini a déclaré lors d'un entretien avec André Delvaux au début des années 1960 que « Charlot est en quelque sorte une chose qui fait partie moins de notre patrimoine culturel que de notre patrimoine fantastique et sentimental ». Ainsi de l'immense Federico Fellini.

Antony Palou
Le Figaro

Par Anthony Palou, Le Figaro - Communauté : L'union Européenne - Voir les 2 commentaires - Publié dans : Culture, loisirs,Médias
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Vendredi 9 octobre 5 09 /10 /Oct 11:31

COMMUNIQUÉ

 

 

 

La Gauche Moderne apporte son amical et chaleureux soutien à Frédéric Mitterrand, en même temps qu’elle salue la qualité de son travail en tant que Ministre de la Culture.
 

Faut-il que le Parti socialiste manque d’idées pour aller ramasser celles de Marine Le Pen !


Le procès médiatique injuste fait à Frédéric Mitterrand ne grandit pas ceux qui l’ont intenté. C’est procéder à des amalgames scandaleux que de faire semblant de croire qu’il aurait pu faire l’apologie du tourisme sexuel ou de la pédophilie, ce qu’il n’a fait à aucun moment.

 

Jean-Marie Bockel

La Gauche Moderne,

Vendredi 9 octobre 2009

Par La Gauche Moderne - Communauté : Démocrates et solidaires - Voir les 42 commentaires - Publié dans : Culture, loisirs,Médias
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Samedi 2 mai 6 02 /05 /Mai 14:28


Les auteurs, associés à cent cinquante autres signataires du monde de la création artistique, s'indignent de l'attitude du Parti socialiste dans le débat parlementaire sur la loi création et Internet.



Le Figaro 30 04 09

Par Jean-Jacques ANNAUD, Guy BEDOS, Sarah BIASINI, Alain CORNEAU, Gérard JUGNOT, Philippe LIORET, Jean-Paul RAPPENEAU, Jean ROCHEFORT, Danièle THOMPSON et Nadine TRINTIGNANT


Madame la Première Secrétaire,


Nous, réalisateurs, scénaristes, compositeurs, auteurs, artistes interprètes, techniciens, producteurs de cinéma ou de musique, éditeurs de musique, distributeurs de films, éditeurs, éditeurs vidéo, exploitants de salles de cinéma, agents artistiques, managers d'artistes et les organisations qui les représentent… sommes atterrés par les positions défendues par le Parti socialiste et voulons exprimer publiquement notre colère.

Nous avons le sentiment d'être les otages d'une bataille politique menée par les députés socialistes contre le projet de loi création et Internet, à laquelle sert d'instrument une «licence globale» rejetée il y a quatre ans et rebaptisée «contribution créative».


La «licence globale» ou «contribution créative» consiste à instituer un forfait obligatoire, qui devrait être versé par tous les abonnés à Internet, contre un droit d'utilisation sans limites et sans cadre de toutes les œuvres cinématographiques, musicales et bien d'autres encore. Une telle mesure irait à l'encontre de toute régulation de nos secteurs culturels, en particulier celui du cinéma, qui figurent parmi les plus dynamiques au monde mais sont également fragiles.

Cette régulation passe notamment par la chronologie des médias pour le cinéma, ainsi que par le respect des droits d'auteur, inventés par la France de Beaumarchais et qui ont, depuis, accompagné avec succès toutes les mutations techniques, industrielles et économiques.

Faut-il rappeler au Parti socialiste, dont les options culturelles ont si fréquemment été partagées et soutenues par beaucoup d'entre nous, que le développement de l'ère numérique ne peut se faire sans respect des droits de propriété littéraire et artistique ?



Aujourd'hui, le Parti socialiste à l'Assemblée n'a de cesse de prétendre que la propriété littéraire et artistique est accaparée par des groupes multinationaux et des privilégiés, mettant ainsi en cause la légitimité même du droit d'auteur.

Cette attitude ignore délibérément que l'économie de nos secteurs culturels s'appuie sur le fait que les œuvres plus exigeantes, moins grand public, bénéficient pour leur financement du succès que connaissent d'autres œuvres.

Chacun a pu constater que nous nous sommes prononcés de façon ultramajoritaire en faveur du projet de loi création et Internet.

Le «coup de théâtre» du 9 avril, qui pourrait engendrer de graves conséquences dans les relations entre le monde de la culture et le Parti socialiste, est très regrettable car cet acte a été accompli au mépris de la défense de la création, des droits d'auteur, de notre diversité culturelle.



Nous avons le sentiment que le Parti socialiste, celui-là même qui était porteur de la loi Lang du 3 juillet 1985 sur les droits d'auteur et les droits voisins, a décidé de tourner le dos au monde de la création et des industries culturelles.

Pour toutes les raisons ainsi exposées, les signataires de cette lettre ouverte souhaiteraient vous rencontrer, Madame la Première Secrétaire, en lien avec la reprise des débats.

Par Un groupe d'artistes et de créateurs - Communauté : Soutenir les réformes - Voir les 2 commentaires - Publié dans : Culture, loisirs,Médias
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Jeudi 11 décembre 4 11 /12 /Déc 13:36

Entretien paru dans Le Monde daté du 09 11.  Propos recueillis par Daniel Psenny

Producteur, exploitant, distributeur et fondateur de MK2 spécialisé dans le cinéma indépendant, Marin Karmitz a été membre de la commission Copé sur l'avenir de la télévision publique.

 Comment jugez-vous le débat sur la réforme de l'audiovisuel public qui s'est ouvert à l'Assemblée nationale ?

Je le juge en tant que citoyen. Je trouve ce débat irresponsable à l'égard des Français qui aimeraient savoir ce que sera l'avenir de la télévision publique et sa stratégie d'entreprise. Or, on assiste à une vaine guérilla parlementaire de la part de la gauche qui n'a jamais proposé de solutions pour l'audiovisuel public. Elle bloque le débat au risque de mettre en péril la télévision publique en prolongeant l'insécurité qui plane sur l'entreprise. Quant à la droite, elle cède aux nombreux lobbies. Il est urgent de moderniser l'audiovisuel public face aux défis de la révolution numérique, en lui en donnant les moyens. De ce point de vue, Nicolas Sarkozy a peut-être sauvé France Télévisions !


 C'est-à-dire ?

 En annonçant la suppression de la publicité, il a engagé inévitablement la restructuration de France Télévisions, son mode de financement et sa transformation en média global. S'il avait continué à être financé par la publicité, le service public aurait perdu la moitié de son budget publicitaire. Qui aurait payé la différence ?

 

C'est un revirement spectaculaire de votre part. Fin novembre, dans une tribune publiée dans Le Monde, vous dénonciez "un sentiment de trahison"...

 

J'ai le sentiment que l'essentiel, c'est-à-dire la restructuration de France Télévisions vers un média global, n'est pas au coeur du débat à l'Assemblée. Les interventions et les amendements font perdre de vue l'essentiel. La commission Copé a proposé des solutions financières telles que l'indexation de la redevance, les taxes sur les fournisseurs d'accès Internet et le financement de 450 millions par l'Etat qui sont dans la proposition de loi. Personnellement, j'étais opposé à la taxation des chaînes privées pour ne pas faire dépendre le public du privé. Aujourd'hui, elles sont dans un mauvais état financier et il est inutile de les affaiblir davantage. La cohabitation d'un privé fort et d'un public également fort est un gage de pluralisme. La seconde coupure publicitaire pour les chaînes privées est une aubaine pour le service public, qui pourra montrer sa différence éditoriale. Mais, pour cela, France Télévisions doit bénéficier d'un financement pérenne de l'Etat et, pour le moment, il n'y a aucune garantie.

 

La nomination du PDG de France Télévisions en conseil des ministres ne vous inquiète pas pour l'indépendance du service public ?

 

J'ai été très surpris par la décision de Nicolas Sarkozy qui allait totalement à l'encontre de notre recommandation. Mais, finalement, pourquoi pas ? Cela mettra fin à l'hypocrisie, car tout le monde sait que cette nomination a toujours été décidée avec l'accord du pouvoir politique. En le nommant lui-même, Sarkozy sera donc en première ligne sans fusible.

 

C'est ce qui se pratiquait du temps de l'ORTF avec les dérives politiques et les pressions financières...

 

Il n'y a aucun risque de revenir au temps de l'ORTF. Aujourd'hui, avec le pouvoir du numérique, les contre-pouvoirs sont partout. Y compris, et surtout, au sein de France Télévisions avec les syndicats et les sociétés de journalistes. Sur un sujet aussi sensible médiatiquement, le président s'y reprendra à deux fois avant de virer le président de France Télévisions parce qu'une émission lui a déplu.

 

N'est-ce pas illusoire ? Tout comme de croire que le pouvoir ne s'ingérera pas dans les programmes ?

Les programmes relèvent de la responsabilité de ses dirigeants. La droite compte encore dans ses rangs quelques personnalités qui ont de vieux réflexes. Il ne sert à rien, par exemple, de dire que le service public ne doit pas diffuser de télé-réalité. La télé-réalité est un format comme un autre, mais tout dépend ce qu'on en fait. La réforme de l'audiovisuel public ne peut être viable que si on se dirige vers un média global, question qui soulève des passions, notamment chez certains syndicats, dès qu'il est question de repenser l'organisation de l'information ou celle de France 3.


Propos recueillis par Daniel Psenny

Article paru dans l'édition du Monde daté du 09.12.08.

Par Marin Karmitz, entretien avec Daniel Psenny, Le Monde - Communauté : Soutenir les réformes - Voir les 6 commentaires - Publié dans : Culture, loisirs,Médias
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PRESENTATION

 

Marc d'HERE 

 

Contact: ies1@hotmail.fr

 

 Militant socialiste (rocardien) depuis 1974, j’ai  accompagné en 1999 Jean-Marie Bockel, lorsqu’il a créé  le club politique  social libéral « Gauche Moderne ». J’en ai été le  secrétaire général jusqu’en 2006..

 

Engagé dans la défense du Traité Constitutionnel Européen, je propose à Bernard Kouchner, Elisabeth Guigou, Gérard Collomb et Daniel Cohn-Bendit de créer le « Comité de la Gauche pour le Oui » et j’en assure  l’organisation et le développement.

 

J'ai quitté le parti socialiste après le congrès du Mans (2005), ne pouvant accepter l’irréalisme et la démagogie des choix politiques effectués, et refusant une « synthèse » synonyme de confusion.  Ayant soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle, parce qu’il m’apparaissait le plus apte à réaliser les réformes et les changements profonds dont notre pays a besoin,  j’ai choisi de m’inscrire dans  la majorité présidentielle et j'ai adhéré à  La  Gauche Moderne. Aujourd'hui je suis animateur du  club politique le "Cercle des Libertés Egales" qui soutient la politique de réformes et la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. 

 

J'ai publié  fin 2007« de Rocard à Sarkozy. Itinéraire d’un social libéral » éditions Christophe Chomant.

En février 2010, "Plus belle la gauche" avec Gilles Casanova aux éditions de Passy

En  mai 2011 "La déclaration du Président",  encore aux éditions de Passy

 

 

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