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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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2 juillet 2015 4 02 /07 /juillet /2015 12:54

José-Maria, Mes chers amis,

Je n’ai pas réfléchi longtemps avant d’accepter votre invitation. D'abord parce que j'ai de l'amitié et de l'admiration pour José-Maria Aznar. Et pour moi l'amitié c'est très important. J'ai vu le leadership de José-Maria quand il conduisait l'Espagne. Je n'ai pas hésité parce que vous avez fait de FAES l'une des fondations les plus importantes d'Europe.

Qu'est-ce qui est important ? Avoir des idées. Qu'est-ce qui est difficile ? Défendre des idées.

Tout le système médiatique tourne autour du commentaire, de la réaction, jamais autour des idées fortes. Ce sera d'ailleurs un grand sujet de réflexion. La question aujourd'hui n'est pas de mettre sur la table une idée force utile pour son pays, la question médiatique aujourd'hui c'est de faire du buzz. C'est-à-dire de faire du bruit. Du bruit sur rien et du bruit pour rien. Le but c'est de dire des choses les plus invraisemblables qui provoquent du buzz. Aussitôt dit, aussitôt oublié !

Vous, ici, et nous, nous devons trouver les nouvelles idées adaptées au siècle d'aujourd'hui, le XXIème siècle, qui n'est plus le XXème siècle. Il nous faut changer, changer profondément. La montée des populistes, des extrémistes, des démagogies, des irresponsables nous interpellent, nous tous, sur notre responsabilité, la mienne comme celle des autres.

Si nous voulons construire un mur infranchissable entre la démocratie et le populisme, nous devons, nous, les gens "raisonnables" être porteurs d'idées neuves et d'idées fortes. Vous n'avez pas le choix. Et particulièrement en Europe, sur les trois sujets du moment, la Grèce, l'immigration et la sécurité et le terrorisme.

SUR LA GRECE J'aime ce pays et d'ailleurs je me sens de plus en plus méditerranéen. Chaque fois que nos pays ont tourné le dos à la Méditerranée, ils ont cru tourner le dos à leur passé. En vérité ils ont tourné le dos à leur avenir. La Méditerranée est un choix politique, culturel, identitaire majeur. La Méditerranée trouvera les solutions ou cela sera le chaos. C'est autour de la Méditerranée que se joue une grande partie de l'avenir de notre civilisation. Ne nous trompons pas : cette Méditerranée est un lien entre l'Afrique et l'Europe. Cette Méditerranée trouvera la voie du compromis ou l'échec sera terrifiant dans ses conséquences. La Grèce aujourd'hui. La question pour moi n'est plus comment sauver la Grèce mais comment sauver la zone euro. La situation est beaucoup plus grave qu'on ne le dit. La Grèce a fait le choix d'un gouvernement qui lui a menti, d'un gouvernement qui a promis des choses qu'il savait ne pas tenir, d'un Gouvernement qui veut tous les avantages de la zone euro et de l'Europe mais qui ne veut en assumer aucune des responsabilités.

Que l'Europe, que l'euro donnent le sentiment de céder et c'est la crédibilité de tout le système européen qui sera emporté. Pourquoi l'Espagne a-t-elle fait tant d'efforts? Pourquoi le Portugal a-t-il fait tant d'efforts ? Pourquoi l'Irlande a-t-elle fait tant d'efforts ? Si demain, un gouvernement irresponsable comme le gouvernement grec peut s'exonérer de toute responsabilité et demander aux autres de payer en se moquant du tiers comme du quart, qu'est ce qui arrivera à l'Europe ?

Nous avons voulu une Europe forte, nous ne pouvons pas accepter une Europe faible. Par l'irresponsabilité de son Premier ministre, la Grèce s'est suspendue elle-même de la zone euro. Voilà que le Premier ministre grec propose un référendum sur les propositions qui ont été faites à Bruxelles et expliquera dans le référendum qu'il est contre les contrepropositions que l'Europe a faites. Quel cynisme ! Quelle démagogie ! Quelle irresponsabilité ! Comme l'a dit José-Maria, il n'y a pas de démocratie sans règles. Il n'y a pas d'Europe sans règles. C'est trop facile de dire aux autres "je ne respecte pas les règles, payez pour moi ! " Le grand responsable de la crise actuelle c'est un Premier ministre grec qui a menti à son peuple et qui veut en faire assumer les conséquences aux autres peuples européens et membres de la zone euro.

Comme toujours, face à une crise, il y a deux manières de la voir et de l'affronter. Il y a la manière qui consiste à supplier en espérant qu'on va gagner du temps, qu'avec le temps les choses s'arrangeront. Avec le temps, les choses ne s'arrangent pas, elles empirent. Gagner un délai jusqu'à la fin juillet, et gagner un délai jusqu'à la fin août, et gagner un délai jusqu'à la fin septembre, et puis après septembre il y aura octobre. On ne résout pas les problèmes, on les pousse vers l'avant jusqu'au jour où l'on s'aperçoit qu'ils sont devenus si grands qu'il n'y a plus de solution.

Et il y a une autre stratégie, celle que je voudrais proposer : faire de toute crise, de toute épreuve une opportunité pour accélérer la construction d'une zone euro digne de ce nom avec un gouvernement économique digne de ce nom, un président de ce gouvernement économique, un secrétaire général de ce gouvernement économique, la transformation du système aujourd'hui monétaire européen en un véritable fonds monétaire européen, quelle que soit la qualité du travail du FMI et la qualité de ses responsables.

J'aimerais que l'Europe se dote d'un Fonds monétaire européen qui permette à l'Europe de s'occuper elle-même de ses propres affaires sans avoir à demander, par ailleurs à des alliés et à des amis, leur avis et leur soutien. Il me semble que face à la Grèce, le chemin est simple : la Grèce est suspendue tant qu'elle fait confiance à un gouvernement de cette nature. Je voudrais rappeler que le ministre de la Défense grec a déclaré que si l'Europe ne payait pas, ils ouvriraient les vannes de l'immigration irrégulière, y compris pour les djihadistes. Peut-on discuter avec un gouvernement dont le ministre de la Défense dit cela ?

Quelle erreur ceux qui ont reçu le Premier ministre grec avec les honneurs qui n'étaient pas dus à son rang , qui l'ont accueilli comme un héros alors que l'on savait très bien que sa politique était irresponsable et conduirait à la catastrophe ! Le peuple grec a beaucoup souffert. Nous ne pouvons pas les abandonner. Mais le peuple grec devra choisir : l'Europe ou un gouvernement qui veut détruire l'Europe ? Le peuple grec devra choisir : la solidarité européenne ou la vie, seuls.

Mais la solidarité européenne ne peut s'exercer sans la responsabilité européenne. On ne peut avoir l'un sans l'autre. Les chefs d'Etat et les gouvernements de la zone euro devraient se réunir sans tarder pour imaginer l'avenir, pour adresser un message aux marchés et aux économies du monde entier de cette crise. La zone euro va faire une opportunité : nous allons accélérer la transformation de la gouvernance et l'intégration des économies européennes pour avoir une zone euro plus solide. J'ajoute que dans cette zone euro réformée et plus solide que j'appelle de mes vœux, les grands pays comme l'Allemagne, l'Espagne, la France doivent prendre leurs responsabilités.

Mes chers amis, le leadership n'est pas un droit, le leadership est un devoir. Tous les pays ont les mêmes droits en Europe mais certains pays, je veux dire les grands pays, ont plus de devoirs que les autres. Voulons-nous assumer ces devoirs ou voulons-nous les oublier ? Quand la crise a ravagé en 2008-2009, ce sont les grands pays européens qu'on est venu chercher. Pas les plus petits.

SUR L'IMMIGRATION Sur l'immigration, l'Espagne que j'aime tant et que je connais depuis si longtemps est à 12 kilomètres de l'Afrique par le détroit de Gibraltar. Avec Schengen, l'Espagne c'est la France. Je me souviens très bien lorsque M. Zapatero a salué mon arrivée en Espagne, j'étais alors ministre de l'Intérieur en me dénommant le chef de l'opposition espagnole parce qu'il avait régularisé 80 000 clandestins et qu'en France nous avions récupéré une large partie de ces clandestins. 12 kilomètres de l'Afrique. 1 milliard d'habitants. Dans 30 ans, 2,3 milliards. Est-ce qu'on peut continuer avec le système actuel ? Est-ce que l'on ne s'aperçoit pas qu'il y a un petit problème ? Est-ce que l'on va continuer chaque année à avoir des milliers de nouveaux gens mourir en Méditerranée parce qu'ils pensent qu'ils peuvent avoir un emploi chez nous ? Dans 30 ans, le Nigeria aura plus d'habitants que les Etats-Unis d'Amérique. Cette réalité nous interpelle.

Nous devons tourner la page de Schengen 1 pour créer un Schengen 2 dont la base sera que l'on se mette d'accord sur une politique d'immigration commune avant d'abaisser les frontières entre nous. Je crois à la liberté de circulation, je crois à l'abaissement des frontières entre nous mais après que nous ayons adopté une politique d'immigration commune, pas avant. Car si nous n'avons pas une politique d'immigration commune, si nous n'avons pas une harmonisation de nos prestations sociales, si nous ne sommes pas d'accord sur la liste des pays sûrs, si les délais de rétention administratifs ne sont pas les mêmes, alors comment pouvez-vous éviter à l'intérieur de l'Europe où il n'y a plus de frontières, le dumping social, le dumping financier ?

Nous n'avons pas fait l'Europe pour être plus faibles. Nous avons fait l'Europe pour être plus forts, pour être plus forts ensemble, pas les uns contre les autres, mais ensemble. Savez-vous, combien dans mon pays, de déboutés du statut de réfugié politique sont renvoyés dans leur pays d'origine ? 1% ! Nous sommes sur un baril de poudre. Des vies humaines sont en jeu. Je ne crois pas à la réforme à la marge de Schengen 1, je crois à la refondation d'un véritable Schengen qui apportera à nos populations des réponses aux préoccupations qui sont les leurs. Si nous ne faisons pas cela, comment éviter l'explosion du populisme, l'explosion de la démagogie, l'explosion des sentiments racistes qui sont si éloignés de la civilisation européenne qui est la nôtre ?

L'Europe, cette Europe à laquelle je crois de toutes mes forces, doit être refondée, parce que l'Europe, sur l'organisation actuelle, a été bâtie pour six pays, neuf pays, douze pays. Nous sommes 28 ! Il n'y a plus une Europe, il y a deux Europe : l'Europe de l'euro et l'Europe de l'union. Ces deux Europe doivent obéir à des politiques différentes. Moins de compétences communautaires pour l'Europe de l'union parce qu'à 28 on ne peut pas faire l'intégration comme à six et plus d'intégration pour l'Europe de l'euro parce que lorsqu'on a la même monnaie, la même banque centrale on ne peut pas se défaire des liens de solidarité.

TERRORISME ET SÉCURITÉ Sur le terrorisme et sur la sécurité. Les démocraties n'ont pas le droit d'être faibles. Ce n'est pas parce que notre modèle d'organisation politique est fondée sur la raison, sur la tolérance, sur les droits de l'homme, sur l'économie de marché, sur le droit de propriété que nous devons être faibles. Qu'est-ce que cela veut dire ? Daech et une bande de barbares assoiffés de sang a décidé de déclarer la guerre à la civilisation humaine.

Mes chers amis, quand on décide de faire la guerre, il faut la faire totalement, complètement, pour la gagner. On ne fait pas la guerre à moitié. On la fait ou on ne la fait pas. Daech a déclaré la guerre à la civilisation. La civilisation doit faire la guerre à Daech avec une seule volonté : l'emporter. Quand je vois que la coalition internationale n'est pas capable d'empêcher la progression de Daech en Syrie, je me demande s'il y a une volonté, s'il y a une vision, s'il y a un leadership ? Daech d'abord puis chez nous, en Europe. La faiblesse ne nous est pas permise. Ces deux ou trois dernières années, les choses ont changé du tout au tout. Nous devons adapter notre modèle à cette nouvelle réalité. En notre sein, dans nos pays, dans notre société existent des gens qui veulent détruire nos pays, qui veulent détruire notre société, qui veulent détruire notre civilisation. Peu importe qu'ils soient Français, peu importe qu'ils soient Espagnols, ils veulent détruire notre société. Nous ne pouvons pas les laisser faire.

Nous devons revoir en profondeur notre appareil sécuritaire. Nous devons prendre la mesure de la menace extérieure, c'est la guerre avec Daech, et de la menace intérieure. Nous devons tourner le dos à la naïveté et nous devons prendre les décisions pour protéger nos concitoyens d'une guerre intérieure. Naturellement que ce n'est pas une affaire de gauche ou de droite. C'est une affaire de courage et de volonté. C'est une affaire de lucidité et de rapidité. Plus nous attendrons, plus les conséquences seront immaîtrisables. Accepter d'appeler les choses par leur nom, la guerre de civilisation -non pas qu'ils soient civilisés mais la guerre qu'ils font à notre civilisation-, la menace intérieure, la menace extérieure, le refus absolu de tout amalgame entre l'islam et les djihadistes. Mais également la franchise de reconnaître que chacun doit faire l'effort, y compris les tenants de l'islam, qui ont droit de vivre leur religion, mais la République française a le droit de demander à tous des efforts que l'on doit faire pour assurer la concorde, l'entente et la paix civile.

Mes chers amis, au fond il y a toujours deux façons de voir les problèmes. On peut les voir comme une catastrophe. On peut les voir comme une opportunité d'aller plus vite, d'aller plus loin. Nous sommes rentrés dans le XXIème siècle avec 15 ans de retard comme ils sont rentrés dans le XXème siècle après la Première guerre mondiale, avec 18 ans de retard. Cela nous interpelle, cela va nous obliger à remettre en cause nos certitudes, nos idées reçues, nos idées préconçues, la façon dont nous assurons notre leadership, l'organisation de nos partis politiques, le fonctionnement de notre démocratie.

C'est un défi passionnant, c'est un défi vital pour l'Europe de 500 millions d'habitants qui se retrouve si minoritaire dans un monde de 7 milliards d'habitants et qui en aura 9 milliards dans trente ans.

C'est cela mon message à FAES : est-ce que nous serons à la hauteur des défis considérables qui sont proposés à nos sociétés ?

Nicolas Sarkozy

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Published by Marc Lucien H.
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