Société

Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 18:53

 

Par André Bercoff, dans Le Monde daté du 6 mai 2010

 

 

Aujourd'hui, notre pays est occupé doucement, gentiment, insidieusement, par le camp du Bien. La police de la pensée correcte triomphe sur tous les étals médiatico-politiques. Au fur et à mesure des abandons de tout excès polémique, de toute pensée critique, de toute idée non formatée par les utopies droits-de-l'hommistes du côté de la gauche et de l'arnaque financière et publicitaire côté droite, la France se recroqueville. S'emmerde. Se couche. Râle et s'endort en faisant des rêves de star.

Semble enfin accomplie la castration de ce peuple français qui, jadis, prenait des bastilles et, il y a encore quelques décennies, faisait mine de défiler pour changer la vie. L'alibi de la crise a bien travaillé : tous à la niche. Et à la censure. Désormais, il est interdit de ne pas interdire. Ne fumez plus : cancer du poumon. Ne buvez plus : cirrhose du foie. Ne baisez plus : sida et autres maladies sexuellement transmissibles (MST). Ne mangez plus : pesticides et OGM. Ne sortez plus : attentats. Ne parlez plus des juifs : vous serez condamné pour antisémitisme. Ne caricaturez plus Mahomet : vous serez incendié avant d'être égorgé. N'osez plus une plaisanterie sur les gays : l'homophobie vous guette. Ne racontez pas une histoire sur les Blacks : vous serez vitupéré raciste à part entière. En revanche, vous pouvez vous en donner à coeur joie sur la pédophilie de l'Eglise. Plus besoin de procureur : les ciseaux travaillent dans les têtes.

Identité : mot obscène pour le choeur des vierges de la différence reine et du minoritaire roi ; mot à proscrire pour les pleureuses de l'angélisme compassionnel qui consiste à trouver des excuses, des explications et des alibis pour quiconque psalmodie que la France est une "garce à niquer" ou autre amabilité du même acabit.

Etre francopositif est devenu, aux yeux de certains, aussi grave qu'être séropositif. Les bonnes âmes de l'antiracisme, considéré comme fonds de commerce, vous proposeront immédiatement un régime à base de fortes amendes, d'une série d'électrochocs et d'excuses publiques, avec fouet et lapidation en cas de récidive. Oser évoquer un rôle "positif" de la présence française outremer, notamment en Afrique du Nord, vous conduira au moins aux travaux forcés, sinon au peloton d'exécution.

Il s'agit une fois pour toutes d'arrêter cette démarche imbécile qui consiste à désigner l'Occident des Lumières comme l'épicentre de tous les péchés du monde. Ce qui s'est passé, ce qui se passe au Congo et au Nigeria, au Darfour et au Zimbabwe, en Iran et en Syrie, n'a rien à voir aujourd'hui avec l'Occident, mais bien avec la spécificité d'un certain nombre de dictatures que le boboïsme frileux ne saurait voir.

Dans cette société placée sous le règne de la distraction et du renoncement, tout est fait pour nous plonger indéfiniment dans le sommeil hébété des taupes qui ne veulent plus voir que des ébats people, ne plus entendre que des brèves de comptoir complotistes, ne plus dire que ce que leur dicte l'angélisme des notables de la gauche correcte et de la droite congelée.

Cependant que progressent les menaces intégristes et totalitaires, nos démocraties s'abandonnent à un masochisme culpabilisé où victimes et bourreaux s'échangent perversement leurs oripeaux, et ce au moment même où se juxtaposent les folies d'un marché sans contrôle et les pulsions mortifères d'un fanatisme sans fin. Il serait temps que la France se réveille...


André Bercoff est écrivain, journaliste.

 

 

Par André Bercoff - Communauté : Réformer la France - Voir les 2 commentaires - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire
Lundi 17 mai 2010 1 17 /05 /Mai /2010 21:49

 

Alain de Vulpian m'adresse périodiquement ces notes, émanant de l'association "Société révée" qui mettent en évidence quelques tendances qu'ils pensent déceler, à partir de signaux faibles...

 

 

Jean Paul Delevoye et la société française malade.

 

J.P. Delevoye, Médiateur de la république, a animé le petit déjeuner du Club des Vigilants le 28 avril dernier en le centrant sur le « Malaise dans la société ». Il avait diffusé, il y a quelques mois, un rapport très remarqué sur la société française malade.

 

Sa posture quasi médicale est un signal faible. Il est très significatif que ce personnage officiel mette l’accent sur les souffrances, les pathologies, la maladie. Qu’il en esquisse le diagnostic. Qu’il les perçoive comme émanant d’une « évolution comportementale » et d’une variété de processus (par exemple, la conflictualité monte ; une société de citoyens qui s’est transformée en société de consommateurs ; on ne nourrit plus d’espérance ; d’une société rurale et religieuse à une société industrielle aspirant au confort matériel puis à une société consumériste, centrée sur la frustration des envies ; une société où les enfants ne sont plus confrontés à une autorité mais baignent dans l’affection et deviennent addictes aux jeux électroniques, etc.). Il évoque des remèdes possibles (supprimer la dichotomie actifs/inactifs, recentrer le pouvoir politique sur des perspectives à moyen et long termes, développer le tutorat, le soin, l’attention humaine). Sa posture n’est ni idéologique ni partisane ; elle tend à être pragmatique et thérapeutique. Elle tranche radicalement et heureusement avec la posture dominante de la classe politique.

 

Mais le diagnostic que porte Delevoye est insuffisant ou faux. Et ceci est un autre Signal Faible. La perspective qu’il adopte est biaisée. Il est nostalgique de la société d’avant. De plus, il ne semble pas conscient du fait qu’il ne parle pas de la société moderne mais de certaines des pathologies de cette société. Il nous parle en fait de la frange qui est et se sent rejetée, qui est probablement en croissance mais qui englobe sans doute moins de 20% de la population et dont on ne peut comprendre la situation et les possibilités de réintégration qu’en la replaçant dans le cadre de l’ensemble du système en évolution.

Il pense que « le chacun pour soi » remplace la volonté de vivre ensemble alors que cette posture n’est caractéristique que d’une petite minorité au sein d’une population où émergent et foisonnent de nouveaux vivre ensemble.

 

L’idée émane de son propos que la société française est plus malade que les autres sociétés européennes ou nord américaines, ce qui est probablement faux. Une analyse fine des souffrances et des pathologies de ces différentes sociétés modernes mettrait en lumière des similitudes et des différences qui seraient très éclairantes.

 

Le savoir que notre société produit sur elle-même est insuffisant pour orienter l’action politique.

 

 

Un scénario de type années 1920-1930 ?

 

Un scénario catastrophique du type de celui qui s’est développé en Europe au cours des années 1920/1930 nous menace-t-il ? Rien n’est encore clair.

 

Les années 1920/1930. Le traitement inhumain du prolétariat par le capitalisme de l’époque avait tendu les relations industrielles et poussé le prolétariat à la révolution. La crise et le chômage avaient mobilisé les masses. Les idéologies s’étaient exacerbées. Une chasse aux boucs émissaires s’était organisée prenant pour cibles les juifs, les franc-maçons, les communistes, les ennemis de la nation, etc. Communisme et fascisme avaient prospéré et installé des régimes totalitaires dans une bonne partie de l’Europe. Il a fallu passer par cinq ans d’une guerre mondiale atroce pour atteindre un pallier d’équilibre : les Trente Glorieuses.

 

Un premier symptôme alarmant : une génération sacrifiée. Un rapport de l’OCDE publié le 14 avril sonne l’alerte. Dans la plupart des pays de l’OCDE, l’entrée dans la vie active était difficile pour de nombreux jeunes. La crise aggrave la situation. Premières victimes de la crise, les jeunes vont voir leur situation se détériorer pendant plusieurs années encore. Quatre millions de jeunes ont rejoint les rangs des chômeurs pendant la crise. On compte parmi eux 18,8% de chômeurs fin 2009 contre 8,6% pour l’ensemble de la population dans les pays de l’OCDE.

Les auteurs du rapport sont d’autant plus inquiets du fait que des expériences antérieurs montrent que l’échec sur le marché du travail est souvent difficile à rattraper et peut les exposer à une stigmatisation de longue durée. En effet, lorsque la reprise surviendra, les employeurs peuvent être tentés d’embaucher des jeunes fraîchement diplômés à la place de diplômés pris au piége du chômage depuis longtemps.

Le risque d’explosion devient alors important.

 

Un deuxième symptôme alarmant : aujourd’hui, en Europe, la chasse aux boucs émissaires est ouverte. L’agressivité monte à l’égard de minorités qu’on accuse d’être à l’origine de nos malheurs. Les musulmans sont la cible en Europe de l’Ouest. Les juifs, les Rom et les homosexuels en Europe de l’Est. Succès électoraux de Geert Wilders en Hollande, du Fidesz Party (antisémite) et du Jobbik Party (ouvertement néo-Nazi) en Hongrie, du Front National en France, de la ligue du Nord en Italie. En Grande Bretagne, les partis engagés dans la campagne électorale ménagent les réactions anti-immigrants du public. Une opinion publique se forme à l’appui de l’interdiction du voile intégral dans plusieurs pays (Belgique, France, …). Une votation interdit la construction de minarets en Suisse.

 

La bifurcation attendue vers une société plus harmonieuse peut encore se produire pacifiquement. En Europe et en Amérique, le capitalisme de casino est violemment rejeté par les opinions publiques mais il est possible que, sans révolution ni drame, d’autres formes de capitalisme soient en instance d’émergence. Les modes de management de « la grande entreprise » induisent des souffrances parmi les personnels qui nourrissent des protestations croissantes mais beaucoup d’entreprises qui en prennent conscience sont à la recherche de nouveaux systèmes d’animation et de pilotage. Les financiers, les spéculateurs, parfois les gouvernements, sont rendus responsables de nos malheurs mais le climat n’est pas à la révolution. Des explosions émotionnelles, des révoltes de travailleurs licenciés se produisent ici et là, mais les relations industrielles ne sont pas désastreuses et les statistiques montrent qu’en Europe et en Amérique du Nord les grèves sont relativement peu nombreuses. La bifurcation nécessaire peut se produire pacifiquement.

 

Savoir piloter la résorption de la dette publique. Le FMI nous dit qu’en 2014 la dette publique des pays riches atteindra, en moyenne, 110% du PNB (en augmentation de près de 40 points de pourcentage par rapport à 2007) : l’un des taux les plus élevés observés en temps de paix.

Nous allons vers une explosion d’inflation et/ou des politiques d’austérité. La réduction de la dette publique sera douloureuse. Sera-t-elle supportée sans troubles majeurs par les populations ?

 

Des précédents de réductions draconiennes des dépenses publiques ont été pilotés habilement et ont porté leurs fruits (Canada, Suède, …). Des expériences grandeur nature sont en cours. En Irlande, les employés du secteur public, suivant leurs leaders syndicaux, ont réagi avec abnégation à des mesures d’austérité. La résistance semble plus forte au Portugal, en Hollande et surtout en Roumanie.

La situation grecque est alarmante. La capacité de manœuvre de la libre spéculation l’est aussi.

 

Beaucoup va dépendre des postures qu’adopteront les gouvernements : plus nationales ou plus collectives. Les signaux faibles observés en Europe sont, à cet égard, contradictoires. Les hésitations de la zone euro, les coups de frein d’Angela Merkel qui ont paru motivés par des préoccupations électorales à très court terme, font douter de notre capacité collective de pilotage. Mais, lorsque la situation devient littéralement catastrophique (j’écris ces lignes le lundi 10 mai), le jeu collectif reprend le dessus. C’est un jeu dangereux. De crise en crise, un jour la réaction pourrait être trop tardive et une nouvelle catastrophe se produire.

 

 

"Société révée"

10 mai 2010

 

  

Par Société révée - Communauté : Démocrates et solidaires - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire
Mardi 4 mai 2010 2 04 /05 /Mai /2010 17:10

 

Brice Hortefeux, répond à un article "tendancieux" du Monde, dans le journal  daté 29 avril  2010...

 

 

Longtemps, j'ai lu Le Monde avec l'attention et le respect que l'on doit aux institutions vertueuses et rigoureuses. Je savais, en ouvrant le quotidien du soir, que j'allais y trouver une information précise, fidèle aux principes de son fondateur. De la trace laissée par Hubert Beuve-Méry, le journal avait su conserver l'essentiel: un attachement actif à la laïcité, un humanisme entier, un respect exigeant des droits des personnes.

C'est donc avec une certaine tristesse que j'ai pris connaissance, lundi 26 avril, de l'éditorial du Monde. "Stupide" et "indigne": vous ne trouvez pas de mots assez forts pour dénoncer l'action conduite par le gouvernement afin de mettre un terme au port du voile intégral en France. Et en appelant à ma propre "déchéance ministérielle", vous n'êtes pas loin de rejoindre Tariq Ramadan, qui m'accuse, lui, de "trahir les valeurs de la France".

 

Rien de moins! Venant d'un rhéteur proche des Frères musulmans, qui n'a jamais clairement condamné la lapidation, cette leçon de républicanisme est une curiosité. Je regrette que vous vous soyez embourbés aux côtés de ce prédicateur aussi habile que pernicieux. Car je n'imagine pas que vous puissiez cheminer avec ceux qui prônent l'asservissement des femmes.

 

A mon tour, je vous pose une question: où sont passés les principes du Monde ? Auriez-vous oublié que vous étiez laïcs, humanistes et respectueux des droits des personnes ? Pour le dire autrement: dans l'"affaire de Nantes", fallait-il que le ministre de l'intérieur reste silencieux ? Fallait-il que je cache ce qui se tramait derrière les déclarations de cette femme tenant une conférence de presse pour affirmer, au nom de la liberté, le droit d'être enfermée derrière un voile intégral ? Fallait-il que je taise les éléments d'information dont je disposais, tendant à montrer qu'un individu appartenant à la mouvance radicale du Tabligh vivrait avec plusieurs femmes voilées, ayant douze enfants et détournant le système d'aide sociale ? Mon silence aurait été une faute morale autant que politique.

 

Parce que la République respecte les droits des femmes, parce que la République refuse qu'elles soient emmurées, instrumentalisées, humiliées, parce que la République défend la dignité des personnes, je devais veiller à ce que l'autorité judiciaire puisse effectuer son travail. Le dossier est suffisamment grave pour que le parquet ait décidé d'ouvrir une enquête confiée à la police judiciaire.

 

Et il m'appartenait de saisir également le ministre de l'intégration, Eric Besson, pour examiner, en fonction de l'avancée de l'enquête, les conditions d'une déchéance de la nationalité française que cet individu a acquise par mariage. Car nous devons veiller au respect effectif de la loi. Lorsqu'un étranger devient français, c'est parce que la communauté nationale le reconnaît parmi les siens. C'est ce que le code civil nomme l'"assimilation". Et c'est ce même code civil qui proclame que "la polygamie est constitutive d'un défaut d'assimilation". Etre français, c'est une chance qui donne accès à des droits, mais c'est aussi un honneur qui suppose le respect de devoirs.

Je ne céderai pas aux tenants du politiquement correct qui, toujours, préfèrent ne rien dire, ne rien faire, ne rien penser, pour ne prendre aucun risque. Je suis, pour ma part, convaincu que les responsables politiques ont un devoir de transparence. Je préfère déplaire au Monde que d'empêcher, par mon silence, la manifestation de la vérité, quelle qu'elle soit.

 

Brice Hortefeux

 

Par Brice Hortefeux, dans Le Monde - Communauté : Pour un libéralisme humaniste - Voir les 3 commentaires - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire
Lundi 26 avril 2010 1 26 /04 /Avr /2010 15:58

 

Par Brice Couturier...

 

Dans une rue de Nantes le 2 avril, une femme entièrement voilée (niqab), a été verbalisée par un policier. 22 euros d’amende pour “circulation dans des conditions non aisée” ; le policier a estimé que le champ de vision de la conductrice était trop réduit pour qu’elle puisse apprécier correctement les dangers qui guettent tout conducteur d’automobile. Question : que risquerais-je pour conduire ma voiture en portant un masque de Mickey (qui, lui aussi, ne laisse voir que les yeux) ? Cette femme déguisée n’a pas hésité à convoquer les média pour se plaindre publiquement de l’odieuse discrimination dont elle s’estime victime… Mal lui en a pris : elle a ainsi attiré l’attention des autorités, qui ont découvert que l’homme qui s’exhibait à ses côtés avait trois autres épouses…

Ce brave et honnête polygame collectionne ainsi le plus légalement les aides sociales (les épouses, toutes voilées, bénéficient, parmi d’autres bénéfices, de l’allocation de parent isolé…). Il appartiendrait à une “mouvance radicale du tabligh“. Autrement dit, il fait partie de ces individus qui vomissent l’Occident, son opulence et ses libertés, l’égalité des sexes et l’esprit critique, et rêvent de nous imposer la théocratie moyennâgeuse et sanguinaire, au nom de laquelle ont été assassinés récemment plusieurs dizaines de milliers d’Algériens et d’Algériennes dans des conditions de sadisme indescriptibles.

Le ministre de l’Intérieur demande qu’on réfléchisse aux moyens de le poursuivre pour escroquerie aux assurances sociales. Il souhaite aussi que cet individu, né à Alger, et qui a obtenu la nationalité française grâce à l’un de ses mariages en 1999, soit déchu de la nationalité française.

Les média que j’ai consultés se récrient généralement que ce serait impossible et d’ailleurs illégal. Ils font mine de se gausser de l’emportement du ministre, présentant la chose comme un simple coup de colère sans lendemain, ou une “opération politicienne”. Un geste spectaculaire, mais sans portée réelle, destiné à calmer son électorat - qui boude les urnes. Je crois, moi, qu’ils sont, cette fois encore, en déphasage avec la sensibilité populaire. Etant donné l’état de délabrement dans lequel se trouvent les comptes sociaux et les finances de l’Etat, une nouvelle hausse des prélèvements obligatoires (qui nous amputent déjà de 41 % de toute la richesse produite dans le pays, cette année 2010) est inévitable. Que ce soit avant ou (plus vraisemblablement) après les élections de 2012…

Combien de temps les classes moyennes, sur lesquelles pèse l’essentiel de cette ponction, vont-elles accepter de cracher au bassinet, alors qu’elles pressentent l’ampleur des détournements ? Malgré l’empressement des média à étouffer la question, des économistes commencent à tenter d’estimer le coût financier de l’immigration. Et il n’est pas mince. Même si les estimations varient, selon qu’il s’agisse des chiffres fournis par La Cour des comptes en 2004, par les professeurs Jacques Lafay et Jacques Bichot, de Gérard Pince du FMI, ou, plus récemment, de Jean-Paul Gourévitch, dans son essai, “L’immigration, ça coûte ou ça rapporte ?”, l’un des derniers livres publiés par Jacques Marseille dans sa collection “à dire vrai”, chez Larousse.

Pour qu’un Etat-providence aussi généreux que le nôtre puisse continuer à fonctionner, il faut que la population éprouve un sentiment de solidarité, de fraternité. Lorsque des groupes font sécession sur une base ethnique et/ou religieuse, ils détruisent le sentiment d’appartenance à une communauté nationale sur lequel est fondé le pacte social. Je rappelle que, récemment, le niveau des dépenses de protection sociale (mesuré par Eurostat) en France a dépassé celui de la Suède (31 % contre 30,7 %). Sans un minimum de cohésion, des redistributions de l’ampleur de celles que nous pratiquons deviennent vite intolérables. Deux professeurs de Harvard, Edward Glaeser et Alberto Alesina l’ont démontré dans un livre formidable, “Combattre les inégalités et la pauvreté : les Etats-Unis face à l’Europe“.

Les sites musulmans que j’ai consultés sont très généralement scandalisés qu’un croyant se comporte ainsi en tricheur aux assurances sociales. Ils s’inquiètent en outre et à juste raison de l’image déplorable que quelques individus de cet acabit risquent de donner des Français de confession musulmane. Il faut cesser de croire, comme le font certains de nos média bien intentionnés mais mal informés (BiMis), qu’en punissant le comportement provocateur d’une infime minorité, on “stigmatiserait” toute une “communauté”. Au contraire, la faiblesse, la lâcheté face aux provocations, sont perçues comme autant de signes d’impuissance et de renoncement de la part de l’Etat républicain. Et l’on commence à douter de sa détermination à protéger contre des minorités tapageuses aujourd’hui, violentes demain, les populations qui vivent sous leur menace.

En furetant dans ma collection de revues, je suis tombé opportunément sur cet extrait d’une chronique de Dominique Schnapper sur France Culture du 17 septembre. Elle y réagissait aux attentats du 11 septembre. Et voilà ce qu’elle disait : “Dans l’histoire, les sociétés vieillissantes et jouisseuses, qui ont négligé leur propre raison d’être, qui n’avaient plus la volonté de défendre leur existence et leurs valeurs, ont connu des destins tragiques.” (Texte reproduit dans Commentaire, n° 96, hiver 2001-2002). Cela reste d’une furieuse actualité.

 

Brice Couturier

 

Par Brice Couturier - Communauté : Pour un libéralisme humaniste - Voir les 14 commentaires - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire
Mardi 12 janvier 2010 2 12 /01 /Jan /2010 20:20

Par Elisabeth LEVY, Le Monde daté 11 01 2010
...


La haine de l'autre comme unique programme : à en croire l'anthropologue
Emmanuel Todd, Nicolas Sarkozy ayant échoué sur le plan économique, "la recherche de boucs émissaires à tout prix" serait devenue "comme une seconde nature". Il le proclame haut et fort dans un entretien publié par Le Monde le week-end dernier : "Le gouvernement, à l'approche d'une échéance électorale, propose, je dirais même impose, une thématique de la nation contre l'islam." Comme citoyen, Todd est révulsé. C'est son droit et on peut au moins lui reconnaître une certaine constance : depuis 2007, il n'a cessé de pilonner le président de la République, en qui il voit le symptôme et la cause d'une maladie française qui pourtant, explique-t-il, n'existe pas, puisque Sarkozy et le dernier carré de ses électeurs en sont les ultimes survivances.

Todd détient l'un des plus jolis cerveaux du pays, formé dans les meilleures écoles britanniques. Il peut donc tenir avec brio deux discours parfaitement contradictoires – chanter l'air de "tout va bien", décréter que la France est en train de "réussir son intégration" et décrire le sarkozysme comme une "pathologie sociale" relevant "d'une analyse durkheimienne - en termes d'anomie, de désintégration religieuse – et marxiste". Comment cette pathologie a-t-elle pris dans une société en bonne santé, voilà ce que Todd, fort de ses séries statistiques et de quelques certitudes, ne nous dit pas.

Pas mal de mes amis le détestent – ce qui doit lui faire immensément plaisir. Pour ma part, je l'avoue, j'aime bien Emmanuel Todd. D'abord, c'est un copain et il peut être d'un commerce passionnant, amusant et même amical, pour peu qu'on évite ses mauvaises périodes et les sujets qui fâchent – ce qui devient, il est vrai, assez compliqué. En prime, très beau garçon, irrésistible quand il s'énerve. C'est en lisant L'Illusion économique que j'ai compris la mécanique perverse du libre-échange. Et son essai sur le déclin de la puissance américaine est bien plus démonstratif que ne le pensent ceux qui sont convaincus de l'avoir lu quand ils se sont contentés de quelques articles.


Qu'il y ait deux Todd – le savant brillant et l'idéologue énervé – n'est ni surprenant, ni choquant. Idéologue, nous le sommes tous un peu. L'ennui, c'est que c'est souvent le second qui s'exprime avec le langage et surtout avec l'autorité du premier. On interroge l'intellectuel et c'est le spécialiste de l'agit-prop qui répond. Certes, les lunettes à travers lesquelles il voit le monde sont sophistiquées. Elles observent des courbes encourageantes et annoncent le progrès inéluctable de l'humanité. Le problème, c'est que loin de le rendre clairvoyant, elles l'aveuglent en lui masquant toute la réalité qui n'entre pas dans ces merveilleuses extrapolations – c'est-à-dire une bonne partie de celle-ci et pas la plus affriolante. Todd sait faire parler un taux de fécondité comme personne mais on dirait souvent qu'il ne voit pas ce qui se passe autour de lui.


Les propositions qu'il avance dans Le Monde méritent donc d'être examinées, d'abord à cause de l'assurance inébranlable avec laquelle il les formule (le doute méthodique n'est pas trop son truc), ensuite parce que, malgré leur caractère manifestement outrancier, elles passent pour raisonnables.

Première évidence supposée : le gouvernement aurait, à l'approche des régionales, imposé la thématique de la nation contre l'islam. Outre qu'on ne voit pas très bien ce qu'il aurait eu à y gagner (il aurait plutôt intérêt à gagner les voix des musulmans qu'à les perdre), il faut vraiment être naïf ou de mauvaise foi pour affirmer que le gouvernement est en mesure d'imposer un quelconque débat. Au contraire, il semble que tout le monde ait été pris au dépourvu par les passions suscitées par l'initiative de Besson. De fait, le débat sur l'identité nationale s'est transformé, avec un petit coup de pouce des Suisses, en débat sur la place et la nature de l'islam en France. Ça ne plait pas à Emmanuel Todd qu'on se pose de telles questions. D'ailleurs, personne ne se les pose plus : "En 1994, dit-il, la carte du vote FN était statistiquement déterminée par la présence d'immigrés d'origine maghrébine, qui cristallisaient une anxiété spécifique en raison de problèmes anthropologiques réels, liés à des différences de système de mœurs ou de statut de la femme. Depuis, les tensions se sont apaisées. Tous les sondages d'opinion le montrent : les thématiques de l'immigration, de l'islam sont en chute libre et sont passées largement derrière les inquiétudes économiques." Le récent sondage du Parisien dans lequel il apparaissait qu'une moitié des Français avoue des inquiétudes concernant l'islam a dû échapper à Todd. Il ne voit ni l'augmentation du nombre de femmes en burqa, ni la persistance du caïdat dans les cités, ni le fait que des Français de toutes origines peuvent légitimement être troublés quand certains de leurs concitoyens affichent leur détestation de la France. Au nom de l'islam ou de ce qu'ils prennent pour l'islam.

Peu importe, Todd en est convaincu : ces troubles et ces inquiétudes sont en chute libre. En réalité, Todd voit ce qu'il croit.

A l'appui de ses convictions, Todd brandit l'exogamie des enfants d'immigrés. "Les populations d'origine musulmane de France, dit-il, sont globalement les plus laïcisées et les plus intégrées d'Europe, grâce à un taux élevé de mariages mixtes." Le problème est que ce constat date de 1994, date à laquelle il écrivait Le Destin des immigrés. Depuis, ce type de statistiques étant de facto interdit aux chercheurs, on ne sait pas dans quel sens s'est déplacé le curseur. Seul un optimisme de principe permet de décréter que cette tendance à l'exogamie s'est poursuivie sur sa lancée. Todd a sans doute raison quand il dit que les Français "n'en ont rien à foutre des questions de couleur et d'origine ethnique ou religieuse". En déduire qu'ils se fichent tout autant des différences culturelles et des revendications identitaires suppose un saut franchement périlleux.


Je n'ai pas, il est vrai, la moindre statistique à opposer aux certitudes d'
Emmanuel Todd, seulement le sentiment qu'en une vingtaine d'années, l'intégration des enfants d'immigrés a reculé plutôt qu'elle ne s'est améliorée et que, chez une partie d'entre eux, la proclamation identitaire a pris le pas sur la revendication égalitaire : de la Marche des Beurs à La Marseillaise brûlée et à "la burqa, où je veux", Todd trouve que "les tensions se sont apaisées". Moi pas. Et j'avoue que je ne sais pas comment une même réalité peut donner lieu à deux perceptions si contradictoires. Mais là où l'ami Todd charrie carrément, c'est quand il explique que ces tensions (apaisées, rappelons-le) sont le produit d'une politique  machiavélienne et cynique consistant à attiser la haine des uns contre les autres pour faire passer la pilule de l'échec économique. En somme, aux difficultés existantes, Nicolas Sarkozy aurait délibérément choisi d'ajouter le malaise national – qui bien sûr n'a aucun autre fondement. La panne de l'ascenseur social que Todd analysait il y a dix ans, c'est lui ! La machine à fabriquer des Français grippée, c'est lui ! Le vote FN des anciens cocos, encore lui ! L'islam salafiste dans nos banlieues, les filles interdites de jupe dans les cités – tout ça, ce sont des inventions de Sarkozy pour effrayer le bourgeois et plus encore le petit Blanc.

On passera rapidement sur le caractère complotiste de l'hypothèse selon laquelle la France – comprenez Sarkozy – aurait "une stratégie de confrontation avec les pays musulmans – comme en Afghanistan ou sur l'Iran" pour des raisons ayant trait au "jeu intérieur". En somme, notre gouvernement néo-colonial s'en prendrait aux fiers Pachtounes et aux rudes Persans qui ne font de mal à personne pour intimider nos pauvres Arabes ?


Certes, on peut croire Emmanuel Todd sur parole : à long terme, les progrès de l'alphabétisation et la baisse de la fécondité auront fait triompher la raison dans les zones les plus reculées de ces deux pays tenues en coupe réglée par des barbus tendance stal et dans pas mal d'autres endroits. Fort bien. Mais tous les ploucs qui n'ont pas la chance de vivre dans l'éternité de la démographie savent qu'à long terme ils seront tous morts. Et en attendant cet heureux dénuement, ils ne trouvent pas très riant l'islam politique tel qu'il s'affiche au niveau planétaire. Ils ont certainement tort, tous ces lepénistes cryptos, actuels et futurs qui ne comprennent rien au vent de l'histoire, mais ils doivent bien avoir eux aussi leur place dans les courbes et les statistiques dans lesquelles Todd lit l'avenir ?


Ce Sarkozy est vraiment démoniaque. Saviez-vous qu'en 2005, il "a mis le feu aux banlieues" pour récupérer l'électorat frontiste – d'ailleurs, Todd ne nous dit pas ce qu'il conviendrait de faire de cet électorat, le déchoir de son droit de vote, l'encourager à revoter Le Pen pour pouvoir faire la fête ? Croit-il vraiment que des gamins et moins gamins qui ne peuvent prononcer une phrase entière sans dire "nique", "ta race", "chien" et bien d'autres gracieusetés encore et qui annoncent tous les deux paragraphes qu'ils vont "tuer un bâtard" sont si sensibles au beau langage qu'ils n'ont pas supporté la "racaille" et le "kärcher" et qu'animés par une légitime révolte devant de tels écarts, ils ont brûlé les voitures de leurs parents et l'école maternelle de leurs petits frères ?


On espérait y échapper. Pitié pas Vichy, pas lui. Mais bien sûr, il a fallu que les années 1930 pointent leur nez. Le dialogue entre l'intervieweuse et l'interviewé sur le thème "vous avez dit fascisme ?" est un morceau de choix dans le genre "je dis tout et son contraire" qui est, selon Todd, une caractéristique du sarkozysme. Réponse, en substance : ce n'est pas pareil mais ça y ressemble. Ou l'inverse. Comportements nouveaux qui renvoient au passé, comparaison n'est pas confusion, tous les oxymores disponibles sont mobilisés. "Quand on est confronté à un pouvoir qui active les tensions entre les catégories de citoyens français, on est quand même forcé de penser à la recherche de boucs émissaires telle qu'elle a été pratiquée avant-guerre". On pourrait ajouter que quand on construit un monde fantasmagorique peuplé de bons et de méchants, on aboutit forcément à une conclusion délirante.


Précisons-le clairement : Emmanuel Todd ne dit jamais que le sarkozysme est un fascisme. Seulement, il ne peut pas ne pas y penser. Il ne nous dit pas non plus que les musulmans d'aujourd'hui sont les juifs d'hier et que l'étoile verte est en train de remplacer l'étoile jaune. Mais on ne peut pas ne pas y penser.

Alors moi aussi, je voudrais poser une question, au copain, au citoyen et au savant : quand tu mobilises cet imaginaire-là et ces références-là, es-tu certain, cher Mano, de ne pas être aveuglé par une haine qui ne te sied guère ?


Elisabeth Lévy
est journaliste, rédactrice en chef de Causeur

Par Elisabrth LEVY - Communauté : Pour un libéralisme humaniste - Voir les 2 commentaires - Publié dans : Société
Ecrire un commentaire

PRESENTATION

 

 

Contact: ies1@hotmail.fr

 

 RECONQUÊTE est un nouveau mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

Calendrier

Avril 2014
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30        
<< < > >>

Recherche

Concours

Recommander

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés